Les jeunes et les bonnes manières : Ça déraille, quand la famille ne joue plus son rôle





Dans les bus, les métros et les endroits publics, certains jeunes font preuve de civisme et de galanterie. Ils cèdent leur place aux vieilles personnes et aux femmes. Ils font beaucoup d’efforts pour se montrer polis et bien élevés. D’autres en revanche, ignorent hélas les bonnes manières. Frustres et balourds, ils se permettent des écarts de conduite au vu et au su de tout le monde. Qui en est responsable ? Est-ce que les jeunes ont le sens du savoir-vivre ?

Tunis-Le Quotidien
Nombre de dépassements sont à signaler dans le rang des jeunes gens. Arrogants, certains jeunes s’adonnent à des pratiques parfois outrées. Ils peuvent se permettre de répondre de manière indélicate à des personnes âgées. Ils peuvent prononcer des mots injurieux et incorrects sans avoir froid aux yeux. Ils peuvent se montrer insolents avec leurs professeurs… A priori, ceux qui ont reçu une bonne éducation, sont censés connaître l’ abc de la politesse, de la droiture et de la retenue. Or, ce genre de dépassements n’est pas l’apanage de ceux qui ont des lacunes en matière d’éducation. Aujourd’hui, nombre de ceux qui sont présumés appartenir à une classe sociale plutôt élevée et dont les parents sont d’un haut niveau d’instruction, peuvent aussi faire preuve de dépassements et de dérapage. La famille, qui constitue la première cellule éducative, a certes un très grand rôle à jouer en matière d’éducation. C’est elle de greffer chez l’enfant les valeurs et de lui enseigner les qualités morales. Mais, une fois intégré au sein de la société, l’enfant peut être influencé par son nouvel entourage qui peut comprendre des éléments négatifs. Le modèle à suivre ne se limite plus au cercle familial. Plus il élargit le cercle de ses connaissances, plus il est enclin à être influencé par des fréquentations pas toujours saines.
Certains pensent que l’arrogance et l’insolence sont le fruit d’une éducation défaillante. D’autres assimilent ce genre de défaillance aux fréquentations louches et entre les uns et les autres, il y a ceux qui inculpent les médias étrangers qui nous émettent des modèles déracinés.
Atef, 24 ans étudiant, pense que la famille joue son rôle dans la mesure du possible en matière d’éducation. Sauf que l’entourage externe et les médias sont aussi responsables de la dégradation de certaines valeurs. «Un enfant est sous l’aile de sa famille jusqu’à l’âge de six ans, ensuite il est livré à un autre corps éducatif qui contient plusieurs modèles sociaux. Si la mère travaille, cet enfant sera livré à des crèches à un âge très précoce. Son éducation peut ressembler à une mosaïque où les pièces peuvent ne pas être du tout harmonieuses. Résultat : les parents lui inculquent très peu de choses comparativement à ce qu’il reçoit de la part d’autres « éducateurs » parce qu’il passe beaucoup plus de temps ailleurs que chez lui. Le travail de la mère est un problème de taille qui influe sur l’équilibre psychique de l’enfant et sur l’éducation qu’il reçoit. S’il acquiert une bonne base depuis la tendre enfance, cela va amoindrir les risques. Par contre, si la base de l’éducation est déjà défaillante, il sera facilement influençable par son entourage extérieur. Mais pour les uns comme pour les autres, une jeune personne est de stature fragile tant qu’elle n’a pas encore atteint la maturité. Et puisque les médias étrangers véhiculent aujourd’hui des exemples plutôt dangereux et étant donné que les jeunes sont influençables, ils seront facilement influencés par ces modèles et peuvent tomber dans le piège de l’imitation aveugle. En parallèle, les jeunes peuvent être influencés par un entourage où l’insolence et l’absence des bonnes manières sont considérées comme une preuve de force et de virilité. Reste à savoir comment remettre ces jeunes gens à l’ordre ! A mon avis, les parents sont les seuls à pouvoir intervenir pour remédier à ce problème et pour récupérer les lacunes de leurs descendants », dit-il.
