Exécution de Saddam Husseïn : A qui profite le crime ?





Tunis - Le Quotidien
Trop de zones d’ombre entourent la mise à mort expéditive de l’ancien Raïs irakien et suscitent des interrogations objectives. Quel est le but recherché par les commanditaires de cet assassinat politique qui intervient le 1er jour de l’Aïd El Idha? S’agit-il d’un simple hasard du calendrier ou au contraire un timing délibéré, minutieusement choisi? Pourquoi Saddam Husseïn n’a-t-il pas été exécuté en public? Pourquoi ses bourreaux étaient-ils cagoulés?
Quel est le secret sous-jacent - si secret il y a - de la fameuse «vidéo pirate» de la pendaison du supplicié qui a réussi à passer sans encombre entre les mailles des services de contrôle?
Les propos injurieux à connotation confessionnelle proférés à l’encontre de Saddam Husseïn au moment de l’exécution de la sentence entrent-ils dans le cadre d’un complot sournois ourdi par des mains occultes? En un mot, à qui profite le crime et qui tire les ficelles de cette mise en scène bassement politicarde, macabre et sinistre?
L’exécution théâtrale de l’ancien maître de Bagdad, pendu comme un vulgaire paria, a suscité une vague d’indignation à l’échelle internationale. La manière bestiale, dénuée de tout humanisme, qui a présidé à l’application de la sentence a profondément choqué et ulcéré des millions de personnes de par le monde.
Un monde qui gardera certainement en mémoire les images d’un homme conduit sans ménagement sur l’échafaud, et qui a fait face à son destin avec un remarquable courage et une foi inébranlable.
La sérénité que dégageait le visage du supplicié laisse transparaître, sans difficulté aucune, une grande fierté et une dignité à toute épreuve dont seuls les Grands hommes sont capables d’exprimer au moment fatidique. En cela, Saddam Husseïn a certainement voulu livrer au monde, les dernières images d’un dirigeant affranchi de toute tutelle, libre, à cheval sur les principes, qui assume ses responsabilités et s’assume.
Saddam Husseïn est donc mort et nul n’y peut plus rien. Mais les conditions kafkaïennes dans lesquelles s’est déroulée son exécution suscitent nombre de questions objectives et troublantes. Des questions trop évidentes pour passer inaperçues.
Il y a lieu d’affirmer à cet effet sans risque de se hasarder, que le timing choisi pour l’exécution de la sentence qui coïncide avec le premier jour de l’Aïd El Idha est délibéré et mûrement réfléchi. Il est pour le moins difficile en effet de croire que ce timing relève d’une pure coïncidence ou d’un simple hasard de calendrier, s’agissant d’une fête religieuse de la plus haute importance et qui consacre les valeurs de la tolérance, de la pitié et de la piété pour plus d’un milliard de musulmans.
Les commanditaires de cet assassinat politique ont voulu jouer à l’évidence et délibérément sur la terrible charge émotionnelle générée par le timing de l’exécution qui a valeur de profanation et de violation de la sacralité d’un événement hautement religieux. Une exécution qui prend les allures d’une véritable mise en scène hollywoodienne où la provocation le dispute au mépris voire la répugnance à l’égard de l’Islam et des musulmans et dont les ingrédients constituent un véritable détonateur à même de déclencher une guerre confessionnelle bien partie pour s’installer dans la durée. De nombreux éléments confortent d’ailleurs ce scénario. Comme par miracle et en dépit de la mise en place d’un service de contrôle strict géré par les Américains qui auraient formellement interdit l’introduction dans la salle d’exécution de tout gadget électronique, une vidéo pirate de la pendaison a réussi à «filer» au nez et à la barbe des geôliers. Celle-ci a donné à voir et à entendre des propos d’un autre âge, éminemment injurieux proférés à l’encontre de Saddam Husseïn par ses bourreaux cagoulés. Des bribes verbales qui laissent transparaître une haine viscérale assorties par des slogans chiîtes dont la teneur se passe de tout commentaire: «Moqtada, Moqtada, Moqtada (...) Va en enfer (Saddam)...».
Cet enregistrement compromettant qui cristallise le vice insidieux d’un esprit de vengeance tenace, constitue en lui-même le parfait instrument du crime et une incitation ouverte à la violence confessionnelle. La guerre ethnique qui fait déjà rage risque à l’évidence de gagner en intensité. Le hic, c’est que personne n’a osé intervenir pour éviter cette sombre perspective.
