Les jeunes, les idoles et l’illusion de l’amour : Fantasmes sur fond de vide affectif





Entre l’amour, le vrai, et les fantasmes, il y a tout un monde chimérique. Chez les adolescents, il est très fréquent de centrer les sentiments, l’admiration et le désir envers une personne inaccessible. Leur tendance idéaliste les pousse parfois à satisfaire leur besoin affectif à travers le rêve, l’idolâtrie, la fiction… Comment est-ce que ces jeunes vivent-ils justement cet amour fictif ? Comment atterrissent-ils de nouveau sur terre ?

Tunis-Le Quotidien
Qu’est-ce que l’amour pour les adolescents ? Pour comprendre ce sentiment, il faut d’abord essayer de disséquer les besoins affectifs de l’adolescent. A priori, lorsqu’on est enfant, l’amour maternel et la tendresse remplissent une fonction affective nécessaire pour l’équilibre psychique et émotionnel. Plus tard, lorsque cet enfant va à l’école, il a besoin d’élargir son cercle affectif. D’où l’importance de l’amitié qui contribue d’une manière ou d’une autre au développement de la personnalité. Sauf qu’à un âge plus avancé : celui de l’adolescence, un jeune a besoin d’orienter l’ensemble de ses sentiments vers une nouvelle personne du sexe opposé. L’amour maternel et l’amitié ne comblent plus son besoin en matière de sentiments. Il est en pleine phase de rébellion et de recherche de repères, et doit donc trouver un modèle envers lequel il orientera l’ensemble de ses sentiments : son admiration, son désir… Si l’adolescent ne tombera pas aussitôt amoureux de quelqu’un de son entourage, il centrera son amour envers une idole. Il aura besoin d’admirer une personne qui possède des qualités spécifiques pour lesquelles il éprouvera de l’estime et qu’il désirera acquérir. Ces qualités peuvent être la beauté, l’intelligence, le charisme, le savoir, la bonté, la célébrité…
L’adolescent se sent subitement plein d’admiration pour cette personne qui représente un modèle idéal pour lui. Il tombera passionnément amoureux d’une vedette, d’une star ou autre personnage public qu’il n’a pas vu et qu’il ne verra probablement jamais. Il tisse autour d’elle des histoires romanesques, lui voue un véritable culte, l’idéalise et lui prête les plus merveilleuses qualités. Cette admiration lui permet d’éprouver les émotions qui y sont associées. Il arrive souvent qu’une star exerce une attraction particulièrement puissante parce qu’elle symbolise un problème qui préoccupe les adolescents. James Dean par exemple campait de son vivant des rôles qui touchent de près les jeunes. Cet idéalisme et cet amour sont souvent associés à un sentiment d’infériorité et une certaine inaptitude qui le pousse à sombrer dans un amour imaginaire plutôt que d’essayer de tenter un amour réel et capable d’aboutir à une histoire vraie. Une sorte de compensation de la joie et de l’amour qu’il juge presque impossibles à réaliser. C’est dans ses fantasmes et dans l’illusion de l’amour qu’il trouve satisfaction.
Houssem, 18 ans, était éperdument passionné de la diva américaine Mariah Carrey. Il lui a fallu des mois pour s’en remettre de son délire et d’oublier ses fantasmes sans aucune issue.
«Par moment, je croyais que c’était vraiment de l’amour. Dès que j’entends sa voix ou que je vois sa photo publiée quelque part, mon cœur se met à battre la chamade. Je collectionnais ses posters, ses CD, les articles la concernant… Au début, je pensais que ce n’était que de l’admiration, mais lorsque je me livrais à moi-même, mes pensées ne sont plus que pour elle, je me mettais à imaginer qu’elle était avec moi, qu’elle partageait ma vie et mes sentiments et ce rêve me procurait un plaisir immense. Mais, il m’a fallu mettre fin à ce délire. Après avoir assisté à son concert, je me suis rendu compte de la gravité de mon état. Elle était là, ignorant totalement que je lui vouais un amour aussi grandiose et ce sera probablement l’unique fois où je la vois de toute ma vie… J’ai du faire le « deuil » de mes sentiments pour elle et cela n’a duré que quelques jours, ensuite je m’en suis remis. Aujourd’hui, j’en ris ! Je dois être vraiment dérangé pour aimer une vedette, d’autant plus qu’entre elle et moi, il y a tout un monde infranchissable. Par ailleurs, je garde toujours la même admiration pour elle, tout comme pour DJ Tiesto, qui représente mon idéal masculin », dit-il.
