Document Liban – Le mensonge global (1/2)





Qui a tué Hariri, l’homme qui voulait faire du Liban sa propre société d’affaires ?

Qui a tué Rafic Hariri ? La piste syrienne paraît tellement simpliste d’autant plus que le passé de l’homme fut truffé d’alliances tantôt honorées, tantôt rompues.
Voici la première partie d’un document intitulé «Liban - Le mensonge global» écrit par Roger Akl, secrétaire général de l’Institut Tchobanian et rédacteur en chef de «Europe et Orient».

Noam Shomsky a écrit que les gouvernements américains considèrent tous ceux qui leur désobéissent ou résistent à leurs alliés, comme des dictateurs ou des terroristes, tandis que les actes de terreur perpétrés par eux et leurs alliés sont des actes "défensifs, démocratiques et de libération". Par exemple, dans les medias du monde, le Président libanais Emile Lahoud et le général Michel Aoun sont qualifiés de prosyriens, alors que le général Aoun est connu pour avoir combattu la présence syrienne» durant des décennies et le Président Lahoud a été beaucoup moins obéissant aux Syriens que ceux qui sont aujourd'hui au gouvernement et reçoivent le compliment insigne d'anti-syriens. Je peux citer des noms : les Hariri et Siniora, le Premier ministre, ont toujours été les protégés obéissants du vice-président syrien Abdel Halim Khaddam (à qui d'ailleurs le Premier ministre défunt Rafic Hariri a offert une résidence à Paris) et du général Ghazi Kanaan quand ces gens étaient au pouvoir et en charge de la direction du Liban (jusqu'en 2004). Même la loi électorale de l'an 2000 a été élaborée et imposée par Ghazi Kanaan pour favoriser l'élection du parti de son protégé Rafic Hariri et faire chuter les alliés du Président Lahoud qu'il trouvait trop indépendant. Walid Joumblatt et Marwan Hamadé ont profité de l'appui syrien pour vaincre les chrétiens dans la montagne et tous ceux du Chouf et de la région de Saida, pendant que leurs sbires occupaient les maisons chrétiennes. Même le chrétien Geagea, chef des Forces Libanaises s'est rebellé contre l'Etat légal et constitutionnel du général Michel Aoun, qui voulait résister à la présence de la Syrie. Quand le général Aoun fut battu, Samir Geagea, pensant avoir bien servi les intérêts syriens voulut leur imposer des conditions. Il fut jeté en prison après avoir été condamné pour les meurtres de Toni Frangié (avec sa femme et sa toute petite fille) et de Dany Chamoun, ses anciens alliés maronites, et celui du Premier ministre sunnite Rachid Karamé. Voici résumée la liste des chefs de milices ou des financiers qui ont formé le gouvernement "démocratique anti-syrien" que l'Ouest est en train d'appuyer et de défendre, contre la volonté de la majorité de la population libanaise.
Pour sa part, Rafic Hariri, après être devenu l'ami du roi Fahd d'Arabie Saoudite, puis du Président Chirac, joua un rôle si prédominant dans la rédaction des accords de Taef de 1991 qu'il fut appelé par Eric Aeschimann et Christophe Boltanski, dans leur livre Chirac d'Arabie, " Le rédacteur Liban". Il y fit rédiger le texte de manière à donner le pouvoir au Premier ministre sunnite en remplacement des pouvoirs qui étaient ceux du Président de la République maronite, les Maronites étant contre l'implantation des Palestiniens. Il se préparait à prendre en charge le Liban de la même manière que le souverain saoudien tenait l'Arabie Saoudite. L'autre pouvoir maronite, le pouvoir bancaire et financier, avait été déjà assuré par le kidnapping du financier Roger Tamraz, dans les années 80.
Hariri fut élu en 1992, Premier ministre, par un Parlement sous les ordres des Syriens, dont la présence au Liban était appuyée par les Saoudiens, les Français et leurs alliés américains. Son premier mouvement fut de donner ordre au commandant de l'Armée, alors le général Emile Lahoud, de désarmer le Hezbollah en ajoutant que les ordres venaient de Syrie. Le général Lahoud refusa l'ordre (1993). Il fut soutenu en cela par le Président Hafez El Assad qui fut surpris d'apprendre que son vice-président Khaddam avait approuvé cette directive et que le général Lahoud avait osé s’y opposer pour des raisons patriotiques libanaises. El Assad ne l'oubliera pas lors de l'élection d'Emile Lahoud à la présidence de la République en 1998.
Hariri avait justement pour mission, confiée par ses sponsors et indirectement par Israël, de désarmer le Hezbollah et d'implanter les Palestiniens au Liban. Dans ce but, il pouvait noyer le Liban dans les dettes qui seraient pardonnées en échange de l'acceptation de cette implantation. Entre temps, les banques libanaises avaient été toutes raflées par les investisseurs du Golfe depuis le kidnapping du financier maronite Roger Tamraz, dont le but était justement de détruire son empire. Celui-ci passa, avec l'aide de la banque centrale libanaise, entre les mains de cheïkh Khaled Ben Mahfouz, financier de la famille royale saoudienne et accusé de financement du terrorisme. Un autre des propriétaires de banques était bien sûr Rafic Hariri. Dès son arrivée au pouvoir la valeur de la livre libanaise doubla et entraîna avec elle les fortunes des investisseurs du Golfe qui en avaient déjà acheté des quantités énormes, dûment prévenues "par le petit oiseau" ayant commis un délit d'initie. En même temps, les dettes servaient à enrichir les sociétés occidentales en frais de reconstruction, de privatisation, de commissions juteuses nécessaires à alimenter les caisses noires des services secrets et des partis des pays chanceux et favorisés. Hariri arriva donc à atteindre le premier but de sa mission: les dettes du pays atteignirent le chiffre faramineux de 41 milliards de dollars et la fortune des Hariri fut chiffrée en 2006 à 16,7 milliards de dollars, sans compter la valeur du Centre de Beyrouth légalement volé à ses propriétaires, en majorité sunnites, par la société qu'il créa dans ce but, Solidere. Il obtint donc tous ces avantages mais ne put pas tenir sa promesse. Comme ses sponsors lui en demandaient raison, il désigna la Syrie, le Hezbollah et le Président Lahoud. Ses protecteurs lui donnèrent ce qu'ils pensaient être le moyen de l'en débarrasser : une résolution des Nations-Unies enjoignant le départ des Syriens, le désarmement du Hezbollah et la non-prolongation du mandat du Président de la République.
