“Gagaku” : Le Japon, tambour battant !





A l’occasion de la commémoration du 50ème anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la Tunisie, l'Orchestre Kitanodai Gagakukai s’est produit vendredi dernier dans nos murs. Avec son propre esprit, un peu loin du nôtre, et qui en dit long sur pas mal de choses.

L’objectif de ce genre de manifestation culturelle ne peut qu’être noble. Car derrière, il y a toute une politique. La politique de la communication heureuse qu’ont bien comprise la Tunisie et le Japon depuis un demi-siècle. Ce sont cinquante ans de diplomatie avec leur lot de bons fruits.
En effet, le concert Gagaku donné avant-hier soir à El Teatro et parrainé par l’ambassade nippone accréditée chez nous est venu clôturer l’année 2006, grandement rythmée par une foule d’activités artistiques aux couleurs du pays du Soleil Levant. Nous pensons ici notamment au théâtre Nô qui a inauguré le festival de Carthage l’été dernier, à l’autre manifestation culturelle qu’a abritée Dar Ben Abdallah et qui a soulevé un côté du voile de l’Extrême-Orient. Entre-temps, le Japon n’a pas cessé de marquer sa présence chez nous quand on a même réservé toute une avenue à ce pays et qui se veut présent et même très présent dans d’autres infrastructures comme l’éducation, l’économie et dans les grands chantiers tel le pont de Radès en cours de construction. Gagaku a drainé la foule donc chez les Jebali et les fidèles -qui sont en nombre croissant dans cet espace de bonne presse- ont affiché leur curiosité. Car la musique japonaise est encore loin de nous être familière. A preuve: les gens avec qui on a échangé de petites causeries, le temps de l’entracte, avaient du mal à s’exprimer. “Il faut aimer”, nous ont dit quelques-uns. D’autres nous ont répondu: “c’est un genre”. “Il reste pour nous, qui savons les mélodies du monde, de l’exotisme”, se sont expliqués d’autres qui sont des connaisseurs en la matière puisqu’ils sont des étudiants à l’Institut supérieur de musique de Tunis, et ils nous ont ouvert tout un discours sur l’art du Japon et la civilisation de ce pays… Au programme de l’Orchestre Kitanodai Gagakukai, il y a de la musique et de la danse traditionnelle.
Au total, dix artistes parés de leur “uniforme” de kimono doré ont pris place en position de tailleur. Des lumières tamisées et un décor (vert “gazonné” pour le sol et du bois tirant sur l’orange pour le bois du bord de la scène) qui nous renvoie à ce pays lointain géographiquement et civilisationnellement parlant. Près d’un tiers du spectacle a été réservé à l’explication du Gagaku. Il s’agit de “la plus ancienne forme de musique classique…”, qui a vu le jour vers le 10ème siècle et qui est nourrie d’influences chinoises et coréennes entre autres.
Puis, le tour est aux instruments. Des noms bizarres. Ceux à vent, il y a le “Shô”, orgue à bouche et qui porte dans son souffle le symbole du ciel. Quant au “hichiriki” il symbolise la terre. Puis il y a le “ryûteki” qui est la flûte qui symbolise l’espace. Ici nous enregistrons donc l’union de ces trois qui forment le cosmos.
Puis on nous présente les instruments à cordes. Ils sont le “biwa” qui nous rappelle le luth et le “Sô”, la harpe des Nippons.
Enfin, car ce n’est pas tout, il y a les percussions, le “halkko”, un grand tambour, et l’autre tambour, le “taïko” et le “Skôko”, le gong…
Nous avons donc assisté chaque fois à une démonstration qui ne marque pas de rythme comme c’est le cas chez nous, mais plutôt de la cadence et du grincement à notre avis.
Le vrai spectacle a commencé avec le Ryô-ô, une danse qui raconte la soumission au pays de l’empereur Chokyo de Chine. Pour ce, le danseur -qui n’a rien du danseur mais qui esquisse lourdement des pas-, était tout en couleur et déguisé avec un masque de bête féroce qu’on ne connaît point. Peut-être dans les cauchemars. Après l’entracte, le public a eu droit à des “netori, ettenraku, bairo…” et autres qui s’insèrent avec bonheur académique dans le lexique idéologique et de l’esprit. Quelques moments de simplicité, de “beauté” et le beau est toujours relatif, un peu, beaucoup, d’une musique tranquille et toujours pour célébrer la paix, la victoire et quelques autres festivités.
Et comme on a commencé par les présentations, on a fini par la même chose avec une réponse sur Kagura-mai et l’Urayasu-no-mai”.
En somme, le plus et surtout l’essentiel de ce spectacle réside dans ce dialogue artistique et culturel. Il est temps de se découvrir les uns les autres. Et pas seulement se découvrir mais apprendre à connaître, à apprivoiser et peut-être à aimer. Pourquoi pas donc pour mieux dialoguer.

Zohra ABID




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com