Des intellectuels cernent les dessous de l’exécution expéditive de Saddam Hussein





* M. Chedly Klibi (ancien secrétaire général de la Ligue Arabe) : L’exécution n’aidera pas à la réconciliation nationale

“L’exécution de l’ancien président irakien est ressentie diversement par les populations des pays. Les conditions dans lesquelles elle a eu lieu ont suscité des réactions de réprobation, voire de colère au-delà même de la région d’origine du président. Ceux qui voulaient se débarrasser d’un prisonnier encombrant ont en fait une victime héroïque dont le souvenir restera vivace chez ceux qui lui restent attachés et qui sont légion.
Dans le climat de tension créé par la guerre, cette exécution n’aidera pas à la réconciliation nationale, sans laquelle le pays ne peut être gouverné. Or, l’Irak est une pièce maîtresse du Moyen-Orient. Nulle stabilité ne sera possible pour la région tant que ce pays n’aura pas recouvré sa cohésion sociale. Ceux qui fomentent des crises interconfessionnelles travaillent en réalité pour le morcellement de l’Irak, lequel aura des contre-coups alentour. C’est sans doute ce que d’aucun souhaitent pour substituer aux Etats de la région une aire éclatée, marquée par la division et l’impuissance”.

Walid Khefifi

* M. Ahmed Ounaïes (ancien diplomate): L’acte ternit davantage l’image du gouvernement irakien


Beaucoup d’indices laissent croire que l’exécution de Saddam Hussein est un acte politique. Il était certain dès le début que l’ancien président irakien finira par être condamné à mort.
Cette décision a fait l’unanimité auprès des autorités de l’occupation et de tous les gouvernements irakiens. Elle n’a pas, en revanche, fait l’unanimité auprès du peuple irakien dont les divisions confessionnelles et les clivages ethniques deviennent de plus en plus profonds. Le nouveau processus politique engagé après la chute de Bagdad se termine logiquement par la condamnation du Raïs à la peine capitale.
Ce qui est inquiétant c’est que le procès était hautement politique. On peut même annoncer sans risque de se tromper que ce procès déshonore l’humanité tant il était injuste et inéquitable.
L’exécution du jugement prononcé à l’encontre du président irakien était malgré tout incertaine et inattendue.
Un flash-back montre, d’ailleurs, que la déclaration de guerre contre l’Irak par Bush junior ne repose sur aucune stratégie à long terme. Le casus belli était, in fine, la mise à mort de Saddam Husseïn qui a osé humilier les Etats-Unis et se moquer de Georges Bush Senior. C’était une déclaration de guerre contre le Raïs irakien et non pas contre l’Irak.
La manière avec laquelle le jugement prononcé par un tribunal dont la légitimité est fortement contestée traduit une sorte de barbarie devenue monnaie courante en Irak après son occupation. Elle révèle une déchéance morale qui ternit davantage l’image du gouvernement irakien.
Il va sans dire que les calculs politiques étaient derrière l’exécution du jugement. Aux yeux du gouvernement irakien, on ne peut en aucun cas tourner la page et entamer une nouvelle étape tant que le Raïs déchu est encore en vie. Et cela est compréhensible de point de vue strictement politique.
L’équipe gouvernementale de Maliki voulait confirmer que le tournant est définitif dans l’histoire de l’Irak.
Quoi qu’il en soit, la mise à mort de Saddam Hussein est une erreur tout comme la guerre contre l’Irak. Pourtant, le gouvernement irakien et les Américains auraient pu commuer la peine en réclusion à perpétuité et permettre à l’ancien président irakien de finir ses jours dans un autre pays.
Sur le terrain, l’exécution pourrait raviver les feux de la guerre civile. D’où l’importance d’un accord qui garantit la cohabitation pacifique entre les pays du Moyen-Orient. Ce n’est que de cette façon qu’on pourra tourner une page, pas de tout repos, de l’histoire de l’Irak.

Propos recueillis par W.K.

* M. Mouldi B’chir (Enseignant à l’IPSI) : De l’huile sur le feu des luttes confessionnelles


Les scènes de l’exécution du Raïs irakien filmées à l’insu des Américains, selon toute vraisemblance, par des hauts responsables irakiens et des gardiens auront un impact important tant à l’intérieur de l’Irak qu’à l’extérieur. Ces scènes qui ont été téléchargées un peu partout dans le monde à partir de certains sites web sont d’une brutalité hors pair.
Les chaînes satellitaires les diffusent en boucle à longueur de la journée. Personne n’est pour l’instant capable de mesurer leurs retombées. Une chose est cependant sûre: les scènes de la honte verseront de l’huile sur le feu des luttes confessionnelles et ethniques.
En voulant montrer que la mort attend tous ceux qui osent tenir tête aux Etats-Unis, les faucons de l’administration Bush sont tombés dans le piège. C’est en quelque sorte d’histoire de l’arroseur arrosé. L’anti-américanisme ne pourra qu’augmenter.
La tombe de Saddam pourrait devenir un lieu de pèlerinage pour tous les combattants pour la liberté.

W.K.

