Les jeunes et le pouvoir de décision au sein de la famille : Un pour tous, tous pour un !





Certains parents aiment partager tout avec leurs enfants. Ils font régner la démocratie chez eux. Les parents instaurent un système fondé sur la liberté et l’égalité entre les membres de la famille. Indépendamment des âges et du statut, chacun a le droit de s’exprimer, d’approuver ou de refuser les décisions en famille. Cette manière de procéder existe-t-elle au sein des familles tunisiennes ? Les jeunes pèsent-ils lourds dans les décisions familiales ?

Tunis-Le Quotidien
Les familles étendues ont considérablement diminué. La famille limitée remplace à présent la famille étendue, qui peut comprendre les grands-parents et d'autres membres parmi les plus proches. La famille moderne est composée d’un nombre réduit de membres. Mais en dépit de son étroitesse, elle reste l'unité de base de l'organisation sociale. Toutefois, la famille moderne diffère des formes traditionnelles par ses fonctions, sa composition, son cycle de vie et surtout par les rôles destinés aux pères, aux mères et aux enfants. Les sociétés ont progressivement passé d’une famille large et complexe, regroupant sous le même toit parfois plusieurs générations où les parents ou encore les grands-parents demeurent les seuls décideurs, à une famille étroite, centrée sur le couple et les enfants seulement. Cette mutation semble donner l’occasion aux enfants d’évoluer dans contexte moins compliqué et plus libéral. Cependant, même si nous assistons à une sorte de dilapidation des liens et à une restriction de la famille, les enfants ont eu l’occasion d’acquérir un rôle plus important. Au sein des familles modernes, un enfant a son mot à dire. Fini le temps où le chef de la famille a un règne total, fini le temps où les enfants n’étaient que des exécuteurs dans « l’empire » familial dont le seul gouverneur n’est que le « patriarche ». D’ailleurs à l’intérieur d’un domicile, les règles sont souples et chacun a le droit d’accepter, de refuser et de discuter la discipline et les décisions familiales. Il reste cependant un nombre de famille qui s’attachent encore aux règles d’antan et où les rôles ne sont pas répartis de manière équitable.
Ahlem, 18 ans, confirme le premier constat. La jeune fille dit que les parents d’aujourd’hui sont en majorité souples en ce qui concerne leur manière d’éduquer et ils ne font qu’encourager toutes les initiatives de leurs enfants pour accentuer chez eux le sentiment d’appartenance familiale. « Depuis l’enfance, mes parents me laissaient une petite marge de liberté. A un jeune âge nous n’avons pas les facultés et les capacités qu’il faut pour réfléchir, pour choisir et encore moins pour décider. Mais on m’a toujours poussé à le faire. Par exemple, on me demande mon avis sur le décor de ma chambre, sur mes habits, sur l’endroit où j’aimerai aller pour sortir et ce à un âge vraiment précoce. Lorsque je commets des erreurs, on ne me blâmait pas sans me pousser à réfléchir. On me demande de me défendre et de m’expliquer avant de décider si l’on va me punir ou pas. A partir de mes quatorze ans, mes parents ont commencé à m’accorder une vraie ouïe attentive. J’ai passé du simple fait d’avoir le droit de décider de mes propres affaires, au droit d’intervenir dans les affaires qui concernent toute la famille. Mes parents donnent à chacun de nous la parole, pèsent le pour et le contre et en général la décision est prise selon la volonté de la majorité. Cela dit, cette manière de procéder a certains points négatifs parce que comme j’ai le droit d’intervenir dans la vie et les affaires des autres membres, on a également le droit de s’immiscer dans mes affaires. Toutefois, si la majorité a un avis contraire au mien, c’est que je dois avoir tort quelque part et c’est justement ce qui rend ce système très bénéfique. C’est une occasion d’avoir plusieurs avis sur une même question et de voir la choses selon différents volets », dit-elle.
