“Otages” : Hymne à la vie





Produite l’an dernier par El Hamra, “Otages”, écrite par Leïla Toubal et mise en scène par Ezzeddine Gannoun, continue sa tournée. Après le Moyen-Orient, elle a été donnée les 12-13 et 14 janvier 2007 au Théâtre Municipal de Tunis. Mention: assez bien.

“Bravo les jeunes ! Bravo. Vous avez été à la hauteur de cette pièce d’actualité et qui dénonce le terrorisme. Vous avez bien passé le message. C’est un message de paix. Pour la vie que vous devez aimer. La vie est belle…”, a notamment lancé avant-hier soir le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine au terme de cette pièce félicitant les gens d’El Hamra et leurs complices dans leur dernière création de 2006, Otages.
C’était donc dans la loge des artistes. Les six comédiens étaient encore en sueur après avoir joué une heure trente dans une pièce toute en mouvement. Et qui n’a pas drainé la foule ni le premier, soir ni le second ni le troisième du dimanche. Malgré le feuilleton publicitaire sur les journaux de la place en annonçant même le terme d’une “tournée triomphale”.
Et on ne démentit pas. Ceux qui sont venus pour voir pour la première fois cette pièce ou pour la revoir depuis l’an dernier ne l’ont certainement regretté. “C’est une pièce que je place au-dessus de la moyenne. C’est vraiment du bon travail. Les jeunes ont excellé. Et ça vole assez haut…”, a commenté le cinéaste Mourad Ben Cheïkh qui n’a pas cessé d’afficher sa satisfaction et qui a vu pour la énième fois cette pièce. Côté décor: une scène nue. Mais le jeu de lumières donne de l’épaisseur et trace les espaces qui ressemblent à des geôles de détention. Et on se contente de ces lumières tout en comptant sur l’écriture et le jeu de cinq de l’ISAD, fraîchement diplômés dont trois filles et un autre “aguerri” au centre d’Arts dramatiques du Kef du temps de Moncef Souissi.
Que raconte le texte d’Otages? Rien que par le titre, on a déjà prévu le contenu. Un thème d’actualité qui brûle les lèvres aujourd’hui des politiques et des créateurs du monde entier. Bien vu! L’idée reflète donc son temps. Mais reste à définir la façon de son traitement qui est comme ci… comme ça. Quand on la tient d’un côté, l’autre côté d’Otages risque de s’effilocher et, pour cause, la longueur inutile. “C’est d’ailleurs ce qu’on reproche souvent à nos créateurs”, d’après l’avis des présents dont le ministre de la Culture et son épouse, une mordue de théâtre. Et c’est cette écriture interminable qui n’ajoute rien du tout. Au contraire. Ça alourdit et la pièce tombe un peu dans le scolaire voire le primaire.
Otages, certes est une pièce longue mais il faut dire qu’elle est un poignant témoignage de son temps. Elle nous fait fermer les yeux sur de petites séquences de redondance qui finalement n’affecte pas le fond. Mais en tenir compte dans les prochains cycles en guise de maturité serait une bonne chose.
Au total: cinq jeunes se préparent à partir et avant qu’ils ne prennent la barque, ils se trouvent plongés dans une situation peu réjouissante. Kidnappés, ils sont mêlés au terrorisme dans tous ses volets. Menottés, ils tournent en rond dans leur espace cellulaire, ne sachant ni les raisons de cette arrestation ni l’issue qui les attend. Dans le manteau de l’obscurité, ils se trouvent aveuglés jusqu’à la résignation. Qu’ils dénoncent aussitôt qu’ils la pensent, tenant tête et esprit sur une lueur d’espoir qui se profile… et le bateau roule les vagues et la vie continue. Comme si de rien n’était. Un fait divers. Il y aura toujours le fantôme de la mort qui rôde. Il y aura toujours de la résistance pour que la vie triomphe enfin et la vérité avec… C’était là le message qu’ont voulu proclamer Leïla Toubal et compagnie pour dire qu’il faut combattre ce fléau… Rien qu’en s’accrochant à la vie. Hymne à cette vie. Ce qu’on peut reprocher, en passant, dans l’interprétation ce sont les cris. Beaucoup de cris pour dire certes la douleur, mais on aurait dû démontrer que la douleur se fait aussi dans le silence et seul le silence est grand. Au moins un acteur pour incarner le personnage de quelqu’un qui souffre sans crier et dans son silence, il y a l’écho de la raison. En somme, Otages est une pièce qui se laisse voir. Mais il y a quelque chose avec le public qui cloche. Ceci est l’affaire d’El Hamra de se réconcilier avec le large public qui boude l’espace, ses locataires et maintenant l’œuvre.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com