Le coût du non Maghreb : Le rôle des intellectuels et de la société civile en débat





Tunis-Le Quotidien
Le débat sur le coût du non Maghreb s’est poursuivi hier, en marge de la deuxième journée du forum organisé dans ce cadre par la Fondation Temimi avec le concours de la Fondation Konrad Adenauer. Le rôle de la classe intellectuelle et de la société civile dans la construction de l’unité maghrébine, ainsi que les relations avec l’Union Européenne dans le contexte de sa politique de voisinage, sont les principaux sujets débattus durant cette journée.
La séance matinale de cette journée a été ouverte avec une intervention de M. Mustapha Filali, ancien ministre tunisien, portant sur la responsabilité de la construction du Maghreb.
M. Filali a précisé dans ce cadre que la classe intellectuelle doit assumer plus que jamais son rôle de premier responsable de la construction de l’unité maghrébine, d’autant plus que les hommes politiques et les économistes ont échoué à atteindre cet objectif.
Il a souligné que la négligence du patrimoine culturel commun entre les cinq pays maghrébins a eu un impact négatif fort remarquable sur la construction de l’union maghrébine.
L’ancien ministre tunisien a expliqué qu’en l’absence d’une exploitation convenable de ce patrimoine culturel, l’esprit de l’égocentrisme s’est rapidement propagé entre les peuples des différents pays de la région maghrébine. Il a insisté, ainsi, sur l’importance de renforcer la culture de l’union maghrébine chez les jeunes et son intégration dans les systèmes éducatifs des pays maghrébins.
De son côté, le Pr. Habib Jenhani, chercheur et universitaire tunisien, a insisté sur le rôle très important de toutes les composantes de la Société Civile qui ont besoin davantage de liberté pour contribuer au mieux à la réalisation du rêve de l’union maghrébine.
Il a noté, également, que les libertés publiques demeurent la première base sur laquelle on peut bâtir cette unité du grand Maghreb. Et d’ajouter dans ce même contexte que le débat entre les différentes parties dans l’espace maghrébin doit être renforcé pour favoriser l’instauration de cette unité.
Dans sa lecture de la situation actuelle de l’Union du Maghreb Arabe, le Pr. Jenhani a déduit que cette situation reflète un peu celle des cinq pays de la région qui n’ont pas réussi à dépasser les conséquences de la colonisation et la dépendance économique et même politique.
Il a signalé, en outre, que les réalisations de l’après indépendance n’ont toujours pas donné leurs fruits dans les différents domaines, et en particulier au niveau des systèmes éducatifs qui demeurent en régression continue depuis quelques années dans l’ensemble des pays maghrébins.
Les perspectives des relations de ces pays avec l’Union Européenne élargie, dans le cadre de sa nouvelle politique de voisinage, ont fait, par ailleurs, l’objet d’une intervention intitulée : « Le Maghreb dans le cadre de la politique européenne de voisinage : trois acteurs distincts ou un seul interlocuteur régional ? », présentée par le Pr. Alberto Isetta, universitaire italien.
Au cours de cette intervention, le Pr. Isetta a essayé de démontrer que l’Europe unie a été toujours favorable à la construction d’une unité maghrébine et l’a même appuyée dans le cadre du processus de Barcelone, ou également dans le cadre de sa nouvelle politique de voisinage qui accorde un intérêt particulier au partenariat nord-sud et sud-sud.
Il a affirmé que l’Union Européenne et la région maghrébine partagent plusieurs défis communs qui peuvent être relevés à travers une coopération plus solide notamment entre deux interlocuteurs.
Et de mentionner que cette situation de séparation et du non Maghreb pèse encore très lourd sur les économies des différents pays maghrébins et également sur leurs perspectives de développement.

