Marché central : La douceur des prix n’emballe pas la clientèle





Les uns disent que le Marché central, bousculé par les grandes surfaces a perdu de son charme d’antan et de ses clients.
Ses locataires rouspètent devant les quelques nostalgiques et ne... perdent pas espoir. Mais le fait est là : une baisse dans la consommation.

Tunis - Le Quotidien
Tunis, 7 décembre 2006. Il est dix heures du matin. En ce début d’hiver un peu beaucoup timide et clément, le soleil a fini par chasser de bonne heure la petite écharpe grise d’humidité, propager généreusement ses rayons et prendre le dessus.
Nous sommes à la rue de Yougoslavie une rue qui serpente en parallèle la grande avenue Habib Bourguiba et qui s’ouvre sur une foule de tentacules portant le nom de quelques pays d’Europe. Il y a la rue de Finlande, celle du Danemark, celle d’Allemagne, puis l’autre d’Espagne, etc...
Ici l’architecture qui remonte à plus d’un siècle nous rappelle celle du Vieux Continent.
Les immeubles dans un état lépreux sont souvent fortement peuplés et très demandés pour leurs emplacement et commodités. Les loyers volent très haut et l’offre est timide.
Dans ces rues avoisinantes, se dégage l’odeur du frais. Légumes fruits, volailles et (surtout) viandes rouges et poissons. Cette traînée nous emporte jusqu’à la porte colossale de cette construction (récemment “relookée”) qui a de la “gueule” depuis toujours ... et du poids, qu’on nomme Le Marche Central.
Une rangée de fleuristes nous accueille à l’entrée. Les stands tout en plantes sont peu fréquentés. “Nous avons des plantes d’intérieur, d’autres à planter dehors comme ces citrons de quatre saisons, des œillets d’Espagne, et des herbe pour assaisonner pâtes, pizzas ...”, nous raconte. Si Moncef, peu enthousiaste de la vente, mais qui reconnaît un mouvement en rose en été à l’occasion des mariages et retrouvailles.
A gauche, un vieil homme, courbé sur au moins ses quatre-vingts ans a pris refuge sur un petit tabouret en attendant un éventuel client. A ses côté, un lot de couffins de diverses tailles, tressés à la main à partir du “zaâf” tiré des palmiers de notre sud.
On foule du pied le pavé lustré d’un espace géant où on fait - et vous l’avez deviné - un bel étalage de richesses marines. Les prix affichent pour les clovisses 4,DT500 le kg, celui des moules pour seulement 3,DT000, pour les autres coquillages et fruits de mer, on est dans la fourchette de 3,DT800 jusqu’à 14,DT00 (pour la chevrette et la crevette royale). La seiche est fixée à 3,DT000 le kg. Quant au rouget, il varie entre 2,DT800 et 4,DT800 selon la grosseur et la bonne mine. Le thon, il brille avec même pas trois dinars les mille grammes.
“Depuis Ramadan, la vente ne cesse de baisser. Il y a cinq ans, une journée comme hier et aujourd’hui, on liquidait par 20 voire 30 kg. Maintenant, le plus comblé parmi nous vend six ou sept kg au plus de sa marchandise..., Nous voyons des gens tourner ... tourner mais en rond et sans verser un rond”, nous a confié Fathi Ayadi, un poissonnier de la place depuis vingt ans. Un constat qui nous a été confirmé par un certain Ali à l’allure d’un malabar. Lui aussi n’a apparemment pas le vent en poupe pour ses raies, ses maqueraux et autres poulpes et ... la guigne avec.
“Chaque fois que je me trouve à Tunis (au moins deux fois par an), je ne consomme que du poisson et j’en profite pleinement. On fait surtout du méchoui avec. D’ailleurs, je descends chez des amis tunisiens, et ils me mijotent des plats succulents comme la salade kerkenaise et autres fritures. J’en raffole”, nous a dit une Marie-Christine, qui vient de Paris et qui est dans les affaires. Sa petite boîte au Lac qu’elle gère à partir de sa France natale va bien. Et d’ajouter : “Je trouve bien mes comptes parmi-vous”.

Des chiffres et des bruits
Sur les murs de droite, on trouve entre les arcades des chiffres et des lettres (1V - 2V - 3V et 4V) et des hommes qui écaillent, décortiquent et vident ... c’est en fait leur boulot.
“C’est le dimanche qu’on travaille le plus”, nous dit Salah, le plus âgé des six.Il a la cinquantaine chétive...
On pénètre encore dans le lieu. A droite on vend de la boutargue à 160DT,000 le kg et on l’expose dans une belle vitrine. A gauche, une jeune dame sur sa chaise roulante. Elle propose des sachets noirs en plastique. Apparemment, elle n’a pas vendu grand-chose. A ses côtés, une poubelle et tout autour des papiers, des mégots écrasés, des tickets de bus et métros ... Puis, le bruit ... un bruit assourdissant, qui martèle à mille coups redoublés par minute, venant de part et d’autre.
A même le sol, chichement paré par du ciment, il y a des cageots pleins d’escargots.
Il y a ceux qui les adorent avec de la menthe, en sauce ou avec même du couscous.
Nous avons lancé notre regard en haut. Le toit de tuile rougeâtre, en bois est tout neuf. Mais il y a quelques ouvertures. Nous vous laissons le soin d’imaginer l’état du coin quand il tempête.
Le pavillon de droite est doté des fromageries. Les vendeurs, habillés en blouse blanche guettent les passants, les quelques qui ne s’arrêtent pas.
Ici, nous n’avons pas besoin de tater le pouls.
Tout est là, on croise les bras et on tourne les doigts. Chez notamment ceux qui vendent œufs et poulets ... “Depuis qu’on n’a plus l’autorisation de vendre le fermier et le vivant, les affaires vont mal”, explique Fathi Daâss qui de père en fils, vend des cailles, lapins et poussins.
C’est l’affaire familiale depuis 90 ans. La viande rouge, bien coupée et découpée, de peur du cholestérol, elle est de plus en plus boudée avec ses merguez, foie gigot et autres abats. C’est l’avis de Mohamed Ktari, qui a changé de vocation et préfère couler dans le lait et ses dérivés.
Avant d’entrer dans le rayon des légumes et fruits, une boutique s’est spécialisée dans la vente d’oiseaux, des cages ... ça gazouille pourtant. Son propriétaire s’est pressé pour nous apostropher sur notre choix. Nous nous sommes vite retirés. Et discrètement.
“Des prix plus bas ! Il n’y en a pas. C’est vraiment pour rien comme à Bab El Falla, là où j’étais et il n’y a pas la foule, non plus”, nous raconte un vieil ami qu’on a croisé par hasard. Et d’ajouter : “Le pouvoir d’achat est en baisse”. Des bananes à 1DT795 millimes, des golden à 1DT180, des poires à 980, des oranges à 750, des grenades aussi à 750 et des dattes à 2,DT950.
Les légumes sont aussi exposés avec une rare fraîcheur et avec des prix doux. Très doux comme juste à côté ces étalages de pain d’orge, de campagne, de son ... en baguette, en rond ...
Nous rebroussons chemin, les poissonniers nous hèlent comme à notre arrivée, les vendeurs de fruits, légumes, hlalem, nwasser et autres produits crient sur tous les toits leurs prix.
Les échos nos parviennent de partout... Mais les étalages n’ont pas changé d’un iota. Et les rares “consommateurs” continuent à tourner .. en tourbillon.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com