Selim, 25 ans étudiant, pense que la famille peut ignorer totalement ce dont est capable leur enfant une fois livré à lui-même. Le jeune homme pense que la responsabilité ne peut pas donc être imputée aux parents uniquement. « Il est vrai que le nombre des jeunes qui font l’objet de dépassements n’est pas à ignorer. A bien observer le comportement de certains jeunes, dont essentiellement les adolescents, on constate que les bonnes manières ne figurent pas dans le glossaire de nombre de jeunes. Je ne peux pas dire que la famille en est la seule responsable. Les causes peuvent être aussi multiples que variées. Mais ce qui est sûr, c’est que la prédisposition des uns les rend capables de commettre des actes outrés. En revanche, ceux qui ont reçu une bonne éducation finiront par retrouver le droit chemin même s’ils dérapent par moment. Le comportement de ces jeunes qui manquent de bonnes manières est à l’image des adultes qui les entourent. Hélas, certaines mentalités appuient l’idée que seul le langage de la force est payant ! Dans leur subconscient, ces jeunes croient que la bonne conduite et les bonnes manières feront d’eux une proie facile. Ils s’investissent à fond pour donner l’air d’être forts et intouchables et leur seule arme est justement la mauvaise langue, l’arrogance et l’insolence. Toutefois, c’est à la famille de suivre toujours de loin leur enfant et de ne jamais se fier à l’image qu’ils donnent d’eux lorsqu’ils sont à la maison », dit-il.
Hatem, 25 ans étudiant, pense que la famille est le premier responsable de l’éducation de l’enfant et si ce dernier manque de bonnes manières, c’est qu’il y a un déficit au niveau de l’éducation. « Je ne peux pas croire que certains parents n’assument pas pleinement leur rôle. Nombre de parents pensent que leur rôle se limite au fait d’offrir la sécurité matérielle ou peut être affective à leurs enfants, un point c’est tout ! D’ailleurs, nombre de jeunes parents ne connaissent pas eux-mêmes l’abc des bonnes valeurs : comment peut-on inculquer les bonnes valeurs à un enfant si on lui ment, si on est incapable de représenter pour lui un exemple à suivre. En outre, certaines déchirures familiales dont essentiellement le divorce engendrent ce déficit moral. Nombre de parents divorcés oublient que ces enfants ont le droit de vivre dans une atmosphère saine et au lieu de leur apprendre les bonnes choses, chacun essaye d’accentuer chez eux le sentiment de rancune envers l’autre parent et cela ne peut que pousser ces enfants vers une mauvaise voie. Un jeune peut aussi chercher des réponses auprès d’autres personnes qui peuvent à leur tour lui apprendre de bien mauvaises choses », dit-il.
Oussama, 23 ans étudiant, pense que les parents sont incapables d’inculquer de mauvaises choses à leurs enfants et qu’ils ne peuvent pas être l’unique responsable de la défaillance dans les comportements juvéniles. « A priori, chaque père et chaque mère, essayeront d’accomplir pleinement leur rôle éducatif parce que chaque parent rêve de voir son enfant réussir sa vie. Donc, je trouve inadmissible qu’un parent apprenne l’insolence à ses enfants. Par contre, certains parents, croyant bien faire peuvent apprendre de mauvais réflexes à leurs enfants ou encore oublier de leur apprendre certaines choses parce qu’ils ont à leur tour un niveau de connaissance limité. Par ailleurs, la « rue » est d’autant plus responsable dans la mesure où certains adultes se comportent de manière inconvenable et les jeunes les prennent pour exemple. Il ne faut pas oublier aussi que le phénomène du mime est très fréquent chez les jeunes et ils peuvent donc s’influencer par un entourage où les bonnes manières sont absentes », dit-il.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com