Don d’organes : Y’a «rein» à faire, le Tunisien s’oppose…





Il ne sert à rien de se leurrer. Le don d’organes est une question qui n’avance pas chez nous. Le nombre de donneurs n’augmente pas.
Ce sont les rétractaires par contre qui se multiplient. Avec un bilan négatif, il est grand temps de penser à faire les choses autrement.

Tunis — Le Quotidien
Le Centre National pour la Promotion de la Transplantation d’Organes (CNPTO) et l’Association Tunisienne de Sensibilisation au Don d’Organes (ATSADO) se sont associés cette année à l’Union Nationale de la Femme Tunisienne (UNFT) pour organiser la neuvième journée nationale du don d’organes. Cette manifestation s’est tenue hier sous le thème du rôle de la femme dans la sensibilisation à cette question. Comme d’habitude, beaucoup d’invités ont pris part à la journée. Mais le problème qui se pose jusqu’à maintenant se situe au niveau des réalisations qui restent bien en deçà des attentes. Des paroles, des paroles, rien que des paroles, mais de concret il n’y en a point ou presque.
En effet, le bilan est dans l’ensemble négatif. Depuis 1999, le nombre de donneurs sur les cartes d’identités nationales dépasse certes les sept mille. Mais en même temps, ils sont quatre cent quarante deux personnes à se rétracter durant cette période. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme. D’ailleurs, on n’évoque même pas ce problème de rétraction qui relèverait du domaine du tabou. Car on a l’impression que la stratégie de communication, si communication il y a, en terme de sensibilisation au don d’organes est axé uniquement sur les points positifs. Pourtant, on n’en trouve pas assez. Depuis les quelques réunions qui se sont tenues au CNPTO dans le but de collaborer avec les différents médias pour mettre en place un plan d’action, il ne s’est pas passé grande chose, pour ne pas dire absolument rien. Les lacunes qui ont été relevées notamment quant à la manière d’aborder ce sujet et les partenaires de l’action sont toujours de mise.
Or, le don d’organes en Tunisie continue à faire l’objet d’une grande polémique. Les listes d’attente s’allongent. Le nombre de dialysés au stade terminal par exemple s’élève aujourd’hui à mille cinq cents nouveaux cas par an. La plupart d’entre eux attendent un rein en vain. Surtout que les victimes des accidents de la route qui répondent aux critères de prélèvement d’organes ne sont pas en train de faire profiter ce secteur. Leurs familles s’opposent systématiquement à l’opération.
Dans le même contexte, le Tunisien n’est pas convaincu par cette histoire de don. Il ne cache pas sa compassion avec les vies tributaires d’une greffe. Il n’hésite pas non plus à manifester son enthousiasme quant à la promotion d’une culture du don d’organes. Mais il ne passe pas à l’action. Pour preuve, la plupart des «promsses» de donneurs qui sont enregistrées à chaque manifestation auprès de la Police Technique, n’aboutissent pas. Rares sont les fois où on enregistre une suite. Dans la foulée de l’événement, nombreux sont ceux qui franchissent le pas et «promettent» aux agents d’aller par la suite signer et persister sur leur CIN qu’ils sont donneurs.
Au bout du compte, il s’avère que ce ne sont que des promesses. Seules, quelques blouses blanches ont adhéré durant ces années à cette initiative ou alors certaines autres exceptions l’ont également fait. Sinon, c’est le statu quo voire la régression.
Désormais, rien ne changera si le CNPTO et l’ATSADO ne passent pas à une autre vitesse. Il n’est jamais assez de répéter que le Tunisien n’est pas dupe. Il a quand même besoin de comprendre. Pour ce faire, il faut absolument réfléchir sur un plan de communication à l’instar des pays où le don d’organes est devenu une véritable culture. Il faut sortir des sentiers battus et mettre le doigt sur les défaillances et non pas les occulter pour ne valoriser qu’une partie de l’iceberg. Il ne sert à rien d’organiser de manifestations pour se répéter ou bien jeter la pierre aux autres.

Maryem KADA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com