L’UMA des désillusions en débat : Le non Maghreb des coûts durs…





Au vu des mutations économiques internationales, les regroupements régionaux et interrégionaux demeurent une des tendances actuelles pour faire face aux défis de la concurrence et aux exigences de la prochaine étape. L’espace maghrébin est considéré, dans ce contexte, comme une solution importante pour les pays de la région. Mais cet espace dont la création a été décidée politiquement depuis plusieurs années, n’arrive toujours pas à se concrétiser.

Tunis-Le Quotidien
Cette incapacité à réaliser le « rêve » du Grand Maghreb pèse très lourd sur les économies des cinq pays de la région qui trouvent énormément de difficultés pour résister aux changements de la conjoncture économique internationale et également en s’intégrant unilatéralement dans l’espace euro-méditerranéen.
Les interrogations sur les raisons de cet étonnant échec de la réalisation de l’Union du Maghreb Arabe, ainsi que le coût du non Maghreb pour les cinq pays maghrébins, font toujours l’objet de plusieurs réflexions et de plusieurs discussions. C’est dans ce contexte global que la Fondation Temimi pour la recherche scientifique et l’information organise depuis hier et durant trois jours, en collaboration avec la Fondation Konrad Adenauer en Tunisie et en Algérie, le 21ème forum de la pensée contemporaine sur le coût du non Maghreb. Le forum a vu la participation de plusieurs personnalités éminentes, notamment des anciens ministres et des hommes de politique des cinq pays de la région.
En marge de l’ouverture des travaux de ce forum, le Pr. Abdeljelil Temimi, président de la Fondation Temimi, a précisé que l’objectif de ce forum, dont la première partie se tient à Tunis et les autres auront lieu successivement à Alger, Rabat et Tripoli ou Nouakchott, est de chercher la vérité et de cerner les implications négatives tant économiques que politiques et scientifiques dans ce dossier.
Tout en rappelant le contexte général dans lequel se tient ce forum, le Pr. Temimi a noté que les pays de la région ont perdu tant d’opportunités et dépensé inutilement beaucoup d’énergie et de temps pour réaliser le projet de l’unité maghrébine qui demeure encore un rêve difficile à réaliser.

Les attentes des peuples de la région et le coût du non Maghreb
Au cours de son intervention portant sur le « key-not », le Pr. Chedly Ayari, ancien ministre du Plan, a souligné que le sujet de l’intégration dans l’espace maghrébin a été toujours considéré comme une des priorités des pays de la région pour répondre au mieux aux attentes de leurs peuples.
Le Pr. Ayari a classé, à cet effet, ces attentes en trois parties, en l’occurrence, l’accès au bien-être matériel, l’accès au développement scientifique et culturel, et l’accès à la liberté citoyenne.
Il a expliqué qu’en dépit des efforts déployés dans ce domaine, la création des richesses souffre toujours d’un rythme très faible, alors que les taux de la pauvreté demeurent encore assez élevés en particulier dans les zones rurales des différents pays maghrébins, d’autant plus que le système de distribution des richesses manque d’une certaine justesse sociale.
L’ancien ministre du Plan a, également, précisé que le développement des ressources humaines de la région reste très faible d’autant plus que les régimes éducatifs et culturels mis en place ne conviennent pas aux exigences du marché dans l’ensemble des pays maghrébins qui souffrent en outre d’un manque des équipements des nouvelles technologies ainsi que des taux élevés d’analphabétisme traditionnel et technologique.
Le Pr. Ayari a insisté dans son intervention sur la distinction entre les objectifs qui ne peuvent être réalisés que dans l’espace national local à l’instar de la liberté citoyenne, des choix des systèmes éducatifs, et les objectifs qui nécessitent un recours à l’espace régional et international, entre autres, le développement de la croissance économique et de la productivité. « L’espace international joue un rôle très important dans la réalisation des objectifs de la création des richesses et le développement des taux de croissance économique, des cinq pays de la région », a-t-il mentionné.
Le conférencier a par ailleurs noté que le modèle de croissance et de développement très différent entre ces pays joue un rôle négatif dans la réalisation de l’unité maghrébine, de même que les différences démographiques énormes et la dynamique des réformes très différente.
Il a signalé que la réalisation d’un projet Maghreb Uni nécessite avant tout l’ouverture économique et le développement des échanges commerciaux bilatéraux, ainsi que la concrétisation du principe de base de la liberté de décision économique avec un rôle plus important du secteur privé dans le développement économique.
Le conflit maroco-algérien et son impact sur un Maghreb Uni
Sur un autre plan, le Pr. Mohamed Larbi Massari, ancien ministre marocain, a tenu à présenter le coût d’un non Maghreb au niveau des relations des cinq pays de la région. Il a noté dans ce cadre qu’il est fort remarquable aujourd’hui que chaque pays procède dans la gestion de ses relations extérieures avec les divers pays et blocs, en l’absence d’une coordination avec les autres pays de la région qui demeure négligée.
Il est même allé jusqu’à expliquer que certains pays tentent d’assurer leurs propres intérêts et réaliser des acquis au détriment des autres pays maghrébins, alors que les autres blocs tels que l’Union européenne négocient en groupe leur partenariat avec ces pays séparés. « Cela fait que les rapports de force deviennent terriblement déséquilibrés », a-t-il ajouté.
Le Pr. Massari a rappelé dans ce même contexte le cas de l’antagonisme maroco-algérien qui fait que ces deux pays ne cessent de se confronter interminablement sur l’échiquier international.
Le programme de la deuxième partie de la première journée de ce forum a englobé d’autres interventions portant notamment sur l’enjeu de la modernité et de la démocratisation, l’avenir de l’illusion maghrébine et le rôle de la société civile dans la construction maghrébine.

