Marché de l’art : Quand les professionnels s’y mêlent





La question du marché de l’art revient à chaque fois comme un leitmotiv quand on évoque le domaine des arts plastiques en Tunisie. Car il y a, aujourd’hui, une réelle volonté de la part des professionnels de l’art de le réajuster selon les normes des pays étrangers.

«Il y a certes, des artistes talentueux qui n’arrivent pas à cartonner ici même, encore moins à l’étranger. D’aucuns avancent aussi qu’il y a des novices, voire même des intrus qui vendent à des prix élevés des tableaux vite barbouillés». Cela dénote à bien des égards un besoin réel de repenser le marché de l’art, de la part des professionnels.
Il faudrait tout d’abord, partir du constat que nos artistes, ceux qui méritent ce titre, ne sont pas reconnus en tant que tels à l’étranger.
Le constat, nous l’avons déduit de notre visite virtuelle à travers les sites d’arts plastiques, les mieux nantis, à savoir «Artprice» le leader mondial de l’information sur le marché de l’art, et «Arnet» la plus grande base de données internationale d’artistes plasticiens. Sur 400.000 artistes inscrits sur ces deux sites, seule une dizaine d’artistes nationaux y sont classés appartenant à la fameuse Ecole de Tunis. Cela revient au fait que la Tunisie ne dispose pas d’un véritable marché de l’art où est dûment fixée la valeur intrinsèque de chaque artiste.
Cela suppose qu’on ait, hormis les galeries d’art, un musée d’art moderne où sont répertoriés les artistes et qu’on ait aussi de véritables «commissaires priseurs», c’est-à-dire des spécialistes formés en vue d’estimer la valeur de l’œuvre d’art. Cela n’est malheureusement pas le cas de la Tunisie.
Mme Faouzia Sahli membre du comité d’achat du ministère de la Culture, pendant 30 ans, trouve que la création d’un musée d’art moderne en Tunisie est d’une extrême urgence. «Après 50 ans d’indépendance, le marché de l’art en Tunisie devrait subir une mise à niveau selon les normes internationales», dit-elle. Et notre spécialiste d’ajouter : «Tout comme le musée du Bardo que l’on visite pour la richesse de notre mosaïque, on devrait disposer d’un musée d’art où l’on pourrait voir l’œuvre des artistes appartenant à différentes générations. On aura ainsi à mettre en pratique notre histoire de l’art en utilisant les œuvres qui sont actuellement dans les dépôts», quant aux commissaires priseurs qui sont habilités à estimer la valeur artistique de l’œuvre et de l’acquérir par la suite, ils sont quasi-inexistants en Tunisie. A l’étranger, des sociétés de vente commercialisent l’art dans les règles de l’art.
Pour Amor Ghedemsi, un artiste-peintre et critique d’art, la solution est dans la création de plusieurs supports spécialisés dans l’art : DVD, magazine, sites web, etc qui démocratiseraient l’accès à l’art. «Dans ce cas, celui qui achète, le ferait en connaissance de cause».
Lotfi Kaâbi, galeriste, dirigeant actuellement le salon Regard sis à la Marsa, est aussi pour cette «démocratisation» de l’art à travers l’Internet. Il vient d’ailleurs de créer un site «www.nadhra.com» qui ambitionne de devenir la première source d’information sur les artistes plasticiens tunisiens. Les œuvres exposées sur le portail peuvent être achetées sur catalogue ou aux enchères. «La vente aux enchères devrait mieux réguler l’offre et la demande des œuvres d’art, faire baisser les prix et créer un référentiel de cotation des artistes partenaires, information utile pour les artistes et les collectionneurs», précise-t-il.
Voilà donc une belle initiative dont on verra prochainement les résultats.

Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com