Les jeunes et la débrouillardise : Le sens de la responsabilité se cultive dès l’enfance





Nombre de jeunes ont une aptitude à résoudre habilement les difficultés de la vie. Ils savent comment se tirer d’affaire avec bravoure. D’autres, en revanche, paniquent très vite. Ils ont du mal à compter sur eux-mêmes et semblent manquer de ressources. Les jeunes ont-ils justement le sens de la débrouillardise ?

Tunis-Le Quotidien
Tous les parents se posent la question suivante : « comment doit-on bien élever nos enfants ? ». Avant de chercher la réponse, il faudrait d’abord que les parents sachent ce qu’ils désirent pour leurs enfants. Pour réussir toute œuvre, il faut toujours avoir une idée assez précise sur le but à atteindre avant de chercher les moyens pour y parvenir. L’éducation de l’enfant n’est qu’un moyen pour atteindre un objectif précis. Si nous souhaitons que nos enfants soient en bonne santé physique et morale, heureux, forts, autonomes, intelligents et débrouillards, nous sommes redevables de leur préparer le terrain adéquat pour ce faire. L’attitude que nous devons adopter vis-à-vis de notre enfant dépend donc entièrement des intentions que nous avons à son égard. Certes, la majorité des parents veulent que leurs enfants soient sages, bien élevés… Un but louable, mais à force de s’acharner à rendre l’enfant sage et à le faire obéir aux exigences des parents, de la société et de la religion, on risque d’étouffer son individualité. Il deviendra sage dans la majorité des cas, mais il risque aussi d’être insipide surtout si on s’est servi d’une discipline trop stricte pour l’éduquer. Il est indispensable de fixer un niveau moral élevé à l’enfant, mais cela doit se faire tout en préservant sa santé mentale. Nous devons avoir comme objectif de protéger le développement de sa personnalité dans son intégrité. Tous les parents couvent, a priori, leurs enfants et les comblent d’amour et d’attention. Lorsque cet enfant commence à grandir, il a besoin de prendre des initiatives et de compter sur lui-même pour assurer certaines tâches. Cela lui permet d’évoluer et d’aller de l’avant. Sauf que certains géniteurs, croyant bien faire, ne peuvent pas s’empêcher de garder une mainmise totale sur leurs petits et continuent à les prendre entièrement en charge. Ils craignent qu’un fâcheux incident ne leur arrive. Cette overdose d’attention et d’affection peut les accabler. Une fois adolescents, certains jeunes essayent de s’affranchir de cette tutelle et de compter sur leurs propres ressources. Toutefois, nombre de parents continuent à exercer leur emprise sur eux, même à cet âge. Cela empêche hélas le développement naturel de l’adolescent, le bloque et fait de lui quelqu’un de dépourvu d’intérêts. Or, si les parents laissent une plus grande marge de liberté à l’enfant, il aura de fortes chances de devenir épanoui, responsable et débrouillard. Il saura comment se tirer d’affaire en ne comptant que sur ses propres armes. Généralement, ce sont les filles qui sont les plus couvées par les parents et cela les pousse à être un peu trop…molles!
Hiba, 15 ans, semble jouir d’une bonne marge de liberté à la maison qui lui a permis de réussir plusieurs épreuves et de prendre des initiatives. « Je suis très débrouillarde et je suis capable à l’instant-même de vivre toute seule et de m’en sortir parfaitement. A la maison, je fais la cuisine et j’accomplis toutes sortes de tâches ménagères. J’ai appris à compter sur moi depuis ma petite enfance. Ma mère m’a toujours incité à prendre des initiatives tout en me suivant de loin. Je me souviens qu’elle m’a appris à traverser seule la rue depuis mes six ans, elle m’a appris aussi à prendre seule le bus à un âge un peu plus avancé. Certes, elle me garde toujours à l’œil pour pouvoir intervenir en cas de pépin, mais lorsque je commence à faire bien les choses, elle se contente de me suivre de loin. D’ailleurs à chaque fois