Al Hambra : Et les contes m’étaient contés !





Jihad Darwich du Liban et Kamel Guennoun d’Algérie, deux artistes-conteurs ont animé mardi au Théâtre Al-Hambra une soirée de contes. Emotion, nostalgie et comédie étaient de la partie.

Qui d’entre-nous ne se rappelle pas des contes de Samarcande, de l’hyène et du lion, d’Ali Baba et les 40 voleurs et tant d'autres, fortement enracinés dans la civilisation arabe et méditerranéenne. Les deux artistes nous ont fait évader à travers une atmosphère où l’ambiance des contes restitue la sagesse populaire.
Dans un décor scénique splendide, les deux conteurs ont placé deux chaises et deux bougies. Et par des gestes comiques, Jihad Darwich a commencé par conter. Il lance, en guise d’introduction, cette boutade: «Marche aujourd’hui, à force de marcher, on fait beaucoup de chemin». Ensuite, un silence méditataire s’abat sur l’assistance. C’est ainsi qu’à son tour Kamel Guennoun présente le conte du «petit berger». Ce dernier, à force d’endurance et de patience, ne s’est pas découragé, en marchant, tout au long de la journée jusqu’à la tombée de nuit, avant de trouver son agneau perdu, qu’un loup a pris soin de garder. D’autre part, Jihad Darwich qui a présenté des contes en français et en arabe, nous a fait évader dans l’histoire des derwiches. Il a raconté au bonheur des présents l’aventure d’un derwiche aux 40 chameaux qui a rencontré, dans l’un de ses voyages, une vieille femme, disposant de l’or, mais n’a pas réussi à la tromper.

Abou Kacem, un personnage complexe
Durant cette soirée, c’est le personnage d'Abou Kacem qui a retenu l’attention de l’assistance. Il est présenté sous deux visages à travers deux différents contes. Dans un premier temps, ce personnage est présenté comme un homme avare, qui s’arrangeait à tout avoir gratuitement et qui ne se nourrissait que du pain sec. Ce parfumeur d’Alger, dont on disait de lui qu’au moment de vendre son parfum, ouvrait à peine la bouteille afin que le client ne profite pas trop de l’odeur de ce liquide.
Il est présenté aussi dans ce premier conte par Kamel Guennoun, comme l’homme aux babouches reconnues par le Tout-Alger. Ces babouches étaient devenues, tellement vieilles qu'Abou Kacem a eu beaucoup d’ennuis pour se débarrasser de ces chaussures. Dans un premier temps, il les a échangées volontaire dans un hammam contre les babouches du «Wizir», et a écopé d’une forte amende.Il a ensuite tenté de les enterrer et de les jeter dans un canal et a été là aussi doublement puni à telle enseigne qu’il a vendu tous ses biens. Dans le deuxième conte, Abou Kacem est présenté comme un homme pauvre, mais très généreux.
Il était tellement généreux qu’un jour ne possédant qu’un morceau de pain pour son déjeuner, il a daigné à le partager avec un passant. Ironie du sort, ce passant qui avait des prophéties, lui a donné des babouches toutes neuves, brodées de fils d’or. Grâce à ces chaussures, Abou Kacem qui était un pauvre marchand et qui marchait pieds nus est devenu un riche commerçant. Mais il était tellement attaché à ses babouches, entre temps, devenues aussi très vieilles - qu’il n’a pu s’en débarrasser. Enfin et à chaque fois qu’il voulait les offrir à quelqu’un ou les jeter, on les lui faisait retourner. La dernière solution pour Abou Kacem était de les enterrer. Au moment de l’exécution de sa décision, un voisin est allé le dénoncer auprès du Wizir l’accusant d’avoir caché de l’or et de l’argent dans son jardin. Le Wizir envoie chez lui une mission de prospection, on fouille, toute la maison et on ne trouve que les vieilles babouches.
Et Abou Kacem conclut: «Les vieilles babouches sont comme des vieux amis, il faut vivre avec eux toute la vie et ne jamais chercher de s’en débarrasser tant qu’on vit encore». Bref, une dizaine de contes fortement enracinés dans la sagesse populaire des sociétés méditerranéennes ont été présentées lors de cette soirée qui rappelle à tout un chacun les belles nuits de contes d’antan. Et ce n’est que l’une des soirées organisées dans le cadre des festivités marquant la célébration du 84ème anniversaire d’Al-Hambra.

Ousmane WAGUE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com