Les jeunes et l’influence : Ils adoptent le mime, pour faire leurs premières armes





Généralement, ceux qui se ressemblent, s’assemblent dit-on. Lorsqu’on fréquente quelqu’un, on finit par s’approprier certaines de ses caractéristiques. Ce phénomène est très fréquent chez les jeunes. Les uns influent sur les autres. A la longue, on a l’impression que tous les jeunes parlent le même langage, s’habillent presque tous de la même manière et adoptent pratiquement les mêmes comportements et les mêmes idées. Les jeunes sont-ils justement influençables ? Pourquoi ?

Tunis - Le Quotidien
Les jeunes sont censés faire partie de la tranche d’âge qui reste la plus influençable. A un jeune âge, on cherche généralement des repères et des modeles auxquels on peut s’identifier. Les petits, passent par le phénomène naturel d’identification. L’enfant s’approprie les caractéristiques acquises de ceux qui l’entourent, dont essentiellement ses parents. Mais il arrive que l’enfant n’adopte pas seulement les caractéristiques individuelles, mais la personnalité toute entière de l’autre. C’est une sorte d’avatar où il incarne l’identité même de la personne à laquelle il s’identifie. L’on voit donc ce petit agir exactement comme ses parents, reproduire leurs manières de parler, adopter leurs idées et leurs croyances. Si les géniteurs encouragent leurs enfants à avoir leur propre vision des choses et leurs propres idées, et à s’ouvrir sur de nouveaux horizons, ces enfants auront la faculté de forger leurs propres personnalités. En revanche si les parents se montrent sévères et rigides et qu’ils élèvent leurs enfants tout en étouffant chez eux les initiatives aptes à les rendre autonomes, ces petits risquent de ne pas pouvoir acquérir leur propre entité et ils restent dans la majorité des cas effacés. Une fois l’âge de l’enfance dépassé, certains essayent d’avoir leur autonomie totale. Ils veulent prouver aux géniteurs qu’ils ont grandi et qu’ils ont le droit de mener leur vie selon leur propre mode. S’ils ont eu l’habitude de s’exprimer, ils chercheront à attribuer aux autres leurs propres caractéristiques. Cela dit, il est difficile pour un adolescent qui a été trop couvé durant l’enfance ou qui a été réprimandé et dont les instincts ont été frustrés et refoulés de pouvoir s’affranchir de la mainmise parentale, et même s’ils veulent échapper à l’emprise de leurs parents, ils ne pourraient probablement jamais prendre leurs destinés en mains. Dès lors, c’est auprès d’un autre modèle, qu’il vont chercher des repères. Ils continueraient à s’approprier la personnalité des autres. Ce genre de jeunes personnes s’avèrent être les plus influençables et les plus manipulables. Les parents croient sûrement bien faire lorsqu’ils mettent leurs enfants sous leur aile. En agissant ainsi, ils pensent les protéger contre les imprévus. Or, ce qui se passe, c’est que ces enfants là vont devoir affronter le monde extérieur totalement désarmés! Ils peuvent donc être facilement influencés et manipulés par d’autres qui risquent d’être vraiment dangereux…
Sonia, 21 ans étudiante, dit qu’elle ne peut pas du tout être influençable dans la mesure où elle est «têtue comme une mule». «Dès ma petite enfance, j’ai eu la chance d’avoir mon mot à dire. Mes parents, dans les limites de la politesse, m’ont toujours encouragé à parler, à m’extérioriser et à dire ce que je pense même si ce que je dis ressemble à des balbutiements d’enfants ! Ils m’ont incitée à prendre des initiatives et à ne jamais rester dépendante du cocon familial. Cela dit, ils ne sont pas démissionnaires pour autant. Ils font en sorte de m’orienter de façon permanente et continuelle et ils m’ont appris à réfléchir, à suivre un raisonnement logique et à peser le pour et le contre avant de décider et d’agir. Cela m’a permis d’avancer à pas rassurés dans la vie. Je pense avoir atteint une certaine maturité et acquis des facultés de raisonnement assez robustes. J’estime toutefois que j’ai un excès de confiance en moi, cela me mène non seulement à être non influençable, mais aussi à devenir très têtue au point de ne pas pouvoir accepter les idées des autres. Et cela peut poser un sacré problème surtout si mon vis-à-vis s’avère être aussi têtu que moi. Je ne me souviens pas d’une seule fois où j’ai adopté les idées des autres. Il faut toujours que l’idée réponde à ma propre logique. Et lorsque je prends position ou une décision, c’est toujours après mûre réflexion et personne au monde ne peut “rêver“ de me faire changer d’avis. Par ailleurs, je pense que les personnes qui changent rapidement d’avis, qui ne tiennent pas tête et qui sont facilement influençables, sont ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de décider seuls de quoi que ce soit. Leurs parents ont dû toujours décider à leur place et ils ont donc gardé une personnalité plutôt faible et ces personnes là risquent d’être négativement influencés par les autres», dit-elle.