Hammadi, 18 ans, dit qu’il n’a pas été sujet à cet amour illusionniste. Certes, il a des idoles, mais il n’est pas allé jusqu’à confondre entre l’amour et l’admiration. « A mon avis, ce sont les personnes qui ont une carence en matière d’affection qui cherchent à tout prix à sombrer dans ce genre d’illusion juste pour compenser une insatisfaction affective. Et comme il n’a pas de modèle réel à aimer, il s’enfonce dans cette histoire d’amour impossible qu’il vit dans son imagination. Toutefois certains peuvent aller très loin dans leur illusion et font de cette idole une obsession sur laquelle ils fixent toute leur vie. Et là, le sujet risque de souffrir profondément parce que l’illusion peut l’amener à croire que ce genre d’amour est possible et que cette personne aimée peut être à lui. Il vivra donc dans une chimère et la chute risque d’être très brutale si par d’aventure il apprend que cette idole a un amoureux ou s’apprête à se marier. Pire encore, il peut considérer qu’elle l’a trahi et pensera qu’il a le droit de se venger d’elle ! En tout cas moi, je suis fan d’Anastasia, j’aime sa voix, j’aime son physique et il m’arrive de fantasmer sur elle juste parce que je n’ai pas encore d’autre image féminine dans ma tête, c’est tout», dit-il.
Housemeddine, 22 ans, pense que ce genre d’illusion n’arrive qu’à ceux qui ont un grand vide affectif. «Dieu merci, je n’ai pas été «victime» de ce délire. L’amour doit être réciproque sinon la souffrance peut être vraiment atroce. Or, en centrant notre amour sur une star, la cause est toujours perdue d’avance. Ceux qui n’ont pas eu l’affection et l’amour qu’il faut dès l’enfance, peuvent orienter leurs sentiments vers une personne inaccessible. Au fond, ils se sous-estiment parce qu’ils n’ont pas reçu l’affection qu’il faut et ils trouvent refuge dans ce genre d’amour qui leur permet de rêver sans être obligés d’être démasqués par la personne aimée et parce qu’ils pensent qu’aucun partenaire réel ne voudra d’eux », dit-il.
Bilel, 20 ans, a des idoles, mais dans son subconscient, le jeune homme semble bien faire la part des choses. « J’adore Myriam Farès, je la trouve très sympathique mais je ne suis pas amoureux d’elle ! Il m’arrive de rêvasser d’elle parce qu’elle correspond à mon idéal féminin, mais je ne l’aime pas parce que je suis persuadé qu’elle ne sera jamais à moi. D’ailleurs, c’est juste par besoin d’affection que je me mets à rêvasser, mais dès que j’aurais une amoureuse, c’est envers elle que j’orienterai mon attention et mes rêves. Cela dit, je pense que c’est le manque d’affection et l’absence d’une satisfaction émotionnelle et affective qui poussent les jeunes à se créer un amour. Peu importe si cela a des chances d’aboutir ou non, l’essentiel est de trouver une personne avec qui on peut vivre une histoire même si elle est fictive ou virtuelle. D’ailleurs, ce ne sont pas seulement les artistes ou les personnes célèbres qui font l’objet d’un amour utopique. Lon peut rêver d’une fille de l’entourage qui répond à tous nos critères et qui est généralement inaccessible », dit-il.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com