Et surtout qu’on n’accuse pas Washington de n’avoir rien tenté dans ce registre. La preuve, l’ambassadeur américain à Bagdad, Zalmay Khalilzad aurait vainement demandé au Premier ministre irakien Maliki de repousser de deux semaines l’exécution de Saddam Husseïn. Selon un haut responsable irakien «le bureau du 1er ministre a fourni tous les documents que réclamaient les Américains, mais ceux-ci ont changé d’avis quand ils ont vu que le Premier ministre était intraitable».
Gloire à Dieu le Clément, le Miséricordieux, le gouvernement irakien qui ne peut faire passer le fil à travers le chas de l’aiguille pour n’importe quelle question sans se référer à son tuteur Washingtonien, a réussi à imposer son arrêt de mort, malgré les objections américaines. Il y a vraiment de quoi tomber des nues.
Et puis comment se fait-il que l’Administration U.S., si encline en apparence à impulser le processus de réconciliation nationale en Irak, n’ait pas pris en considération le timing explosif de cette exécution et ses conséquences fâcheuses et attendues sur la stabilité déjà précaire de l’Irak? Comment expliquer aussi ce «laisser-faire, laisser-passer» américain qui, au nom d’une souveraineté de façade du gouvernement irakien, n’a pas hésité à froisser directement les sentiments de plus d’un milliard de musulmans dans le monde qui célébraient un rite sacré? Comble d’ironie et de paradoxe, Washington qui s’évertue à soigner son image ternie dans le monde arabo-musulman n’ a pas jugé bon, pour le cas d’espèce, de mesurer la portée de son feu vert explicite, au prétendu motif que l’application de la peine capitale était du seul ressort du gouvernement irakien.
En fait, il y a dans cette sinistre affaire comme qui dirait un peu trop de coïncidences suspectes qui confortent la thèse d’un complot ourdi par des mains occultes pour servir de sombres desseins. Une guerre confessionnelle comme celle qui se profile actuellement à l’horizon constitue en effet une véritable manne céleste pour justifier d’abord une présence à durée indéterminée des forces étrangères, américaines en l’occurrence, en Irak et partant accélérer le démembrement du pays.
D’une pierre deux coups: en faisant monter les sunnites contre les chiîtes et vice-versa, c’est l’influence iranienne dans l’ancienne Mésopotamie qui est directement visée par les architectes de cette intrigue sournoise.
Le déploiement envisagé par Washington de 17.000 à 20.000 GI’S supplémentaires est un élément clef dans ce dispositif qui servira, à toute fin utile, de renforcer la puissance de feu américaine dans la région en cas de conflit avec Téhéran au sujet de son dossier nucléaire.
Tout laisse à croire donc que l’exécution expéditive de Saddam Husseïn n’est que la partie visible d’un sinistre iceberg. La dislocation définitive de l’Irak à travers une guerre confessionnelle et ethnique est également et surtout un projet qui tient à cœur aux sionistes qui caressent, depuis voilà plus de 2000 ans, le rêve de se venger de l’ancienne Babylone de Nabucodonossor qu’ils accusent d’avoir détruit le Temple et d’avoir mené dans les chaînes le peuple Juif à l’esclavage et l’asservissement. Les Israéliens qui mangent d’ailleurs dans tous les râteliers ethniques en Irak, Kurdes notamment, ont ainsi tout intérêt à maintenir le statu quo et le chaos actuel pour servir à bon escient leurs ambitions géostratégiques, se défaire définitivement d’un ancien ennemi tout en s’assurant une source d’énergie régulière, limitrophe et à bon marché.
La boucle est ainsi bouclée et même si le gouvernement irakien fait actuellement des mains et des pieds pour connaître l’identité du «félon» trouble-fête, auteur de la vidéo compromettante, le mal est déjà fait.
Les chiîtes, délibérément ou sans le vouloir peu importe, sont tombés tête baissée dans le piège. Le 1er ministre irakien, Maliki, qui vient d’annoncer qu’il ne présenterait pas sa candidature pour un deuxième mandat, file ainsi en douce. Il tire sa révérence avec le sentiment du «devoir accompli», avant que la cocotte ne chauffe davantage.
Finalement, on revient à la case départ et à la sérénité ante-mortem de Saddam Husseïn qui, à l’image du Christ avant sa crucifixion a voulu sans doute dire: «Pardonnez-leur Seigneur, car ils ne savent pas ce qu’ils font»...

Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com