Compétition officielle «Making off» : Candidat à la folie meurtrière





Avec «Making off», projeté avant-hier soir dans la reine des salles, Le Colisée, nous avons l’impression que nos cinéastes ont enfin compris leur rôle (ou devoir) à jouer pour changer la grisaille qui perdure dans notre ciel filmique... depuis fort longtemps.

Et que le «virus» de la création et de la créativité se propage un peu partout dans le corps de nos artistes. C’est vraiment tout le mal qu’on leur souhaite. Depuis fort longtemps, on a dit et redit... et regretté la décadence de notre cinéma. Des rencontres et des débats (de bon augure) n’ont pas cessé d’avoir lieu chaque fois que l’occasion se présente. Et à chaque rendez-vous, son lot de questions et de questionnements à nous bombarder et... à nous faire blêmir. Comme : où sont passés nos cinéastes et créateurs ? Qui fait quoi ? Que veut le public ? Que faut-il faire pour arrêter ce «génocide» des fermetures successives de nos salles obscures et leur donner, enfin, l’aura d’antan ? Et la liste est interminable. Quant à l’issue, on ne la voit même pas se profiler dans notre imaginaire. D’ailleurs, on la connaît bien et même très bien. Mais on refuse (et ça se passe dans nos têtes) de l'adopter... Dans ce paysage, tout le monde s’y plaît et même s’y fait... en mettant toujours la responsabilité sur le dos de l’autre... Sauf que nous voilà, bouche bée, devant des images qui font entorse au rituel et à l’autel de fausses célébrations. Et bien, voilà que l’auteur de L’Homme de Cendres renaît de ses cendres.
Il a osé et il l’a vraiment fait. Le voilà nous servir le plat qu’il faut. Le bon plat avec les bons ingrédients. Les ingrédients qui font tourner notre quotidien et qui animent l’âme du commun des mortels et qui font dire : voilà quelqu’un qui n’est pas passé à côté de la plaque.
Ce qu’a fait Bouzid dans son Making off ou «Akher film» (son nom en arabe) et «Ya Sattar ostor», n’est finalement pas sorcier. Il a tout simplement braqué ses projecteurs sur le Tunisien, l’Arabe, le Musulman et le citoyen du monde. D’où cette sincérité. Ou plutôt d’où la transparence d’une image. L’image que le Tunisien veut voir de lui, reflétée sans brume dans un miroir.
L’auteur de Poupées d’argiles (son dernier film de 2002) a trouvé le bon filon, en grattant de cette croûte qui démange le monde d’aujourd’hui et la question est universelle. Nouri Bouzid n’a donc pas creusé dans son imaginaire, mais il a bien creusé le fossé de la société où il vit et avec sa pelle, il nous a lancé en pleine figure les graines du mal et défriché le tout en bloc, en accentuant assez fort sur les faits qui nous touchent aux tripes et qui nous concernent tous et... sans exception aucune. Là où nous nous trouvons. Et il nous a tout simplement montré l’axe du mal. Le voilà. Il est là. Et l’issue (ou la non issue) est devant vous et vous avez (vous et vos consciences) le libre choix.
Que raconte en bref l’histoire de Nouri Bouzid dans ce Making off, en compétition officielle ? C’est à partir d’une petite histoire d’un quartier moyen à Radès où une «horde» de jeunes n’ayant pas réussi à l’école (mais qui ont d’autres talents dans la danse moderne, le hip hop, et autres expressions artistiques) et se trouvant livrés à la rue, à eux-mêmes et à la délinquance avec des petits vols et des... rêves de «griller» et voler au-dessus du monde et de leur cocon dégarni, et dépasser la lisière de la misère pour se noyer ou se «faire sauter avec des explosifs» dans la citerne du capital (c’est ainsi que s’achève le film). Après que Nouri Bouzid nous a roulés dans la farine du terrorisme, du voile, du chômage et du repêchage par des extrémistes, éloquent est ce film de Bouzid, foisonnant à souhait et il nous pousse à bien cogiter. D’ailleurs, ce que le public aime voir... pour trouver des remèdes, et s’en sortir sans... excès. A consommer avec modération.

Zohra ABID

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«Bahja» : L’incompréhension

Un autre film tunisien en compétition officielle, mais du genre court métrage, a été projeté mardi dernier au Colisée avant de céder la place à son aîné Making Off, un vrai poids lourd. L’auteur de Bahja n’est autre que Walid Tayâa. Un jeune (et élève de Bouzid) de la vague montante, qui ambitionne d’aller très loin dans ses rêves. Et pour aller très loin, notre Walid national a voulu démarrer par le bas. C’est-à-dire là où il a les pieds et ses pieds sont bien sur terre. Parti dans son aventure avec Ulysson et Long et Court dans la collection de Dix courts Dix Regards, Walid Tayâa a cerné en condensé une société atteinte par la maladie de la modernité et le superflu et qui risque à tout moment de se briser et de couler dans le tréfonds de l’abîme.
Treize minutes d’images ponctuées par des symboles pour nous raconter une «belle» histoire sur notre effritement et sur le malaise régnant. Le malaise est entre deux chaises. Entre deux générations qui refusent de se croiser. L’une incarne les principes et les profondeurs dans les grandes questions et il lui est difficile de se faire aux produits actuels de n’importe quelle consommation. Elle les vomit aussitôt. N’arrivant à digérer rien de ce qu’on lui offre. Ses membres sont à moitié fracturés et elle est loin même de se mettre debout ou de se reposer sur des béquilles pour pouvoir réagir et dire son dernier mot. Elle finit par étouffer et perdre l’oxygène de la vie, laissant la place aux cadets. A leur tour, ces derniers vont se contenter de consommer, consommer encore et encore et ne voir qu’en grandiose et sans jamais dire assez et qu’il est temps enfin de devenir mature, pour entretenir la flamme intelligente léguée par les ancêtres, bâtisseurs d’un monde meilleur, resté sur le papier de l’idéologie. Ici, il y a deux mondes séparés. Celui qui tire profit et le nôtre, le tiers-mondiste, qui ne fait que consommer, avaler et fier de l’être... Un film tout en poésie et humour... grinçant qui se défend fortement dans sa catégorie et dans son nouveau regard avec des interprètes à la hauteur... d’un autre tournant dans notre cinéma.

Z.A.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com