Maroua, 21 ans également étudiante, semble aussi avoir une personnalité assez robuste. Le fait de pouvoir s’exprimer dès le bas âge, lui a permis d’acquérir une grande confiance en elle. «Je suis l’aînée. Cela m’a permis d’avoir certains privilèges dans la mesure ou je peux exercer mon “pouvoir“ de grande sœur. J’ai donc pris l’habitude de me faire entendre. Mais je peux parfois m’obstiner pour un rien. D’ailleurs, il m’arrive souvent de me disputer avec ma meilleure amie parce que nous sommes toutes les deux très têtues. Je peux camper sur ma position même si je sais que je suis dans le tort. Ce caractère me rend difficilement influençable. Toutefois, comme chaque être humain, il m’arrive d’adopter les idées des autres si l’idée me charme et arrive à me convaincre. Les amis sont ceux avec qui on partage la majorité de notre temps, il est donc tout à fait logique qu’on influe sur nos amis ou qu’ils arrivent à nous influencer, mais cela ne touche pas mes valeurs fixes. Cela dit, ceux qui sont les plus influençables sont à mon avis les adolescents qui manquent encore d’expérience et d’autonomie. Ils sont sûrement à la recherche de nouveaux repères et veulent acquérir de nouvelles valeurs pour être acceptés par les autres. Généralement, ce sont ceux qui ont vécu au sein d’un entourage trop fermé qui sont les plus influençables. Cela est remarquable chez les étudiants qui viennent de l’intérieur du pays et qui se retrouvent subitement dans la capitale où les normes et la façon de vivre est différente. Ces jeunes là sont des proies faciles pour ceux qui veulent exercer leur emprise psychologique parce qu’ils sont presque à l’état brut et ils peuvent être modelés selon les nouvelles fréquentations qu’ils auront», explique-t-elle.
Mohamed, 19 ans candidat au bac, dit qu’il peut être influencé par une idée, par un mode de vivre par une tendance, mais cela ne touche jamais son fond dans la mesure où le jeune homme a déjà des valeurs ancrées et qui restent intouchables. «Je pars du principe qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Tant qu’on vit en société, nous devons avoir une aptitude à accepter les idées des autres et nous devons avoir une prédisposition pour apprendre. Si je vais dire que je suis totalement contre l’influence, cela veut dire que j’ai atteint le sommet dans tous les domaines, et c’est faux puisque je suis encore en plein âge d’apprentissage et je dois toujours m’ouvrir sur de nouveaux horizons et accepter de changer d’idées ou de positions. Toutefois, je ne suis pas du tout prêt à négocier certains points. Certaines valeurs demeurent fixes et je ne peux pas tolérer le fait même d’en discuter comme la famille, la religion, les principes etc. Mais je peux en revanche être influencé par une tendance de mode, par les idées qui tiennent, par une thèse qui répond à la logique, mais à part cela, je peux devenir intraitable surtout si l’on touche à mes principes ou si on essaye de me dissuader de changer une décision déjà consommée et ce même si j’ai tort», dit-il.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com