Onze GI’s tués en Irak : Journée noire pour les Américains





• Le Premier ministre "étudie" le rapport Baker

Les responsables irakiens «étudiaient» hier le rapport du Groupe d'études sur l'Irak, dans un climat de violences incessantes notamment contre les Américains qui ont perdu ces dernières 48 heures onze soldats au lendemain d'une journée noire pour l'armée américaine, qui a perdu dix soldats.

Le Quotidien-Agences
Le mois de décembre commence mal pour l'armée américaine: le jour de la publication à Washington du rapport Baker-Hamilton, elle a perdu onze soldats en Irak, dont neuf dans des opérations de combat.
Onze soldats américains sont morts mercredi en Irak, dont 10 au cours d'opérations de combat, a indiqué hier un porte-parole militaire, revoyant à la hausse le bilan d'une journée meurtrière pour l'armée américaine.
"Nous confirmons désormais que 11 soldats sont morts mercredi au cours de cinq incidents séparés", a déclaré le lieutenant-colonel Christopher Garver, porte-parole de l'armée américaine, sans donner davantage de précision.
Cinq d'entre eux appartenaient à la 25e division d'infanterie, ont été tués lors d'une "explosion près de leur véhicule, dans des opérations de combat dans la province de Kirkouk", à 250 km au nord-est de Bagdad, selon l'armée américaine.
Les explosions de bombes artisanales représentent la première cause de décès des soldats américains en Irak.
Cinq autres soldats sont morts au combat dans des conditions qui n'ont pas été précisées. Un dixième homme est mort lors d'un incident survenu "en dehors des opérations de combat".
La violence s'est poursuivie dans le pays, où au moins sept personnes ont été tuées hier matin, dont trois policiers dans l'explosion d'une voiture piégée dans l'ancien bastion rebelle de Falloujah, à 50 km à l'ouest de Bagdad.
A Bagdad, des hommes armés ont tué un officier de police et deux de ses gardes. Un ancien membre du parti Baath a été abattu à Diwaniyah (180 km au sud de Bagdad).
La police a également découvert à Iskandariyah, à 60 km au sud de Bagdad, les corps de deux personnes, les mains attachées dans le dos et les yeux bandés.

Promesse
Sur le plan politique, le Premier ministre Nouri al-Maliki a promis d'étudier dans la journée le rapport du Groupe d'études sur l'Irak. Mais il en avait visiblement eu connaissance avant sa publication, car il a annoncé à la surprise générale la tenue d'une conférence de réconciliation en décembre à Bagdad.
Ceci alors que la menace d'un retrait du soutien américain si le gouvernement ne progresse pas assez vite a été accueillie froidement en Irak.
"C'est injuste", a estimé le député kurde Mahmoud Othman, pour lequel "les Etats-Unis sont en Irak une puissance occupante et en tant que telle, la convention de Genève prévoit qu'ils sont responsables du pays".
Pour Bassam Ridha, conseiller du Premier ministre, la Maison-Blanche doit continuer à soutenir le gouvernement irakien "jusqu'au bout" dans la lutte contre le terrorisme, "un problème international et pas seulement irakien»."S'ils ne nous soutiennent pas, alors il apparaîtra qu'ils ne mettent pas en application leurs paroles", a-t-il souligné.
"Nous sommes tous sur le même bateau, nous ne combattons pas seulement des criminels internes, mais le terrorisme international. Nous avons besoin d'aide pour cela", a approuvé Haïdar al-Ibadi, un député du Dawa.

____________________

Contrairement aux espoirs du gouvernement Bush
Les experts mettent en cause la capacité des Irakiens à prendre la relève des Américains

Le Quotidien-Agences
La capacité des forces de sécurité irakiennes à prendre rapidement la relève de l'armée américaine pour assurer la sécurité de l'Irak laisse sceptiques des experts américains, alors que ce transfert de responsabilités suscite beaucoup d'espoir aux Etats-Unis.
"Ces types ne sont pas prêts pour le primetime", affirme Ed O'Connell, expert au centre de réflexion Rand Corporation, utilisant une métaphore du monde de la télévision.
"Il leur faut encore trois à cinq ans pour arriver à quelque chose qui ressemble à une armée", ajoute-t-il. Les forces de sécurité irakiennes (armée et police) comptent environ 323.000 membres actuellement.Il s'agit pourtant d'une des recommandations du rapport de la commission Baker remis mercredi au président George W. Bush, qui a promis de l'étudier "très sérieusement". La commission indépendante estime que d'ici le premier trimestre 2008, "toutes les brigades de combat américaines pourraient être retirées d'Irak".
Actuellement, des équipes comptant chacune 11 instructeurs militaires sont intégrées dans des bataillons irakiens. C'est trop peu pour bien faire le travail, selon des experts.
Ils n'ont "pas les moyens d'être là où un bataillon irakien mène des opérations", souligne John Martin, un colonel à la retraite, expert à l'Ecole de guerre de l'armée de terre à Carlisle (Pennsylvanie, est).
Dans ces conditions, les experts estiment qu'il y a un grand risque que le retrait des forces de combat américaines précipite une bataille pour le pouvoir entre les milices, et le crime organisé.
"Je pense que nous devons reconnaître honnêtement que si nous réduisons le nombre de troupes comme le préconise la commission et que l'armée irakienne n'est pas prête pour supporter cette responsabilité, la situation va imploser un peu plus," a affirmé sur CNN Larry Diamond, un expert de la Hoover Institution et un conseiller de la commission Baker.Mais maintenir la stratégie actuelle n'est pas forcément mieux et pourrait entraîner une détérioration supplémentaire, a-t-il admis.

____________________

La commission Baker
Un outil de pression des démocrates sur Bush

Le Quotidien-Agences
Le Congrès américain, dominé par les démocrates à partir de janvier, entend s'appuyer sur le rapport Baker sur l'Irak pour exiger du président George W. Bush de réels changements dans la politique menée en Irak.
"Nous allons surveiller de très près" la mise en œuvre des recommandations du Groupe d'études sur l'Irak, a prévenu le prochain chef de la majorité du Sénat, Harry Reid.
Plus imagé, l'influent sénateur Charles Schumer a posé "la question à 64.000 dollars: le président est-il prêt à une réorientation? Tous les yeux sont fixés sur lui".
Le Congrès, dont les pouvoirs en matière de politique étrangère et de défense sont limités, devrait à partir de janvier mener un copieux programme d'auditions visant à dessiner un consensus, que les deux camps assurent rechercher.Ce consensus s'est illustré dès mercredi par la confirmation haut la main de la nomination du prochain secrétaire à la Défense, Robert Gates, qui a reconnu mardi que les Etats-Unis n'étaient pas en train de gagner en Irak.
"Les Américains ont parlé, le Groupe d'études a parlé (...), même le secrétaire à la Défense désigné a parlé - maintenant il est temps que le président écoute", a souligné la sénatrice Hillary Clinton.
Le représentant Ed Markey a qualifié pour sa part le rapport de "radeau de sauvetage" pour le président Bush, dont la politique irakienne a été "jetée par dessus bord".
Joseph Biden, prochain président démocrate de la commission des affaires étrangères du Sénat, a estimé que le rapport avait "déplacé" le débat sur l'Irak: "ce ne n'est plus si, mais quand et comment on redéploie les troupes", a-t-il estimé.




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com