Maroua, 18 ans, participe également aux décisions familiales et cela semble lui servir sur plusieurs plans. « Si j’évolue dans une atmosphère de démocratie où j’ai le droit d’approuver ou de protester, cela ne peut que me rendre ravie. D’abord, j’ai appris à accepter avec esprit sportif, que les autres n’ont pas forcément le même avis que moi. J’ai appris à réfléchir et à peser le pour et le contre et j’ai également appris à argumenter mes dires pour pouvoir convaincre mon vis-à-vis. Cela me sert dans mes relations amicales et dans mes études. Le fait d’avoir la parole et d’avoir l’occasion de parler, de s’expliquer et surtout de se sentir écoutée est un exercice qui renforce le caractère et qui permet de gagner confiance en soi. Certes, mes parents ne partagent pas absolument tout avec nous, ils gardent toujours certaines choses sous le sceau du secret et nous avons à notre tour quelques secrets que chacun garde pour soi. Mais généralement, on décide ensemble des affaires familiales. Je pense que cela ne peut qu’être positif parce que cette manière de procéder diminue les conflits et fait sentir à chacun qu’il a son poids et son rôle à jouer au sein de la famille », dit-elle.
Mohamed, 18 ans, dit aussi qu’il fait partie d’une famille “démocrate“. Les décisions les plus importantes se déterminent selon l’avis de la majorité. « Je pense que nos parents ont dû subir une grande pression de la part de leurs géniteurs autrefois. Je ne peux pas imaginer que quelqu’un n’aie pas le droit de décider de son propre sort ! Autrefois, la majorité des parents décident de tout aussi bien concernant les affaires du ménage que les affaires des enfants. L’avis de ces derniers n’a jamais été pris en considération. Si les parents décident que leur enfant doit étudier dans un établissement bien précis, il doit se plier à l’ordre que cela lui plaise ou non. Il y avait même des parents qui choisissent la future partenaire de leur fils sans même l’aviser. Je pense que ce genre de choses n’existe plus de nos jours et même si certains parents essayent d’imposer leur avis, la majorité des enfants s’affranchissent, se rebellent et imposent leur volonté. Pourquoi en arriver là ? Si l’on évolue dans une ambiance de dialogue et si l’on brise les tabous, d’ici quelques années, les conflits des générations ne seront que de l’histoire ancienne. D’ailleurs, je dois m’estimer heureux de vivre au sein d’une famille démocrate », dit-il.
Ahmed, 18 ans, dit qu’il a également tous les droits d’intervenir dans les affaires et les décisions concernant la famille et cela rend le jeune homme très heureux. « Il est tout à fait normal que j’aie le droit d’intervenir et de manifester mon mécontentement ou mon approbation concernant les affaires internes de la famille. Toutefois, je pense que des parents forment avant tout un couple et ils ne doivent jamais oublier leurs devoirs de conjoints en s’investissant à fond dans le rôle parental. Je refuse par exemple que mes parents nous immiscent dans leurs conflits de couple où encore dans les décisions qui ne les concernent qu’eux seulement. Ils doivent garder certaines choses entre eux, pour préserver leur intimité et parce qu’un enfant ne doit jamais être mêlé aux problèmes conjugaux. C’est dur de se retrouver dans l’embarras de prendre position avec l’un de ses deux parents. Mis à part les affaires du couple, c’est toujours bénéfique que toute la famille soit solidaire et qu’elle décide des programmes des vacances, des achats, du déménagement etc. ensemble. J’accorde également le droit à ma famille de donner son avis sur mes problèmes personnels, mais c’est à moi d’en décider en fin de compte. Le fait d’en discuter ensemble permet à chacun de nous de voir beaucoup plus clair et d’avoir les différents avis et c’est le but à atteindre. En ce qui concerne les décisions, chacun doit prendre la décision qui le concerne tout seul et en assumer les conséquences sans avoir à accuser les autres de lui avoir imposé un choix dont il n’est pas convaincu. Mais s’il s’agit d’une affaire collective, c’est toujours la majorité qui l’emporte », dit-il.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com