Après son triomphe socialiste : Royal à la conquête du pouvoir





Victorieuse sans coup férir de la primaire socialiste, Ségolène Royal a appelé hier au rassemblement pour se lancer à la conquête de la présidence avec des chances sérieuses de devenir, en 2007, la première femme chef d'Etat en France.

Le Quotidien-Agences
Plébiscitée par 60,62% des militants, Royal, 53 ans, voit confortée son ambition dans la course à la présidence qui devrait l'opposer au champion de la droite, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, 51 ans.
Un grand duel Royal-Sarkozy -la première incarnant une forme de renouveau à gauche, le second prônant la "rupture", tous deux au sommet des sondages de popularité- semblait de plus en plus inéluctable hier.
Des responsables de droite ont mis en garde leur camp contre le danger que représente Royal et l'élan qu'elle suscite.
Après avoir dit "vivre intensément ce moment de bonheur", Ségolène Royal a immédiatement appelé au "rassemblement" des socialistes et de ses deux rivaux internes dans la perspective de l'affrontement d'avril-mai.
"Tout le monde sera derrière elle (...) contre la droite", lui a répondu Dominique Strauss-Kahn, ex-ministre de l'Economie, qui n'a recueilli que 20,83% des votes des socialistes. Avec apparemment plus de réticence, l'ex-Premier ministre Laurent Fabius (18,54%) a dit "être prêt" au rassemblement.
Le vote sans appel des militants donne à Royal toute latitude dans un parti où ses adversaires l'avaient taxée d'avoir de "l'inexpérience", avaient dénoncé sa "pipolisation", son "populisme" voire sa "dérive droitière".

Renouveau
Le vote de jeudi couronne la fulgurante montée en puissance de Royal au sein du Parti socialiste, qu'elle n'a pas hésité à bousculer. Ces derniers mois, quelque 70.000 nouveaux adhérents ont afflué, la plupart attirés par l'aura de la "madone des sondages".
Sourire aux lèvres, mince et élégante, cette énergique mère de quatre enfants a réussi à incarner une forme de renouveau en prônant l'avènement d'une "démocratie participative".
Elle se veut plus proche des gens dans un pays secoué par une série de crises, dont les émeutes d'il y a un an dans les banlieues. Un pays qui fait aussi face à une large fracture entre les élites et la classe politique, après douze ans de présidence de Jacques Chirac, 73 ans.
Ségolène Royal a accordé une large place aux questions de société et à l'écologie, tout en adoptant des positions parfois jugées proches de la droite par ses détracteurs sur la sécurité et à l'immigration.
Elle a ainsi prôné un "encadrement militaire" de certains jeunes délinquants dans des missions "humanitaires".

La femme à battre
Pour François Hollande, chef du PS et compagnon de Royal, la candidate socialiste devra "garder son identité, son originalité" qui en font la représentante du "socialisme d'aujourd'hui" lors d'une campagne présidentielle, qui s'annonce âpre.
"Royal ne sera pas facile à battre", a mis en garde hier un député du parti majoritaire UMP, Dominique Paillé, et affronter une femme constituera pour Sarkozy "un problème à résoudre".
"Il est grand temps d'engager la procédure du choix de notre candidat", a dit la porte-parole de l'UMP Valérie Pécresse, le parti devant désigner son champion en janvier.
Contrastant avec l'image de rassemblement prôné au PS, le parti de l'UMP est agité par les rivalités entre Sarkozy et les "Chiraquiens", le Premier ministre Dominique de Villepin et la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie n'ayant pas exclu de se présenter à la présidentielle.
L'entourage de Chirac laisse aussi planer l'incertitude sur l'éventualité d'une troisième candidature du président.
"Les militants ont plébiscité la personnalité la plus capable à leurs yeux de battre la droite. Ils ont aussi exprimé un désir de rénovation", a estimé le quotidien Le Monde. Mais pour Ségolène Royal, "le plus dur reste à faire".

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Guerre-éclair

Ségolène Royal n'aura mis que 14 mois pour s'imposer comme la candidate du Parti socialiste français à l'élection présidentielle d'avril-mai 2007, au nez et à la barbe de rivaux pourtant plus expérimentés.
D'aucuns ont évoqué une "guerre-éclair" tandis que certains de ses adversaires de droite ont parlé de "hold-up" sur la campagne socialiste.
C'est son élection à la tête de la région Poitou-Charentes (sud-ouest), en mars 2004, qui la fait entrer dans le camp des présidentiables.
Elle incarne alors le sursaut d'une gauche qui ne s'est pas encore relevée de la claque du 21 avril 2002, lorsque le candidat socialiste Lionel Jospin avait été éliminé dès le premier tour de l'élection présidentielle, devancé par le président sortant Jacques Chirac et le leader de l'extrême droite Jean-Marie Le Pen.
Jusqu'en septembre 2005, Ségolène Royal s'investit méthodiquement dans sa région, dont elle veut faire un laboratoire d'idées pour le pays.
Puis le 22 de ce mois, jour de ses 52 ans, elle se dit pour la première fois prête à se lancer dans la bataille de l'investiture. Pendant des semaines, elle distille les petites phrases montrant sa disponibilité. Les sondages sont déjà excellents.
Qualifiée de "madone des sondages", elle annonce un état-major de campagne ouvert à des sensibilités diverses du parti. Les ralliements commencent à affluer. Ségolène Royal subit néanmoins, en y répondant à peine ou pas du tout, de dures critiques de son camp.
Le 29 septembre dernier, elle annonce officiellement sa candidature à l'investiture socialiste, dans un lieu symbolique, Vitrolles (Bouches-du-Rhone, sud) ville reprise à l'extrême droite par le PS à l'automne 2002.
Ségolène Royal entame ensuite les six semaines de campagne interne sans plaisir. Estimant qu'"une femme doit toujours faire ses preuves plus qu'un homme", elle redoute une opération destinée, selon elle, à la faire trébucher.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com