En marge du rapport Baker-Hamilton sur l’Irak : Trop tard pour arrêter la marche du chaos ?





Le rapport Baker-Hamilton entend ouvrir des pistes pour la paix en Irak et dans toute la région.
De fait, on respire un peu à sa lecture. Mais ne soyons pas trop optimistes ! La guerre civile risque de s’installer dans la durée tant Bush et ses collaborateurs ont porté à la perfection l’art de semer la zizanie et le chaos.

Le rapport Baker-Hamilton sur l’Irak, élaboré par une commission comprenant des membres issus des deux grands partis américains fait couler beaucoup d’encre. Mais à travers les nombreuses réactions enregistrées ici et là, aux Etats-Unis comme dans le monde, c’est la tonalité de la satisfaction qui prédomine. On ne doute plus de l’urgence d’un changement radical de la politique américaine en Irak sous peine de voir la situation sombrer dans le chaos. Les conclusions auxquelles sont parvenus les membres de la commission s’appuient sur des signaux qui présagent d’un futur embrasement général de la région. Un embrasement que ne souhaite personne car tout le monde y perdrait au compte. C’est dans la crainte d’un tel enchaînement que le rapport a inclus dans ce processus d’urgence, la centralité du problème palestinien, pierre de touche de toute tentative d’apaisement dans la région.
L’on comprend alors le vent d’optimisme qui souffle dans la plupart des sphères politiques du monde entier. Les Etats-Unis se dessaisissant quelque peu de leur politique unilatéraliste, c’est un bon présage non seulement pour le Moyen-Orient mais pour l’ensemble de la planète. D’autant que Al-Qaïda risque de se retrouver privée de tout alibi, de tout sanctuaire et de tout soutien.
C’est donc un peu l’euphorie ! Mais il y a-t-il réellement lieu de pavoiser ?
Que l’on nous permette de faire un petit saut de quelques semaines en arrière quand le président américain rejetait, non sans véhémence, le terme de guerre civile à propos du bain sanglant en Irak. Un rejet contre toute logique et vraisemblance. Même les grands médias américains, que l’on ne peut pourtant pas taxer d’hostilité à l’égard du locataire de la Maison Blanche, reconnaissent la réalité de la guerre civile dans le pays d’Al-Rafidaïne.
Qu’on le veuille ou non, la guerre civile est en train de s’inscrire en termes de feu, de sang et de larmes et en signes annonciateurs d’une apocalypse dans toute la région.
Quand en général peut-on parler de guerre civile ? Quand les citoyens d’un pays donné veulent en découdre avec certains de leurs concitoyens. Et quand dans cette situation conflictuelle se trouvent les germes d’une haine qui peut perdurer dans les cœurs longtemps après la fin du conflit. La guerre civile s’oppose à la guerre militaire qui, elle, dresse non plus deux pans d’une même nation mais deux nations entre elles. Et puisque l’Espagne essaie ces derniers temps de lever le voile sur les zones d’ombre de la guerre civile qui l’avait déchirée avant la 2ème guerre mondiale, on en profitera pour prendre ce conflit comme exemple d’une variante du genre. Car on peut distinguer plusieurs sortes de guerres.

La guerre civile en plusieurs versions
Empressons-nous de dire que les guerres civiles sont, toutes, d’ordre politique. Il s’agit pour un parti, une faction, une groupe religieux ou tout simplement un clan mené par un chef charismatique de prendre par la force le pouvoir. Ceci étant établi, une guerre civile peut être, idéologique. Et c’est ce qui s’était passé en Espagne dans les années trente du siècle dernier quand républicains et franquistes (mouvement d’extrême droite) s’entre-tuaient, les uns pour défendre les valeurs républicains, les autres pour instaurer un régime militaro-réactionnaire.
Une guerre civile peut aussi revêtir une dimension confessionnelle. Cela fut le cas des guerres de religions qui avaient mobilisés, les uns contre les autres, catholiques et protestants dans la France du 16ème siècle.
On distingue aussi les guerres civiles mettant aux prises des ethnies d’un même pays. Le cas le plus «édifiant» nous a été donné, il y a quelques années, par l’horrible génocide perpétré par les Hutus sur les Tutsis au Rwanda.
Bref la guerre civile est une et multiple. Une dans son acception de base, multiple dans ses causes et motivations. En Irak, on en trouve, malheureusement, la plus belle des illustrations. Sous l’amoncellement des cadavres, on trouve réunies toutes ses moutures. C’est ainsi qu’au plan idéologique, laïcs (démocrates, communistes etc.) et religieux s’étripent quand l’occasion s’en présente.
Au plan confessionnel, chiîtes et sunnites s’en donnent à cœur joie dans l’art de se trucider. Enfin, au plan ethnique, Arabes et Kurdes se livrent déjà à quelques escarmouches qui ne disent rien qui vaille.
Voilà donc le tragique et apparemment inexorable enchevêtrement de massacres que Bush a su mettre en place dans un pays, qui sans être un modèle de sérénité n’en était pas pour autant disposé à la grande violence. En Irak, le président américain a réussi l’exploit, unique peut-être dans les annales des guerres civiles, d’avoir allumé et presque simultanément les mèches de toutes les variantes de la guerre civile.
Et ce n’est pas tout ! Parce qu’en plus, il s’est aventuré dans une guerre militaire, au sens propre du terme. Une équipée qui, se conjuguant à la guerre civile, a amplifié jusqu’à l’insoutenable le désastre ambiant.
On voit mal comment les choses vont s’apaiser, comment la vie pourra reprendre son cours normal et comment le ferment de la haine pourra être extirpé des cœurs.
Certes le rapport Baker-Hamilton part d’un bon objectif, sauver l’Irak, et d’une belle arrière-pensée, débarrasser l'Amérique de ses néo-démons. Mais la situation est si critique que d’aucuns ne voient plus aucune issue. Du moins à court et moyen termes ! Songez que, dans cette affreuse bouillie, des groupes terroristes et des gangs maffieux versent leurs drogues maléfiques. Songez que des intervenants du voisinage répandent de l’huile sur le feu. Et notamment Israël qui va se lamentant que le rapport Baker-Hamilton allait la léser. Olmert inquiet ? Qu’il se rassure ! Israël a encore devant lui de beaux jours dans la technique de la pyromanie. Et a encore tout loisir de grignoter dans ce fromage déjà criblé de trous qu’est aujourd’hui la Palestine.

Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com