Mohamed ZGHAL

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Ils ont dit sur l’UMA

Mustapha Zaanouni (Ancien ministre du Plan) :
«Un marché de libre-échange»

A mon avis, il faut tout simplement commencer par la création d’un marché de libre-échange. L’expérience commerciale entamée entre la Tunisie et le Maroc s’avère concluante. Je pense que d’ici trois ans il sera possible de passer à la vitesse supérieure et d’accomplir un pas important dans la l’édification du Maghreb Arabe. Il est évident aujourd’hui que toutes les conditions semblent réunies pour donner corps à ce projet. Les prétextes qui ont constitué de véritables obstacles à ce projet ne sont pas du tout convaincants, et sont même insignifiants. Si vous voyez ce qui se passe dans certains pays européens vous comprendrez que les différends sur des questions données ne peuvent en aucune manière influencer le processus de coopération et de voisinage. L’Espagne par exemple abrite une portion de territoire qui appartient à la Grande-Bretagne , mais cela est sans effet sur les relations économiques et commerciales entre les deux pays. Un autre exemple significatif : les litiges frontaliers entre la Belgique et la France n’ont jamais constitué un problème pour le raffermissement des relations entre les deux pays. Il m’est personnellement difficile d’admettre que le problème du Sahara occidental et a fortiori qui ne constitue pas une portion du territoire algérien, peut toujours représenter un point de divergence capable de ralentir le processus du développement du Maghreb.

Mohamed Belhaj Amor (Ancien SG du Parti de l’Unité Populaire) :
«La société civile a un grand rôle à jouer»

Le Maghreb Arabe constitue un enjeu très important sur tous les plans principalement économique et politique. Compte tenu de la situation actuelle, je pense que la société civile a un grand rôle à jouer dans ce contexte. Les différentes corporations, les partis politiques ainsi que le tissu associatif, les syndicats et toutes les structures de la société civile ont un rôle très important à jouer dans l’édification du Maghreb. La société civile doit pouvoir par le biais d’actions concrètes imposer de fait l’avancée du processus qui conduit à la création du Maghreb. S’il est difficile d’avancer en raison de problèmes politiques, la société civile doit assumer pleinement son rôle. Aujourd’hui le Maghreb Arabe Uni n’est plus une option mais une impérieuse nécessité. Pour nous défendre contre les corporations régionales nous devons nous mobiliser pour donner un nouvel élan au processus du Maghreb. Ce qui nous permettrait de remporter des manches dans le domaine de la rude concurrence qui secoue le monde et de relever les défis.

Mokhtar Amriou (Vice-président de l’Association des économistes algériens) :
«Le développement intégré de l’homme»

Avec toutes les expériences et les tentatives faites depuis des années, et avec toutes les décisions prises et qui ne sont pas appliquées, nous n’avons d’autres choix que d’agir dans le développement intégré de l’homme. Cette approche n’englobe pas uniquement l’aspect politique mais aussi l’éducationnel, l’enseignement, le scientifique, l’information, sur la base de la bonne gouvernance dans les pays du Maghreb. Ces actions ne doivent pas être prises uniquement par les officiels mais aussi par la société civile qui doivent agir de concert pour jeter de fait les bases du Grand Maghreb. Les réseaux associatifs pourront ainsi favoriser la mise en place de dispositifs adéquats pour faire avancer concrètement le processus d’intégration du Maghreb.

Abdallah Labidi (Consultant en politique internationale et ancien diplomate) :
«Le Sahara ne doit pas être un obstacle»

Le Sahara a toujours constitué un prétexte pour justifier l’absence d’avancée dans le processus de l’édification du Grand Maghreb. En dehors du problème du Sahara, la coopération entre les pays arabes n’est pas particulièrement brillante. Selon les chiffres officiels elle représente uniquement 7% des échanges entre les pays arabes. Le processus est lent même avec d’autres pays arabes qui ne sont pas directement concernés par le problème du Sahara. Je pense qu’on peut expliquer en partie ce phénomène par le fait que les relations entre les pays arabes sont parfois régies par les caprices des premiers responsables. Ces relations devraient plutôt être gérées par les règles communément admises. La coopération entre les pays arabes pourrait être poussée dans des domaines non litigieux à l’instar de ce qui se passe entre les pays civilisés.
J’ai entendu aujourd’hui un chiffre significatif : sur les 44 ans d’indépendance de l’Algérie, les frontières entre ce pays et le Maroc ont été ouvertes uniquement pendant 14 ans. Cet état de fait ne doit pas être imputé au problème du Sahara.
Il serait grandement utile d’agir dans l’optique de l’intégration maghrébine d’autant plus que les produits demandés par les uns et les autres sont adaptés aux besoins communs.

Propos recueillis par
Lotfi TOUATI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com