Le problème se posa quand Hariri et son parti votèrent l'amendement de la Constitution qui devait permettre la prolongation du mandat du Président Lahoud. On ne sait pas si ses sponsors occidentaux acceptèrent ses excuses. En tout cas, il fut assassiné. Les medias du monde entier, le Président Chirac, les Américains et les Israéliens accusèrent immédiatement et en chœur les gouvernements libanais et syrien. Avaient-ils quelque chose ou quelqu'un à cacher ? Ils créèrent la révolution du Cèdre à l'image de celles qu'ils ont organisées dans les pays de l'Est, chassèrent les Syriens et utilisèrent la même loi biaisée, « concoctée » par le général syrien Ghazi Kanaan, qui avait servi à faire élire en l'an 2000 le parti de son ami et protégé, Rafic Hariri, et à annuler le vote chrétien. Comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, le vote chrétien fut encore annulé (ou presque) et le parti du fils héritier Saad Hariri en est sorti haut la main.
La première décision du nouveau parlement "démocratique et pro-occidental" fut de libérer Geagea de prison. Il avait été condamné par les tribunaux libanais, je le rappelle, pour l'assassinat d'un Premier ministre sunnite, de Dany Chamoun, de Toni Frangié avec sa femme et sa petite fille (un an), assassinés pour des rivalités entre milices chrétiennes. Le prix de sa libération fut l'amnistie accordée à plus de trois douzaines de terroristes fondamentalistes qui furent condamnés pour l'enlèvement et le meurtre de soldats de l’armée libanaise. Ces élections "démocratiques" firent arriver au Parlement une majorité de députés chrétiens, qui ne représentent pas leur communauté, mais au contraire sont sous les ordres de Hariri. Ce Parlement "démocratique et pro-occidental" prit comme première décision celle de libérer des terroristes et comme seconde décision de nommer des ministres chrétiens dans des ministères secondaires et aux ordres toujours du même Saad Hariri.
Noam Chomsky a écrit qu'il y a aujourd'hui deux superpuissances: Les Etats-Unis et l'opinion publique mondiale. Quand vous êtes anti-syrien, la première superpuissance est votre alliée et, quand vous tuez ce qu'on appelle un chef anti-syrien, vous vous mettez dans les bonnes grâces de la seconde superpuissance, l'opinion mondiale, alors que vous la montez contre vos ennemis, la Syrie, l'Iran, le Hezbollah et quiconque vous qualifiez de pro-syrien car il ne veut pas vous obéir, même le général Aoun qui a combattu la présence syrienne toute sa vie, tandis que les Hariri, les Américains, et leurs partisans étaient ses alliés, ses appuis et ses partisans. Cela est arrivé dès le moment où le Premier ministre Hariri était en train de rédiger le nouvel accord constitutionnel de Taef, pour se donner le pouvoir de diriger le pays comme sa propre société d'affaires .
Paris I et Paris II ont servi à prêter de l'argent avec intérêt au Liban. Paris III fera de même et l'argent sera dépensé par le gouvernement collaborateur en intérêts bancaires, commissions, vols, corruptions ... Nous savons ce qui arrivera avec Paris III : Plus de dettes, plus de travaux payés au prix cher pour les sociétés occidentales et plus d'argent pour le financement des opérations secrètes et des partis des dirigeants actuels occidentaux, sans oublier bien sûr les ministres libanais. Les 41 milliards de dollars de dettes ont seulement servi à des travaux de reconstruction valant 5 milliards de dollars, dont la plupart ont été dépensés dans le Centre ville, volé légalement par Solidere et appartenant désormais à ses actionnaires « haririens » et arabes. Où est parti le reste ? Forbes.com écrit que la famille Hariri possédait 4,3 milliards de dollars en 2004 avant la mort du milliardaire. En 2006, la fortune des héritiers se monte à 16,7 milliards de dollars. Nous pouvons en déduire où sont passés les 12,4 milliards de dollars. Le reste est parti en frais et intérêts bancaires et en frais de corruption...
Ici, nous pouvons nous poser plusieurs questions. Le Premier ministre Hariri a bien profité de sa charge, mais il n'a pas tenu ses promesses faites au Président Chirac, aux gouvernements américain et probablement israélien. Pensez-vous qu'ils ne lui en tiennent pas rigueur? Etes-vous donc sûrs que ce sont les Syriens qui l'auraient tué ? Les Israéliens et leurs alliés n'ont pas pu atteindre les objectifs recherchés par l'attaque sur le Liban. Au contraire, les gouvernements israéliens et celui qu'ils ont installé au Liban ont été affaiblis. L'armée israélienne a subi un échec que les politologues israéliens ont qualifié d'existentiel. Pensez-vous qu'ils vont en rester là ?

Demain : Comment Israël avait préparé sa guerre
contre le Liban depuis 2000




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com