Habib Bouhawel : Les couleurs du mouvement





L’artiste Habib Bouhawel nous gratifie d’une année à une autre d’une exposition. Avant qu’il ne la présente depuis hier au Bel Art d’El Menzah VI, nous lui avons rendu visite à son atelier de la place.

C’était le temps d’une pause pour lui et pour nous. Une pause-café qui nous a permis de voir à notre aise ce que fait de bon notre ami Bouhawel. Qui a choisi, encore une fois, le Bel Art pour son exposition de l’année. Un rendez-vous sacré entre son public et lui et pour tout l’or du monde, il ne le change pas.
Quelques marches nous ont conduits dans une grande salle qui ressemble à un vrai capharnaüm. Tout est désordre. Tout inspire le beau et tout attire l’attention et attise la curiosité.
Par-ci une table, puis une autre et une autre de diverses hauteurs et dimensions. Par-là, un chevalet. Sur lequel notre peintre a mis son support et là-dessus il continue à mettre ses touches et ses finitions qui n’ont pas l’air de s’arrêter. De l’autre côté, à même le sol, une pile de papier «Canson».
L’un est déjà esquissé. L’autre est taché. Et un autre avec du pointillé. Contre les quatre murs de cette pièce, il y a des tableaux prêts à accrocher. Beaucoup d’ombres et de lumières en jeu. Jeu de ciel moutonné. D’autres attendent une pensée finale du maître.
Pour se trouver une place confortable en face du bureau de Si Habib, on a dû enjamber des bottes de pinceaux des palettes et des pots. Il y a du bleu, du jaune, du blanc, du noir... Des tubes pressés à moitié et d’autres totalement vides...
Le café chaud que le peintre nous a préparé en guise d’accueil amical nous arrive aux narines. On le sirote... tout en l’écoutant parler de l’art et des artistes. Et pas seulement. Car Habib Bouhawel lit tout et suit tout... et il a son mot à dire sur l’évolution des arts plastiques dans nos murs et sur l’éclosion des talents. Sa réponse, équilibrée et bien mesurée, est toujours prête.
Sur sa peinture, il vous introduit dans son univers tendrement. Comme un guide, il explique et commente. Comme un professeur qui donne de l’envie à son élève pour apprécier le cours... s’impliquer, et dans l’espoir de s’appliquer...
Ses travaux de divers formats sont marquants. L’un plus accrocheur que l’autre. On contemple de loin, puis de près et les lectures se multiplient à chaque fois qu’on insiste par le regard et chacune est plus approfondie que l’autre.
Ici, les toiles sont généralement dépeuplées. On ne voit pas le tumulte dans un lexique surchargé avec des croquis et des silhouettes mais des touches et beaucoup du verbe. De l’expression. Ce sont des touches qui se font et se défont dans l’espace et qui créent au fil de la métamorphose leur propre espace.
Les touches de Bouhawel dégagent de la lumière, du visionnaire. Ce qui explique le stade de maturité qu’a atteint l’artiste.
Il s’agit d’un mouvement qui tourbillonne sans connaître de fin, bavant sur les côtés et balayant le cadre. Lors de ce mouvement continu, il y a quelques interruptions et saccadés. Et c’est à partir de ces saccadés que se profile sur la surface le fameux sujet. Qui peut-être un cavalier, un cheval, une Meriem bien régnante, forte de sa grandeur où le mouvement de la lumière reflétée en blanc, en jaune, en ocre, en mauve et autres bleus mystiques cajole la silhouette et fait sortir son regard. Un regard fort indéfinissable.
Difficile de comprendre le regard en face, de profil ou même caché par une mèche de cheveux qui danse au gré de l’air.
A l’air étouffé et enfumé d’un bistrot ouvert à tous les passants ou à l’air libre, iI y a toujours une transe, une révolte paisible, qu’on retrouve dans un immense tableau. Le ciel et la mer sont en fusion. L’un rafle l’autre et avec comme otage une minuscule barque qui ressort avec ses couleurs de vert et rouge... en strates....
L'univers de Bouhawel n’est ni fixe ni à fixer. Il est perpétuel. Chaque pièce féconde l’autre mais changeante et déroutante. Sa démarche est multiple, on le quitte pour y revenir. Avec le plaisir d’y revenir et suivre... le mouvement. Un mouvement irrattrapable même si on court.
Pour les curieux ou ceux qui veulent jeter un coup d’œil sur l’évolution du «maître» ou, et pourquoi pas, se payer un plaisir et posséder un Bouhawel chez lui, l’exposition va se poursuivre jusqu’au 30 décembre.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com