Rencontres littéraires : Nicolas Fargues décrypte les mots de son ombre





Dans sa tournée pour promouvoir encore et encore son célèbre J’étais derrière toi, le jeune Nicolas Fagues a fait une brève escale chez nous. Il a été accueilli trois jours de suite par un public qui le connaît déjà et qui fait le suivi de ses cinq romans mélodieusement, intimement rythmés.

Sur la note de l’Affiche que publie l’Institut français de coopération (IFC), on nous a notamment annoncé pour le mois de décembre 2006 une série de rencontres littéraires. Quelques unes sont organisées en partenariat avec les librairies, les établissements scolaires et universitaires et les bibliothèques de Tunis et sa proche banlieue.
Nous pensons ici à celle qui allait réunir les deux jeunes écrivains français : la romancière et essayiste Nancy Husten (Prix Goncout des lycéens et Prix du livre 2006) qu’a prévu de présenter au public de la Médiathèque de l’Ariana, à celui de la Médiathèque Charles de Gaulle (MCDG) et aux fidèles de la Librairie Mille Feuilles de la Marsa, les 7-8 et 9 décembre son dernier écrit : “Lignes de faille”, paru en août 2006 où la canadienne de naissance a déroulé “un demi siècle d’histoire contemporaine à travers les regards de quatre générations d’enfants. Dans cette chronique d’une famille déchirée entre l’Allemagne, Israël et les Etats-Unis, elle pose les questions de l’identité, de la mémoire et de l’exil”, lit-on sur l’Affiche. Dommage pour ceux qui l’ont attendue et qui ont déjà évacué un laps de temps dans leur agenda, rien que pour l’écouter et lui parler de vive voix sur son expérience romanesque, car madame pour x raison personnelle a annulé son rendez-vous tunisien.
Quant à Nicolas Fargues, il a répondu avec bonheur à l’invitation. Et tant mieux pour lui et pour ceux qui ont assisté à ses rencontres-débats programmées tour à tour à l’IPEST de la Marsa le 6 décembre, à Caliga d’El Menzah VI pour le 7 et jamais deux sans trois, le lendemain à la MCDG chez notre ami français - George Barbier.
Nous avons été présents déjà aux deux premiers rendez-vous. Il y a eu un débat fécond suivi d’une séance de signature.
La rencontre de l’IPEST a drainé un parterre d’étudiants et pas n’importe lesquels, car ici, nous sommes bien au temple des lauréats de Tunisie.
Dans cette salle pleine à craquer, l’invité de la semaine qui n’a que 34 ans était bien à l’aise avec ses cadets. Qui pensent tout comme lui sur le monde, le couple, l’amour ...
Les questions sont loin d’être généralement académiques, mais intelligentes, fondées et de fraîcheur pétillantes. Et bien-sûr comme attendu, Nicolas Fargues a répondu en conséquence à tout, expliquant sa démarche réussie, puisqu’il fait aujourd’hui l’enthousiasme des libraires, et son cinquième roman “J'étais derrière toi” paru en mars dernier chez POL au 33 rue Saint-André des Arts à Paris 6ème fait un tabac chez les jeunes et moins jeunes. Les nôtres le connaissent bien de par ses autres romans : “Le Tour du propriétaire” (2000), “Demain si vous le voulez bien” (2001) “One Man Show” (2002) et “Rade Terminus” (2004).

Le face-à-face : réalité-fiction
Dans leurs interventions, les étudiants n’ont pas rodé superficiellement tout autour de “J’étais derrière toi”. Ils ont discuté sur le contenu et en profondeur. Ce qui nous confirme que ces élèves se sont préparés à cette rencontre et ont lu le livre et tout ce qui a été écrit là-dessus.
“C’est un livre que j’ai écrit dans l’urgence”, a notamment dit Nicolas Fargues avec un brin de fierté. Surtout quand il a évoqué le thème de l’intimité et de la famille.
“Si je l’ai écrit c’est que je l’assume et “J’étais derrière toi” reste tout de même inidentifiable dans la réalité en changeant des noms ou des petites bricoles”, a-t-il notamment précisé.
L’auteur qui affectionne aussi l’art de lire dans l’imaginaire des autres s’est trouvé presque par contrainte dans le métier d’écrivain malgré qu’il ait esquissé ses premiers jets d’encre à l’âge de 15 ans.
Après avoir décroché son diplôme de littérature et cumulé les petits boulots dans divers secteurs, il a senti le besoin naturel de s’exprimer en mots et émotions.
“Je n’ai pas réussi mes examens d’enseignant, j’ai effectué plusieurs jobs. Lors de mon séjour en Indonésie (dans la coopération culturelle), pendant mon adolescence et le seuil de l’adulte, j’ai voulu écrire ...,
Ce voyage a nourri mon imaginaire et je me suis dit que je peux faire plus et mieux (surtout qu’il était dans le besoin matériel Ndlr) et c’était une réaction d’orgueil. Depuis, tout a changé et les choses impossibles sont devenues à portée de main”, raconte Nicolas Fargues. Et d’ajouter “J’essaie de parler avec de la distance à la fois humble et subjective ... et la littérature que j’aime n’est pas forcément celle que j’écris ...”.
Serait-il un écrivain mineur ? Le romancier qui a dans son premier roman donné de l’élan avec un beau drapé, le temps qu’il faut, des mots à trois syllabes ..., a fini en fait par trouver le bon filon en se trouvant plus proche de l’oral. “Le livre me touche. C’est un témoin de ma vie et il a une place particulière, car je sors de l’œuvre”; a-t-il insisté.
Sur la fiction, les techniques et le thème, l’écrivain a tenté de répondre avec spontanéité et sans jamais dérouter.
“Ce récit de rupture, accueilli avec enthousiasme par la critique, est resté plusieurs mois sur les listes des meilleures ventes. A travers une confession lucide et sensible, l’écrivain tente de démêler passion, amour, jalousie et désir, avec une autodérision qui fait du lecteur son complice”, résume-t-on du côté de l’IFC sur “J’étais derrière toi”, qui, du côté de Caliga, a attiré un autre public. Les présents ont soumis notre hôte à cette rituelle question-réponse pour savoir mieux sur cet émouvant livre. “Je sais qu’il est plein de lâcheté mais je ne veux pas qu’il bouge. Je l’aime comme ça et je l’ai écrit à une époque précise et dans un état d’esprit de ce temps-là”, confie le jeune romancier, qui visite pour la première fois notre pays et ... qui est au courant de tout ce qui (ou presque) le rythme. Dans son marathon, Nicolas Fargues a été hier attendu par un autre public d’universitaires à la MCDG pour répondre à d’autres questions, certainement plus corsées.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com