Orchestre symphonique tunisien : Les mélodies de fin d’année





Dans son rendez-vous mensuel, l’orchestre symphonique tunisien a drainé avant-hier soir au théâtre municipal de Tunis la grande foule et il faut vraiment voir pour y croire. Un public de fins connaisseurs et près d’une heure trente de bonheur pour clôturer sur de bonnes notes l’année 2006.

De mémoire de journaliste, on se souvient de cet orchestre symphonique tunisien de bonne réputation qui ne se produisait que de temps à autre et n’avait qu’un public restreint ne dépassant guère les quelque centaines.
Aujourd’hui, les jours ont changé et on a tourné la page de vaches maigres pour un avenir meilleur. Le fait de programmer, depuis déjà trois ans, un concert tous les mois et toujours dans le même lieu qui plus est, le théâtre municipal de Tunis, a ancré une sacrée tradition et fidélisé le public. On sait que le rendez-vous avec la musique symphonique est tel jour et à telle heure et Sid Ahmed (le maestro Ahmed Achour) est bonnement attendu avec son cortège de musiciens de haute facture - ce qu’on a de mieux dans la place - et avec sa palette de musique du répertoire universel. Et c’est tant mieux ainsi car tout le monde est gagnant. Pour jeudi dernier, l’orchestre symphonique tunisien ne s’est pas contenté de son programme. Il y a eu une petite cerise sur le gâteau. La jeune Nadia Jradia a gratifié la soirée par son talent de pianiste.
«Nous l’avons déjà repérée lors de son passage à Ennejma Ezzahra en février dernier dans le cadre de Jeunes Virtuoses. C’était grâce à Wallonie - Bruxelles qui l’a invitée», nous a notamment dit en fin du concert Mourad, étudiant à l’Institut Supérieur de Musique (ISM) de Tunis, qui était entouré par une poignée de ses camarades de classe.
Dès que Mademoiselle a terminé son prélude musical, il y a eu un petit groupe de jeunes qui l’a suivie jusqu’à la loge. Avec un timide sourire, Nadia Jradia qui présente ici sa Belgique natale a répondu à toutes les interrogations sur sa spécialité, sa formation, sa tournée sur l’enseignement... Mademoiselle est en fait tuniso-belge, issue d’un mariage mixte et qui ambitionne de vivre au moins une année en Tunisie pour qu’elle découvre le pays de son père et surtout pour qu’elle apprenne l’arabe tunisien. Ça lui pèse sur le cœur le fait qu’elle n’apprivoise pas encore cette langue si belle et si difficile. Elle sent le besoin de la décoder et de défricher son mystère «Ceci n’est faisable qu’en venant sur place enseigner et côtoyer les jeunes», nous a-t-elle dit.
A 25 ans et quelques, Nadia jouit d’une bonne presse de par le monde. Elle est souvent en tournée dans les pays du Nord et du Sud. Pour revenir à notre orchestre symphonique, le public a été ravi. Il y a eu de quoi épater avec un Mozart dans la Finta Gardiniera. «C’est émouvant. Ce concerto nous renvoie à un texte pétillant car il exprime la mobilité de la vie», nous a murmuré Sara Ben Hmida au Rall. Elle affectionne le piano et apparemment, elle sait ce qu’elle dit.
Au menu aussi, la Marche Militaire de Schubert. Là, il y a un autre goût. C’est de convertir une musique normalement déplaisante à l’oreille vers une autre qui déborde de sensualité, de vitalité, de mélodie qui ne prend jamais de rides. Car elle est bien revisitée.
Avec Bartok, il y a eu un panaché des Quatre petites danses, Danses roumaines et autres pièces pour cordes. Ici aussi, le public a été généreusement servi. Avec le terroir hongrois qui tire sur le folklore. Une grammaire tout à fait nouvelle dans les textes d’opéra.
Et pour finir, la danse hongroise de l’Allemand Brahams a été au top. Très bien interprétée. C’est une symphonie dédiée au peuple tzigane. Du léger, du bref avec des combinaisons polyrythmiques fortes en émotions. A l’année prochaine.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com