Théâtre 1… 2… Nous et les autres !





Si elle était seulement plus ramassée et plus concise,1... 2... Nous ! aurait était l’œuvre de l’orée 2007.Avec le temps, on souhaite qu’elle mûrisse et devienne plus solide. C’est tout le mal qu’on lui... souhaite.

On nous a annoncé une heure trente pour la pièce 1... 2... Nous ! que vient de mettre en scène Mohamed Mounir Argui sur un texte signé par Mohsen Ben Nfissa et avec, dans l’interprétation, leur complice Jaâfar Guesmi. Or, on est parti pour 1 heure quarante, ... cinquante... et plus et on quitte la salle presque épuisé. Mais encore saisi par le talent de Guesmi, qui a bien tiré son épingle du jeu avec une bonne et généreuse dose d’humour. Et d’improvisation. Peut-être volontaire. Saisi aussi par un texte fort et faible à la fois et qui reste le matelas où Mounir Argui a orchestré sa scène un peu trop théâtralisée.
Ce que nous avons vu avant-hier soir ne ressemble que peu à ce qu’on nous a servis sur les colonnes de la presse. C’était tout autour de pas vraiment ça. Sauf vers la fin. De toutes les façons, il s’agit d’une œuvre d’art et à chacun son regard et sa propre lecture.
Les nôtres : En face de nous, un Guesmi qui a excellé. Il était à la fois seul et plusieurs. Plusieurs visages et plusieurs voix. Tantôt à la tête de Taous, du contrôleur de bus, du professeur américain d’anglais, de son frère chômeur depuis une éternité, du poissonnier du coin, du patron du café, du boucher du quartier, du surveillant général du lycée, de l’élève, du bachelier grâce aux fausses-copies, de l’ancien combattant, de l’infirmer aux casquettes multiples, de son vieux père et de toute la tribu qui l’a accompagné pendant tout sa jeunesse. Et surtout... surtout sa maman. Il lui a donné un genre à la madame Sarfati d’un Elie Kakou, un pitre sacré. Guesmi n’était pas très loin de lui dans son One man show. Créant les ambiances qu’il faut et faisant rire les invités venus en masse au TMT, du début jusqu’à la fin de 1... 2... Nous ! en les déroutant parfois même du texte original et les impliquant dans son jeu une fois et deux et plus...

Que raconte le trio ?
Dans ce one man show, on ouvre et ferme par une conférence de presse donnée devant un essaim de micros des gens de médias de provenance diverse. Car le sujet touche à ce mot de terrorisme qu’on colle sur n’importe quel front arabo-musulman. Un sujet qui brûle donc les lèvres de tous les citoyens du monde. Il suffit de voir une de nos têtes et on nous imagine poseurs de bombe. Même les médias de l’étranger participent à cette mascarade d’information, tellement hyperbolisée qu’elle verse carrément dans l’intox. Vous pouvez être n’importe qui et suite à un fait divers on vous met bêtement dans le camp des terroristes. Pire encore : votre photo va voyager de par le monde par internet. Votre photo qui vous appartient mais à qui on a planté une barbe et tout le look d’un Ben Laden et compagnie.
Le contenu de toute l’histoire a vaguement déferlé sur scène. L’acteur a passé en revue le parcours de ce Tunisien moyen, ce Tunisien «Lemzammar», qui court derrière le pain. Et le pain de lui échapper et c’est dur de le rattraper. De ce Tunisien bardé de diplômes et de fausses-copies qui ne trouve plus sa place chez lui et qui s’en va ailleurs en quête d’un avenir meilleur. De ce Tunisien qui reste attaché à ses origines et il suffit d’un simple deuil pour qu’il rentre au bercail. Sensible est ce Tunisien, car une simple déception d’amour le rend fou. Fou jusqu’à devenir impulsif. Ce Tunisien est cet Arabe, ce Musulman, c’est vous, c’est nous qu’on rattrape. C’est 1... 2... Nous ! qui avons un parcours banal qui ressemble à celui de Hakim l’innocent qui se trouve embarqué dans un bateau ivre créé notamment par les images (l’image que l’Américain voit ou aime voir) qui défilent sur les chaînes du monde, matin et soir. Et à force de... les récepteurs y croient. Jusqu’à devenir une vérité absolue. L’idée n’est pas mauvaise du tout de ce one man show. Mais on reproche la longueur du texte. C’était interminable. On reproche aussi quelques scènes redondantes qui alourdissent bêtement le continu. Un continu qui aurait dû être plus poignant surtout qu’on a entre les mains un Guesmi du tonnerre. Si et seulement si on s’était ramassé tout un petit peu en évitant notamment la répétitivité inutile, la pièce serait autre... A notre humble avis, bien sûr.
Un mot sur le public s’impose. Car depuis le début 2007, nous avons remarqué une affluence hors-tradition au TMT. Le public est devenu fidèle. Les mélomanes comme les amoureux du théâtre. Même les ministres étaient là. Chaque fois qu’il y a un spectacle, le ministre de la Culture est présent. Et pas tout seul. Tout son cortège le suit et c’est une très bonne chose pour encourager nos créateurs, jeunes et moins jeunes.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com