«Waçl» : Corps à corps dans la religion de l’amour





Ils esquissent avec le corps, le geste et surtout le souffle, les quatrains et les masnavi de Jalel Eddine Rûmi. Un grand défi à relever par ces jeunes chorégraphes qui se sont allés — et à leur manière — sur les pas de ce poète mystique persan.

Sofiène et Selma Ouissi, deux noms qui disent beaucoup sur la scène chorégraphique nationale et même internationale. Les fidèles des Rencontres Chorégraphiques de Carthage se souviennent encore du «Baby Boom», une chorégraphie dédiée à l’amour et à la paix. Jeunes et ambitieux, Sofiène et Selma n’ont pas oublié de situer leur chorégraphie dans le contexte socio-politique. Avec ce «Baby Boom», qui n’est qu’un cri d’indignation face à la guerre contre l’Irak, les Ouissi se sont envolés, comme des oiseaux libres, d’une scène à une autre. Un envol qui ne les a jamais fait oublier leurs responsabilités et leurs devoirs. C’est justement dans cet esprit de responsabilité et cette envie de partage qu’ils ont choisi de revenir et de continuer leur parcours ici.
Aujourd’hui, les deux enfants prodiges de la Tunisie ont croisé encore une fois leurs connaissances artistiques, leurs rêves, leurs désirs et leurs espoirs pour tisser ce «Waçl», une création chorégraphique qui vient de voir le jour au sein du Théâtre National Tunisien (T.N.T). «Cette nouvelle création s’inscrit dans le cadre de l’ouverture de cet espace théâtral national sur les différentes expressions artistiques et sur les jeunes talents tunisiens. Former en créant est un grand projet qui implique plusieurs institutions universitaires et divers organismes de diverses vocations. Un projet qui a grandi et s’est bien concrétisé grâce à une volonté collective des artistes, des partenaires, des encadreurs…et des étudiants. Cette chorégraphie est à la fois un projet pédagogique et artistique», explique Sofiène Ouissi, pédagogue et avant tout danseur professionnel. A l’Institut Supérieur de Tunis, l’Institut Supérieur d’Art Dramatique, l’Ecole Nationale des arts du cirque et au Théâtre National, ce danseur cherche à relancer une nouvelle approche et une écriture fraîche et innovatrice de la relation entre le corps et la scène, mais aussi entre les différentes particularités et composantes de ce corps.

Corps et âme avec Rûmi…
Dans ce corps à corps, Sofiène et Selma Ouissi invitent le public à se plonger dans la religion de l’amour et ouvrent devant chaque invité la porte pour interpréter à sa manière la poésie de Jalel Eddine Rûmi et s’envoler loin des stéréotypes. «Nous avons grandi avec Rûmi et sa philosophie grâce à notre tante qui menait à cette époque des études sur ce poète…une passion qui nous accompagnée durant notre jeunesse sous forme d’un rêve artistique. «Waçl» est un vrai engagement poétique, chorégraphique, esthétique…et même politique. Nous avons choisi d’être avec ces jeunes et de partager avec eux tous ces moments. C’est notre devoir! Dans ce «Waçl», nous sommes à la recherche du soi, de l’autre…un va-et-vient dans un silence mystérieux. Cette chorégraphie est un hymne au silence, qui tente à rendre l’invisible visible», souligne Selma qui partage avec son frère cette aventure artistique. Et d’ajouter : «Nous avons beaucoup travaillé sur le souffle et nous nous sommes interrogés sur l’identité du corps ; notre œuvre ne reproduit pas Rûmi mais elle tente d’apporter une vision contemporaine à ses écrits. Nous cherchons à ouvrir des chemins et à inviter les gens à concevoir leurs propres musiques».
Au-delà des mots, Sofiène et Selma Ouissi, Mounir Troudi (chanteur musicien), Eric Faes (création sonore), Simon Siegmann (scénographie et lumière), Salah Barka (création costume) et Aude Clément (chargé de la diffusion et la production) ont travaillé ardemment sur les différents ateliers afin de donner jour à ce projet qui a donné la chance aux étudiants de l’Institut Supérieur de Musique de Tunis et de l’Institut Supérieur d’Art Dramatique d’exprimer leur talent.
Dans cette effervescence et cette envie de se libérer du corps matériel, le poète Béchir Kahouaji a marqué bel et bien sa présence en traduisant, dans la langue du Coran les quatrains de Rûmi. «C’est un travail très délicat qui a suscité un grand effort de la part de ce poète. Béchir Kahouaji a travaillé comme un archéologue pour ne pas trahir le texte d’origine», affirme le duo Ouissi. Un avis partagé par Mounir Troudi qui n’a pas manqué de souligner l’importance de cette expérience artistique dans la consolidation de la science de la vocalise. «La voix et le corps doivent être en harmonie. Pour avoir une voix, il faut trouver et développer le corps et c’est que nous sommes en train de faire, actuellement, à l’I.S.M de Tunis. Dans le cadre de ce projet, nous nous sommes trouvés dans l’obligation d’oublier ou de laisser à côté notre background pour pouvoir écrire juste un souffle. Nous avons fait des recherches sur des fréquences précises pour agir sur certaines parties du corps et pour que chacun de nous arrive à voyager dans son espace intérieur», note Mounir Troudi.
Dans cet esprit, ces artistes n’ont pas oublié de remercier leurs partenaires qui les ont soutenus comme le Théâtre National, Africalia, l’Institut français de Coopération, Young Arabic Theater Fund, Cie du Temps Fort, l’I.S.M de Tunis, l’I.S.A.D, Point Ephémère et Propaganda. Sur ces notes de reconnaissance, d’espoir et de partage, les Ouissi clôturent le débat sur ce projet qui sera présenté au public, les 12 et 13 de ce mois, sur la scène du 4ème art.

Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com