que je réussis une activité, elle me charge d’une autre tâche un peu plus difficile. C’est, à mon avis, le meilleur moyen d’apprendre. A tout juste quinze ans, je suis capable d’assurer l’entretien du ménage, je sais gérer un budget, faire des économies et je sais même effectuer de la peinture sur soie et sur verre. C’est à ma mère que je dois tout cela. Je suis très responsable et perfectionniste et mes résultats scolaires en témoignent. Contrairement aux autres filles de mon âge, qui passent leurs temps libre cloîtrées devant la télé, moi, j’apprends à devenir autonome. D’ailleurs, après la peinture, ma mère va m’apprendre la broderie et la couture l’été prochain », dit-elle.
Sonia, 19 ans étudiante, semble être aussi très débrouillarde. La jeune fille a appris depuis sa petite enfance à se prendre en charge comme une grande. « J’ai vu une maman qui lace les chaussures de son enfant qui doit avoir l’âge de dix ans, j’ai vu aussi des filles de douze ans, incapables de se laver toutes seules ! Pire encore, certaines filles à l’université sont incapables de rentrer toutes seules, il faut qu’elles soient accompagnées sinon elles risquent de … se perdre ! N’est-ce pas révoltant ? Comment ce genre de personnes pourront-ils prendre des responsabilités plus tard? Comment pourront-ils affronter les différentes difficultés de la vie ? Je suis certaine qu’ils vont rater leur vie ou du moins la plus grande partie avant d’apprendre à être autonomes. Malheureusement, certains parents croient à tort que, s’ils responsabilisent l’enfant, ce dernier risque d’échapper à leur contrôle ou encore d’errer dans le mauvais chemin. S’ils lui laissent une certaine liberté d’agir tout en le suivant de loin, je ne pense pas que l’enfant risque grand-chose surtout s’ils ont su ancrer en lui les principes de base et les valeurs sûres. Par contre, s’ils le couvent d’une façon exagérée et le pouponnent toujours comme s’il était un bébé, il aura du mal à réussir quoi que ce soit. Si ses parents disparaissent, il sera totalement perdu et je parle en connaissance de cause ! Moi, j’ai appris à être responsable depuis mon enfance, j’ai toujours su compter sur moi. Mes parents ne font pas mes devoirs de classe à ma place comme le font plusieurs parents, ils se contentent de me suivre, de m’orienter, de m’expliquer et de me pousser toujours et encore à réfléchir et aller de l’avant. Cela m’a permis d’avoir confiance en moi. Je sais gérer ma vie toute seule. Aujourd’hui, je sais faire la cuisine, je sais me prendre en charge, entretenir une maison, gérer un budget et je sais aussi comment me défendre. Je pense que ceux qui jugent l’affection et l’overdose d’attention à l’égard des enfants en tant qu’unique preuve d’amour, doivent réviser leur compte parce qu’ils ont tort », dit-elle.
Sarra, 19 ans, étudiante, habite seule dans un foyer universitaire. La jeune fille n’a trouvé aucune difficulté à se prendre en charge parce qu’elle en a l’habitude. « Je me suis initiée à prendre des responsabilités depuis l’enfance. Je suis l’aînée et cela m’a appris à jouer le rôle de substitut de maman lorsque ma mère s’absente. Mes parents me poussent toujours en avant et m’ont appris à prendre des initiatives à un âge assez précoce. J’ai appris à prendre soin de mes frères et sœurs, à acheter des provisions, à entretenir la maison et à faire la cuisine et je suis même arrivée à faire des économies. J’ai voyagé toute seule en Allemagne et j’ai su gérer mon argent bien que c’était mon premier voyage. Actuellement, je suis mes études loin de ma ville natale et de ma famille et je me débrouille bien. D’ailleurs, à partir de cet été, je vais chercher un job en parallèle avec mes études pour pouvoir couvrir mes frais toute seule et sans déranger davantage mes parents. Débrouillarde? Je pense l’être et à fond la caisse! », dit-elle.

Abir CHEMLI




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com