La nouvelle ancienne stratégie irakienne de Bush : L’Amérique doublement piégée





Le président Bush a levé hier le voile sur sa nouvelle ancienne stratégie irakienne. La montagne a accouché d’une souris. Après avoir piégé les Démocrates, Bush s’était-il fait lui-même piéger par ses fantasmes? Et l’Amérique va-t-elle à la dérive?

Pressentant la victoire du parti démocratique aux élections de la mi-mandat, le président Bush s’est aménagé pour parer au danger deux démarches, selon une recette politique classique. On s’engage simultanément dans deux voies et on abandonne, chemin faisant, celle qui est contreproductive. C’est une recette classique qui a fait ses preuves. La première voie consiste, pour le locataire de la Maison-Blanche à conforter la politique suivie jusque-là dans le dossier irakien. Prééminence de la force brutale aux dépens du dialogue constructif, quitte à ce que le chaos s’installe d’une façon durable. Peu importe que l’Irak soit supplicié, peu importe que toute la région soit mise sens dessus dessous! l’essentiel étant de préserver des intérêts que l’Amérique considère comme vitaux pour sa mainmise politique, militaire, économique et géostratégique sur la région.
A titre d’exemple, Condoleezza Rice affirmait, le 11 décembre dernier, le refus de son pays d’ouvrir un dialogue inconditionnel avec la Syrie et l’Iran. Elle en a profité pour imputer les difficultés rencontrées par l’armée américaine à Al Qaïda. Ce qui est en partie vrai. En partie seulement, parce qu’à la veille de l’invasion de l’Irak, il n’y avait pas plus de traces de la nébuleuse terroriste en Irak que d’armes de destruction massive.
Autre exemple de cette démarche: Washington déclarait il y a quelques jours sur un ton ferme qu’elle envisageait d’augmenter de façon significative le nombre des soldats US sur le terrain. Ce qui allait à l’encontre de toute perspective de dialogue telle que préconisée par le rapport Baker-Hamilton.
Bien! Mais en même temps, Bush écartait Donald Rumsfeld, ministre de la Défense, adepte de la guerre à outrance. Sur cette lancée, sautait John Bolton qui, de l’enceinte des Nations-Unies, lançait des propos incendiaires contre tous ceux qui ne sont pas inféodés à l’Oncle Sam.

Le piège se referme
C’est le deuxième versant de la démarche. Tout en bombant le torse, on donne des gages de bonne volonté. Du coup, les démocrates après l’ivresse des lendemains de la victoire se sont aperçus qu’il y avait piège sous roche. Au point de se demander si leur victoire n’était pas en définitive un cadeau empoisonné tout comme l’a été la victoire du Hamas dans les élections législatives palestiniennes.
Certes, ils disposent de quelques leviers leur permettant de mener la vie dure aux Républicains. Par exemple bloquer les crédits nécessaires à une nouvelle équipée militaire. Mais le prix à payer sur le plan politique serait lourd. Notamment au niveau de l’opinion publique du pays. Car la façon dont le président Bush manipule cette opinion donne la mesure de sa maîtrise en la matière. Souvenons-nous comment il avait procédé en pleins préparatifs de l’invasion de l’Irak. Il avait justifié ses intentions bellicistes par un double objectif: lutter contre le terrorisme et en même temps travailler à l’instauration d’un Grand Moyen-Orient où régnerait un Eden de démocratie et de concorde. Un double objectif auquel ne pouvaient pas rester insensibles tous les patriotes sincères et auquel ont été obligés de souscrire les démocrates eux-mêmes sous peine de passer pour de mauvais citoyens.
Aujourd’hui, ce sont les mêmes objectifs inscrits sur l’agenda de Bush, à une différence près que l’on s’est empressé de rayer la référence à l’idéal démocratique pour se contenter de l’exigence de stabilité. Exigence qui permet aux Américains de garder la mainmise sur le pétrole.

Un jeu sur le velours
Parasiter ce programme serait, pour les démocrates, suicidaire. L’opinion publique ne le leur pardonnerait pas même si elle n’adhère que du bout des lèvres aux thèses républicaines. D’où un vent d’affolement perceptible dans leurs sphères. Ne voit-on pas Nancy Pelosi, leur actuel fer de lance, s’agiter dans tous les sens comme pour masquer ce trouble naissant!
Bush va jouer sur le velours. Les démocrates piégés, quelle aubaine! C’est pourquoi il a persisté et signé comme si de rien n’était.
On nous dira que lui aussi va droit au mur, que l’intérêt supérieur des Etats-Unis devrait plutôt lui dicter de corriger l’image calamiteuse qu’ils projettent sur le reste du monde, que l’unilatéralisme n’a plus que quelques années à vivre, que la défense aveugle d’Israël peut à longue échéance nuire au pays, que l’équilibre régional (avec ce que cela comporte comme équation pétrolière) est en train de changer, que la mondialisation est un terrain glissant etc… Tout cela semble rester sans effet et le recours, dans une vision quelque peu étriquée du devenir humain, à des paramètres classiques (politiques, économiques, historiques etc…) ne sera d’aucune utilité pour cerner l’homme Bush.
Les commentateurs et analystes qui s’en contentent par une évidente myopie, doivent aller plus loin dans les profondeurs de l’âme humaine. Ils doivent axer leurs recherches dans les rouages qui font fonctionner les grands moteurs humains. Et là, dans le plus grand des mystères, ils découvriront les ressorts de l’ambition, de la volonté de puissance, de la rancœur, de la haine, de la vengeance etc. Toutes choses qui peuvent engluer le psychisme d’un dirigeant et en faire une véritable énigme.
Le parti démocrate piégé par Bush, Bush piégé par ses fantasmes. L’Amérique serait-elle à la dérive ?

Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com