Mohamed ZGHAL

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Les dividendes d’un Maghreb Uni aux yeux des intellectuels
Un rempart contre l’extrémisme, l’immixtion étrangère et la pauvreté

Les jérémiades n’étant d’aucune utilité, le pragmatisme doit nécessairement l’emporter, pour transcender les obstacles qui ont jusque-là miné l’idéal communautaire maghrébin. Si le coût du non-Maghreb est le thème focal de ce forum, il serait certainement très intéressant d’extrapoler sur les dividendes d’un Maghreb Uni du moins économiquement pour l’ensemble des pays de la région. Cette question de la plus haute importance a suscité l’intérêt de nos interviewés qui n’ont pas manqué de mettre en exergue les usufruits d’un Maghreb Arabe Uni.

Alaya Allani (professeur universitaire) :
«Un rempart contre l’extrémisme»

«Il est évident qu’un Maghreb Uni constituera une force économique et humaine, c’est ainsi que toute la région pourra connaître un essor économique en mesure de rendre d’éminents services à la société. Un Maghreb Uni constitue un rempart contre la fausse modernité qui favorise la montée de l’extrémisme.
Les dividendes d’un Maghreb Uni sont en fait multiples. La région pourra se prévaloir de devenir une force régionale capable de suivre les transformations internationales. La région sera également une force culturelle riche avec ses ethnies et ses différences.
On pourra pousser l’analyse pour dégager d’autres approches, toutes positives. On imaginera dans ce contexte la création d’une force de dissuasion contre toute forme d’ingérence ou même du perturbation interne et externe.
Sur un autre plan et étant donné la diversité des ressources naturelles, la région constitue un potentiel économique énorme. Il est impératif toutefois que la gestion de ces ressources soit marquée par la bonne gouvernance.
Outre l’aspect économique on pourra s’attendre à un essor culturel qui rend fiables et crédibles les institutions du Maghreb. Les dividendes ne sont pas uniquement d’ordre économique mais touchent en fait tous les domaines de la vie sociale et politique de la région».

Mokhtar Amrio (vice-président de l’Association des économistes algériens)
«Harmonisation des niveaux de vie»

«Les dividendes d’un Maghreb Uni sont multiples et variés. Toute la région sera marquée par un développement humain dans ses dimensions les plus diverses. Le développement humain va certainement donner une nouvelle impulsion aux réformes éducatives ce qui va aboutir directement à l’amélioration du niveau scolaire.
La région constituera également une force régionale qui engage dans les meilleures conditions l’avenir des peuples de la région et garantira ainsi le bien-être culturel et social de tous les pays maghrébins.
Un Maghreb Uni sera également un marché élargi qui contribuera sans aucun doute à l’émergence d’un pôle de développement industriel et technologique. L’amélioration du PIB et du niveau de vie sera plus qu’évidente.
J’insiste sur l’harmonisation du niveau de vie entre les citoyens du Maghreb d’autant plus qu’au départ, leurs ressources naturelles et leurs potentiels économiques sont fort contrastés».

Mohamed Larbi Massari (ancien ministre marocain)
«Structures complémentaires»

«Je pense et j’en suis sûr, que les dividendes de la création d’un Maghreb Uni sont multiples. On pourra parler de plusieurs aspects positifs mais j’insiste particulièrement sur une question particulièrement importante. L’économie de tous les pays de la région sera consolidée par la mise en place de structures complémentaires. Des tentatives ont été entreprises à ce propos mais elles n’ont pas réussi pour des raisons multiples, essentiellement politiques».

Dr. Slimane Dougui (médecin établi en France)
«Une mission possible»

«Je dois tout d’abord dire que la volonté politique est nécessaire voire indispensable pour conduire à l’édification d’un Maghreb Uni. Les dividendes ne peuvent qu’être bénéfiques. Toutes les portes seront ouvertes pour la consolidation des rapports naturels entre les divers pays de la région. Quand tous les obstacles seront levés — et pourquoi pas les barrières supprimées — nous pourrons aspirer à une entité solide aussi bien économiquement que politiquement où les marchandises et les biens seront échangés sans problèmes.
Un Maghreb Uni permet d’adopter des positions libres et indépendantes à l’égard des problèmes qui secouent le monde.
La réalisation d’un Maghreb Uni n’est pas impossible tant que les intentions des décideurs sont bonnes. Toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour finaliser ce projet cher à tous les peuples de la région».

Propos recueillis par
Lotfi TOUATI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com