Rym Karoui sculpte … Et forge le bonheur !





Au hall qui nous conduit jusqu’à l’intérieur de la galerie Ammar Farhat à Sidi Bou Saïd, nous accueille une grande dame africaine - faite de fer et bariolée là où il faut de couleurs intenses - Assise sur une grosse boule gonflée de mystère, sa majesté nous invite sobrement à une “échappée belle” dans son royaume de petits monstres sacrés.

Rym Karoui, on le sait, peint et sans le moindre complexe tout ce qui lui passe par la tête. Elle raconte tout spontanément, naïvement. C’est avec toute la sincérité de l’enfant qui est en elle.
L’enfant au centre du monde qui réclame tout pour lui et le tout est à ses pieds.
Dans son propre espace, l’artiste se moque éperdument de toutes les frontières. Elle franchit dans la joie les bornes de sa plage d’art et plonge dans un océan bourré d’imaginaire.
Dans cet Eden tout en mouvement, tout gai et fou en même temps, Rym déverse tout son pouvoir de couleurs et de magie et ... sans compter.
Fidèle et familière et dans sa potion des motifs et des portions, en forme de croissants, de petites étoiles de mer, d’échelles, de croix, de cordes, de couronnes de rois, de diadèmes et de courbures coupées de temps à autre par des lettres de l’alphabet de Molière. Des prépositions entrecoupées ou des phrases amputées qui n’ont de sens que pour elle, mais qui donnent à la toile un rythme, une musicalité.
Ici, il n’y a pas l’ombre d’un vide. Les personnages aux postures impressionnantes se taillant la part du lion remplissent l’univers à bras longs et ouverts qui valsent à ne pas finir dans l’air et avec le temps.
Ce sont des êtres bizarroïdes ressemblant à tout et à rien. Mi-anges, mi-démons mais d’une rare tendresse. Ils s’étirent en longueur faisant des tours et des détours et se tortillant librement tantôt le cou, tantôt les bras et les jambes. Parfois même la tête et l’abdomen qui se gonflent et dégonflent au gré de leur jeu de grand écart sur une piste qui va dans tous les sens.
Des petits êtres animés (nous rappelant les humains et leurs “50 millions d’amis”, peuplés de chiens, chats ..) qui respirent et expriment l’amusement.
Tout ce beau monde gorgé de couleurs de la tête aux pieds dégage de l’éclat et de la quasi-fluorescence. Dans cet espace de béatitude, fait avec du rouge vif, bleu de mer ou criard, jaune ocre, moutarde ou de paille, on y trouve des traits blancs et autres noirs qui se croisent en pointillé, en tacheté, en quadrillé ..., cassant le tout et donnant de l’intensité dans la toile et à la toile.

La métamorphose
La toile de Rym Karoui ressemble par le fond à un conte perse, à une anecdote africaine, à une intelligente mise au point venue du pays des Pharaons.
C’est une belle histoire à raconter et à multiples sens. Mais pour cette fois-ci, ce petit bout de femme ne s’est pas contenté uniquement de peindre. Forte de sa formation en sculpture dans une grande école à Marseille, elle est allée au monde de la ferraille, de l’acier, coupant d’un côté et soudant de l’autre.
Avec la complicité d’un ferronnier d’art à l’atelier “Bassamet”, Rym s’éclate et sort de son cadre. Pour son exposition qui se tient jusqu’au début janvier 2007, il y a peu de toiles et beaucoup de sculptures de divers formats. En fait pour peupler le plein air, Rym Karoui n’a pas cherché midi à quatorze heures. Elle a tout simplement fait sortir au grand jour tout ce qui anime les toiles.
Des petits êtres ont donc investi avec bonheur la galerie. Ils circulent à leur aise dans une sorte de manège ou une fête foraine ouverte à tous les jeux.
Des piquets esseulés en duo ou en tribu qui finissent, avec au bout, des figurines minuscules, étrangement taillées et “vachement” bien colorées. Ce sont “gris-gris” d’amour qui nous renvoient à la démarche adoptée par Abderrazak Sahli dans les jardins de Dar Kamilia (la résidence de l’ambassade de France à la Marsa) ouverts exceptionnellement pour une exposition de groupe au printemps de 2005.
Puis il y a d’autres formes (qui ressemblent à des humains) rigolotes, cheveux en l’air, libérées et expansives à volonté au gré d’un vent imaginaire, au gré d’une balade en vélo de cirque, au gré d’une ronde sur boule faite à partir d’une butine de gaz récupérée et joliment habillée, au gré d’une escalade sur une chaise tenue par des pieds qui s’allongent, s’allongent et s’allongent, bonne pour bien débouler.
Une belle cascade qui séduit petits et grands et qui invite les plus indifférents, les plus insensibles à partager avec cette foule l’une ou l’autre partie de jeu, ou encore à faire un tour à bicyclette dans l’espace.
Saisissante est l’exposition et l’idée de revenir à la galerie de Aïcha Gorgi nous démange. Car accrochés par cet univers de rêve d’enfant qui nous habite tous, nous n’avons pas encore raccroché.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com