Harcèlement sexuel en Tunisie : Souffrance en silence…





Propos avilissants, tapotements malvenus, gestes obscènes, plaisanteries déplacées… Les harceleurs ne reculent devant rien pour amener leurs victimes à se soumettre à leurs propres désirs sexuels ou à ceux d’autrui. Même si quelques femmes commencent à en parler et, parfois, à porter plainte contre leurs bourreaux, le phénomène du harcèlement sexuel se heurte encore au mur du silence.

Tunis-Le Quotidien
Après huit années de travail dans une boîte plutôt solide, Fadwa s’est retrouvée de nouveau acculée à parcourir les bureaux de placement et de suivre les offres d’emploi qui paraissent dans les journaux de la place. Cette fille âgée de 29 ans n’a pas supporté les pressions que son ex-employeur avait exercé sur elle. Questionnaires, mise à pied, menaces de licenciement… Cette ancienne secrétaire d’un homme d’affaires connu, en a connu des vertes et des pas mûres. Son seul tort est d’avoir joué à la “sainte ni touche” en repoussant les avances de son employeur. “Un jour monsieur le PDG qui avait une sulfureuse réputation de coureur de jupons m’a demandé de venir le voir dans son bureau. Après m’avoir annoncé qu’il a décidé de m’accorder la promotion que j’attendais depuis deux ans, il ma proposé de but en blanc de sortir avec lui”, témoigne cette fille originaire du Sud. Et d’ajouter: “En remarquant que j’ai repoussé sa proposition indécente, le boss qui avait, dit-on, des “appuis” n’a pas hésité à me tenir à maintes reprises des propos avilissants et même à me caresser à chaque fois qu’on se trouve seuls dans son bureau”.
En dépit de la persistance de son patron, Fadwa a refusé de porter plainte par peur des représailles et préféré de démissionner.

Quand la victime devient accusée
Les femmes victimes de ce genre de pratiques portent très rarement plainte. Beaucoup renoncent à poursuivre leurs bourreaux par crainte de perdre leur emploi. Certaines d’entre elles craignent de faire l’objet de campagnes de dénigrement systématique. Nombreux sont en effet, ceux qui attribuent le comportement sexuel au comportement de la victime qui, selon eux, s'habille d’une façon provocante ou se maquille trop… Il n’empêche que quelques femmes harcelées commandent à briser le mur du silence et à porter plainte. C’est le cas de Kaouther, jeune diplômée de l’enseignement supérieur, originaire de l’île de Kerkennah. Cette fille âgée de 27 ans a accepté de travailler en tant que secrétaire auprès d’un chirurgien qui a pignon sur rue à Sfax. Dès ses premières journées de travail la nouvelle recrue a supporté très mal les remarques déplacées de son supérieur hiérarchique. La goutte qui a fait déborder le vase étaient les gestes très obscènes et les pincements du patron. Ainsi la secrétaire a décidé de porter plainte pour harcèlement et le docteur a répliqué par une action en justice pour diffamation. Le combat n’était pas à armes égales jusqu’à ce que d’autres victimes du même “toubib” aient préféré sortir de leur mutisme.

Distorsions entre la législation et les pratiques
Sur les lieux du travail, au sein des établissements éducatifs et même dans la rue, le harcèlement sexuel est une réalité quotidienne pour des milliers de Tunisiennes. La loi n°2004-73 du 2 août 2004 modifiant et complétant le code pénal concernant la répression des atteintes aux bonnes mœurs et du harcèlement sexuel (voir encadré) stipule que le harcèlement sexuel est puni d’un an d’emprisonnement et d’une amende de trois mille dinars. Autant dire que la législation est révolutionnaire en comparaison avec les pays arabes et même certains pays occidentaux. Dans d’autres pays arabes par exemple, le vide juridique ayant trait à ce délit est toujours de mise. Le code de la famille ne sanctionne pas en effet l’atteinte à la pudeur et le harcèlement sexuel.
Toujours est-il que les plaintes pour harcèlement sexuel finissent souvent par une véritable bataille juridique longue et éprouvante jusqu’à ce que le bourreau ou la victime jette l’éponge. Partout dans le monde, il est très difficile de prouver le harcèlement sexuel d’autant plus que certaines femmes ne portent plainte que pour se venger de celui qu’elles accusent de harcèlement. Et c’est là que la machine judiciaire aux rouages bien huilés a beaucoup de mal à identifier le vrai coupable. Quoi de plus difficile…

Walid KHEFIFI

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Harcèlement au féminin

H. B exerce depuis dix ans dans une entreprise privée à Ben Arous.
Dès les premiers jours, il a remarqué que la Directrice, une femme mariée, s’intéressait particulièrement à lui. “Elle m’invitait dans son bureau pour des raisons futiles où elle n’arrête pas de me faire des compliments sur mon physique. Au début, j’ai attribué ses remarques parfois un peu trop élogieuses, à un excès de gentillesse. Mais après quelques mois elle m’a proposé via des propos à peine voilés de sortir avec elle. Etant un mari fidèle, j’ai rejeté poliment sa demande mais elle n’a pas jeté l’éponge.
Elle est même passée à de nouvelles stratégies. Quand on se trouvait seuls, cette femme quadragénaire n’hésitait pas à tapoter sur les épaules et à me frôler. Bref, elle trouvait toujours le moyen pour me toucher”, témoigne ce jeune homme harcelé.
Heureusement, cet ingénieur marié et père de deux enfants a été muté l’année dernière par un coup de chance dans une autre filiale de la même société sise à El Menzah. Et c’est ainsi qu’il s’est débarrassé de cette femme un peu trop “entreprenante”.

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Qu’en dit la loi?

La loi n°2004-73 du 2 août 2004, modifiant et complétant le Code pénal concernant la répression des atteintes aux bonnes mœurs et du harcèlement sexuel a comblé le vide juridique relatif à ces délits graves.
L’article 226 ter du code pénal stipule que celui qui commet le harcèlement sexuel est puni d’un an d’emprisonnement et d’une amende de 3000 dinars. Il précise aussi que “toute persistance dans la gêne d’autrui par la répétition d’actes, de paroles ou de gestes susceptibles de porter atteinte à sa dignité ou d’affecter sa pudeur, et ce, dans le but de l’amener à se soumettre à ses propres désirs sexuels ou aux désirs sexuels d’autrui ou en exerçant sur lui des pressions de nature à affaiblir sa volonté de résister à ses désirs est considéré comme harcèlement sexuel”.
L’article 226 quater indique que les sanctions prévues dans l’article précédent ne préjudicient pas à l’application des peines plus sévères relatives à d’autres infractions. Les poursuites ne peuvent être exercées qu’à la demande du ministère public sur la base d’une plainte de la victime. Si une ordonnance de non-lieu ou un jugement d’acquittement sont rendus, la personne contre laquelle la plainte a été dirigée peut demander, s’il y a lieu, la réparation du dommage subi sans préjudice des poursuites pénales du chef de dénonciation calomnieuses.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com