Les jeunes et la vitesse au volant : Derrière l’amour du risque se cache un complexe





Avec ou sans permis de conduire, le fait d’être au volant semble être le dada de bon nombre de jeunes relevant essentiellement de la gent masculine. Cela dit, la majorité des jeunes conducteurs font preuve de plusieurs dépassements. Ils appuient à fond sur le champignon à leurs risques et périls. Pourquoi ?
Comment expliquer cette fureur ? Que cherchent-ils à prouver ?

Tunis-Le Quotidien
L’adolescent a le désir et le besoin d’assumer des responsabilités concrètes avant d’entreprendre des études théoriques. Pour lui, c’est une manière de mener sa barque dans le monde des adultes. Il aime faire les choses pratiques et qui ont de l’importance. Il est toujours à la recherche de nouvelles expériences et de fortes sensations. Il ressemble à un oisillon qui bat des ailes pour voler. Il a tendance à choisir délibérément les plus rudes des situations pour les surmonter. C’est une sorte de victoire qui lui procurerait un plaisir inégalable : celui d’être reconnu en tant qu’être humain à part entière. C’est ce que cherche à prouver d’ailleurs un jeune lorsqu’il est au volant d’un véhicule. Il fait ronronner le moteur de sa voiture avant de faire de la vitesse. Il fait des démarrages américains foudroyants pour attirer le regard des passants. Il choisit les rues et les voies les moins commodes pour mettre à l’épreuve sa maîtrise des cascades. Toutefois, en agissant de la sorte et contrairement à ce qu’il peut croire, un jeune peut être considéré justement en tant qu’irresponsable parce qu’il met en danger sa vie et celle vie de tous ceux qui peuvent par malheur être sur son chemin... Comment peut-on expliquer une telle conduite? Certains disent que la conduite anarchique et à grande vitesse est le fruit d’une certaine frustration et d’un comportement irresponsable et puéril. D’autres pensent que la conduite à grande vitesse n’est donnée qu’à ceux qui…maîtrisent le volant !
Sabri, 21 ans, étudiant, n’a pas de permis de conduire et il n’a jamais conduit une voiture. Mais cela n’empêche qu’il a son mot à dire concernant ce phénomène. « D’abord, il ne faut pas être injuste envers les jeunes. La conduite anarchique, la violation du code de la route et la conduite à grande vitesse ne sont pas l’apanage des jeunes. Certes plusieurs jeunes conduisent de manière outrée, mais certains adultes le font également. A mon avis, ceux qui s’adonnent à ce genre de risques doivent avoir été ou bien beaucoup trop gâtés durant leur enfance ou bien au contraire ils ont été très frustrés. Tout comportement extrémiste ne peut que cacher un certain déséquilibre à mon avis. Ceux qui ont vécu sans avoir été soumis à une discipline ont été habitués à vivre sans obstacles, à avoir tout ce dont ils rêvent : ils sont donc incapables de se soumettre à une discipline, de se plier aux ordres ou encore d’accepter n’importe quelle forme d’autorité. Paradoxalement, ceux qui ont été soumis à une discipline trop sévère et qui n’ont pas pu s’épanouir et dont les instincts naturels ont été frustrés peuvent se révolter contre la discipline et les règles pour satisfaire leurs besoins autrefois insatisfaits et réprimandés. Lorsque ce genre de personnes est au volant, elles se croient en train de s’affirmer en tant que personnes imbattables. Mais une question se pose : ils sont imbattables par rapport à qui et s’ils sont en train de défier quelqu’un, ils défieraient qui au juste si ce n’est la mort ! », dit-il.
Marouane, étudiant de 21 ans, n’a pas non plus de permis de conduire. Il n’a jamais conduit une voiture mais il a été au guidon d’une moto à plusieurs reprises. « Je reconnais que je ne suis pas très réglo lorsque je conduis une moto. Pourquoi ? Je ne saurais pas répondre ! Je dois ignorer certaines clauses du code de la route. Ce que je peux dire, c’est que le fait de conduire à grande vitesse me procure un plaisir immense, j’ai comme l’impression d’être en course et de remporter un challenge. Lorsque je roule vite et que j’arrive à dépasser les véhicules sur la même route, c’est comme si je marquais un but dans un match de football. Je suis conscient toutefois qu’une conduite pareille met ma vie en danger et si j’aurais mon permis de conduire, je crois que je vais faire preuve de sagesse », dit-il.
Mohamed Sabri, étudiant de 20 ans, a eu son permis de conduire à 18 ans et le jeune homme ne se permet d’appuyer à fond sur le champignon que lorsqu’il est sur l’autoroute. « La conduite anarchique reflète un état psychologique très déséquilibré. Comme on dit, il est beaucoup plus facile de faire du mal que du bien. Si l’on veut prouver qu’on est fort, on doit bien faire les choses. Or ceux qui roulent vite et qui violent le code de la route croient qu’en agisant ainsi ils prouvent qu’ils sont les plus forts et qu’ils sortent du lot. D’ailleurs, à mon sens, ce genre de personnes souffre d’un énorme complexe d’infériorité et c’est en faisant les parades qu’ils essayent d’attirer l’attention. Ils n’ont sûrement pas d’autres moyens pour prouver qu’ils sortent du lot. Ils misent donc sur les pédales et sur les coups de volant, parce qu’ils sont limités d’esprit. En tout cas moi, je suis conscient des risques d’une telle conduite et je ne roule à grande vitesse que lorsque la vitesse est permise et que je suis sur l’autoroute », dit-il.
Mohamed, étudiant de 21 ans également, n’a pas de permis de conduire. Le jeune homme fauche toutefois les clés de voiture de son père et se paye de temps à autre une petite virée clandestine dans le quartier. «Bien que je n’aie pas de permis de conduire et bien que je conduis clandestinement, je ne m’adonne jamais à des pratiques outrées. Lorsque je conduis, je dois faire preuve de lucidité et sagesse, il s’agit de ma vie et d’autres vies humaines. Je n’ai aucun droit de mettre en péril ces vies. D’ailleurs, je méprise les gens qui agissent de cette manière et qui font des folies, ils doivent être vraiment vides et n’ont pas d’autres moyens de s’affirmer que d’agir de la sorte. Cela relève de la frime et d’un profond complexe qu’il soit de supériorité ou d’infériorité. Moi en tout cas, je ne peux jamais respecter ceux qui agissent ainsi. La frime ou encore les comportements extrémistes sont une preuve flagrante inouïe de la défaillance de la personnalité et de l’incapacité de l’être de s’affirmer sur d’autres plans qui valent réellement la peine », dit-il.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com