* Me Abdessattar Ben Moussa (bâtonnier de l’ordre des avocats tunisiens) : «L’exécution profite à l’impérialisme au sionisme et aux païens»


«Les impérialistes, les sionistes et les païens ont exécuté le martyr Saddam Husseïn. C’est un complot contre la nation arabe et la Umma. Et pour ceux qui ont demandé d’organiser des funérailles symboliques, je leur propose au nom de tous les avocats tunisiens de se féliciter. Car, une nation qui compte parmi ses enfants un héros de la taille et du poids de Saddam Husseïn peut se féliciter et en être fière. Je ne vous cache pas si je dis que le président martyr Saddam Husseïn m’a rendu quelque part ma dignité en défiant la corde et la potence tel un être mythique sortant tout droit de la légende de l’orgueil, du courage et de la bravoure. Qu’ils profitent de leur lâcheté mais nous nous félicitons de notre héros qui a transformé la potence en un front de la victoire. Je salue par ailleurs, toutes les composantes de la société civile qui ont manifesté leur indignation, leur colère et leur solidarité avec l’Irak en organisant des rassemblements pour rendre hommage au martyr de la nation et de la Umma».

Habib MISSAOUI

* Conseil de l’Ordre des avocats : Un grand rassemblement en hommage à Saddam Husseïn


La salle principale de la Maison de l’avocat n’était pas assez vaste pour contenir l’ombre du martyr Saddam Husseïn et la présence massive des avocats tunisiens qui ont tenu à prendre part au rassemblement, organisé hier par leur Conseil de l’Ordre en hommage au héros de la Nation.

Tunis - Le Quotidien
Bab Bnat, si seulement ce grand boulevard de la justice savait qu’il serait un jour témoin de l’un des plus ignobles crimes jamais commis à l’encontre d’un président légitime d’un pays souverain.
Car la voix de Me Ahmed Seddik, un des avocats de Saddam Husseïn a traversé toute la distance qu’il faut pour ramener de Bagdad toute la souffrance d’un peuple encore sous le choc alors que la potence est toujours couverte du sang du président irakien Saddam Husseïn.
«Qui aurait imaginé que les Arabes atteignent un aussi bas niveau en acceptant que l’un de leurs présidents soit exécuté au vu et au su de toute l’humanité, souligne le bâtonnier Me Abdessatar Ben Moussa qui a présidé ce grand rassemblement organisé par le Conseil de l’Ordre des avocats tunisiens après la mise à mort de Saddam Husseïn.
Le bâtonnier était très fier d’avoir à ses côtés l’un des avocats de Saddam Husseïn, Me Ahmed Seddik qui a représenté le corps des avocats tunisiens dans ce procès historiquement injuste et qui a été remercié par ailleurs, par tous les membres du Conseil de l’Ordre au nom de tout le peuple tunisien.
Dans son témoignage, Me Ahmed Seddik n’a pas omis de rappeler aux présents les menaces proférées à l’encontre des avocats de la défense. Il a précisé en outre que les noms et les photos de tous les avocats étaient publiés dans les journaux, affichés sur les mûrs et qualifiés de criminels. Des milices et des membres du gouvernement appelaient à leur mort.
Me Seddik a rappelé que cinq avocats ont payé de leur vie leur noble mission alors qu’ils remplissaient leur devoir.

* Des juges fantoches
L’avocat Ahmed Seddik a surpris les présents en dévoilant des informations très importantes sur le statut de la haute cour pénale irakienne en précisant que les juges qu’on voyait à la télévision recevaient document à l’appui des ordres de quarante sept juristes américains dont la moyenne d’âge ne dépassait pas les trente ans.
L’avocat tunisien a apporté également un témoignage douloureux en déclarant que «les accusés» étaient tabassés et agressés par les gardes au vu et au su des juges.

H.M.

* Me Ahmed Seddik (avocat de Saddam Hussein) : «Poursuivre les criminels de guerre américains et irakiens»


«Au lendemain de la tombée du verdict, tous les avocats de la défense se sont réunis pour évaluer la situation et tirer les conclusions de ce procès qui constitue l’une des plus «ignobles» mascarades en matière de droit international et des codes pénaux.
Notre première question était de savoir si réellement ceux qui ont «jugé» Saddam Hussein, n’étaient pas en réalité des criminels de guerre.
Bien évidemment, la question paraissait naïve et simpliste, mais il fallait la poser pour pouvoir entamer les procédures nécessaires et les démarches adéquates afin d’établir une liste de tous ceux qui sèment la terreur, tuent pour des raisons raciales et confessionnelles, liquident les dirigeants légitimes d’un pays souverain et coopèrent avec l’ennemi dans le seul objectif de se venger pour un incident vieux de mille quatre cent ans.
Conjointement, le comité de défense continuera à apporter l’aide nécessaire à tous ceux qui sont jugés par les tribunaux de la trahison installés par le gouvernement de mercenaires de Nouri El Maliki et ses alliés perses.
Je vous rappelle qu’en plus du président martyr Saddam Hussein et les dirigeants de son gouvernement des centaines de militants sont détenus dans des conditions humiliantes et inhumaines et attendent leurs procès. Et à ces militants, les avocats doivent apporter leur soutien et leur aide.
Toujours est-il qu’en s’acquittant de ce devoir historique, les avocats de la défense défendent avant et après tout l’Irak.

H. MISSAOUI






Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com