Consultation nationale sur la musique : Quand les spécialistes diagnostiquent les fausses notes du secteur





La consultation régionale sur la musique du gouvernorat de Tunis a eu lieu hier dans un hôtel de la place. D’éminentes personnalités entre paroliers, compositeurs et autres interprètes ont pris part au débat, qui s’est tenu cette fois autour de l’organisation des métiers de la musique.

S’il est un élément important à relever ce serait le nombre impressionnant des spécialistes du domaine de la musique qui ont participé à ce débat. La salle des conférences de l’hôtel Le Diplomat pourtant assez grande n’a pu contenir tout ce monde: tout un chacun avait, en fait, son mot à dire et de quoi enrichir le débat dont le moins qu’on puisse dire est qu’il était de haute facture dans l’ensemble. A commencer par l’intervention de Fethi Zghonda qui a présidé cette première séance de la consultation.
Fethi Zghonda qui occupe actuellement le poste de directeur du département de la musique au ministère de la Culture a présenté une succinte mais exhaustive rétrospective historique sur les métiers de la musique en insistant sur le fait que ce domaine est un métier à part entière depuis l’ère du temps et ce, aussi bien chez les Grecs, les Arabes, que les Andalous.
Il a souligné ainsi qu’il n’a jamais été un métier réservé aux hommes aussi bien en terre d’Islam, qu’en Europe. Le conférencier a, dans la foulée, brossé un tableau riche des lois qui ont été proclamées pour organiser le métier. On en cite celle de 1969 en vertu de laquelle, on a créé la carte de musicien professionnel.
La mise en œuvre d’un cahier des charges pour ce qui est du métier des imprésarios a, selon lui, une grande importance aussi.
Aujourd’hui, «on est fier, de ce qui a été fait pour la musique et la culture d’une manière générale qui en l’an 2009 bénéficiera de 1,5% du budget de l’Etat», souligne pour sa part M. Mondher Friji, le gouverneur de Tunis au cours de l’allocution qu’il a prononcée. Tout de suite après, l’assistance a eu droit à un intermède musical signé Walid Gharbi qui a joué un morceau de musique sur son instrument remis au goût du jour «le rabab».
La parole a été donnée aussi à Abderrahmane Kablouti, poète et parolier tunisien, qui a lu un poème où il a passé en revue toutes les générations d’artistes musiciens tunisiens allant de Fethia Khaïri, et Hassiba Rochdi en passant par Oulaya et Naâma pour arriver à Saber Rebaï et Mohamed Jebali, sans oublier le chantre du métier Salah El Mehdi qui était parmi l’assistance.
Mais cela, en fait, a froissé la sensibilité de plusieurs artistes qui étaient présents sans pour autant être cités par le poète dont Salma et Fatma Boussaha qui n’ont pas hésité d’ailleurs à lui «demander des comptes».
Elles n’étaient pas les seules, en fait à avoir formulé des doléances concernant le domaine de la musique. Un domaine qui connaît des hauts et des bas. Certains de nos artistes dont nous avons recueilli les témoignages sont d’ailleurs formels à ce sujet et nous cernent les tares et les avatars de ce secteur qui se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins.

M.B.G.

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Mohsen Raïs :
«Pour une chaîne spécialisée»

«J’aimerais bien attirer l’attention des décideurs sur la question de la diffusion de la chanson tunisienne. Quelle que soit la génération à laquelle appartient le chanteur, ce dernier doit avoir droit de cité dans nos médias. Pourquoi ne pas penser à lancer une chaîne de TV spécialisée dans le domaine de la musique, comme l’ont fait beaucoup de pays, d’ailleurs? Les jeunes chanteurs de la Star Ac, chemin des artistes... je ne suis pas contre, mais ils devraient être pris en charge et non pas livrés à leur sort une fois l’émission épuisée et terminée».


Ahmed Kalaï :
«Des troupes de musique spécialisées»

«Je crois qu’il est temps de trier les artistes, classer les troupes selon leurs spécialités respectives. Car on dispose actuellement de plusieurs catégories de musiciens et de chanteurs spécialisés dans le jazz, le country, la musique traditionnelle...»

Adel Soltane :
«Il faut que l’acte suive»

«Organiser une consultation nationale sur la musique est une bonne initiative. Penser à nous en tant qu’artistes est aussi important. Mais il faut aussi que l’acte suive une fois cette consultation terminée. Quel serait l’intérêt de cette manifestation si les décisions prises ne sont pas mises en pratique»


Mokdad Shili :
«Notre métier n’est pas reconnu»

«Est-ce que notre métier est reconnu aux yeux de la loi pour qu’on parle de son organisation. Il faut tout d’abord qu’on existe et que des critères de choix soient instaurés. L’artiste tunisien n’a pas d’identité artistique. Chose qui a laissé la voie libre à plusieurs intrus à la profession qui ont investi le secteur».

Moncef Abla :
«Notre métier est ingrat»

«Je suis passé par des moments très difficiles en rencontrant des problèmes financiers énormes. On oublie souvent que l’artiste professionnel est aussi un père de famille, en dehors du fait qu’il est un artiste qui se respecte. Notre métier est ingrat car certains artistes n’ont pas encore eu la récompense qu’ils méritent».

Propos recueillis par
Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com