Dialogues littéraires : Les éclats d’Ibn Khaldoun dans la mémoire hispano-tunisienne





Au siège de la Bibliothèque nationale de Tunisie (Avenue de 9 Avril-La Kasbah), on ouvre grands ouverts les portails pour abriter du 21 novembre 2006 au 23 janvier 2007 une exposition un peu particulière sur l’œuvre khaldounienne. Et pas seulement.

Car à travers les idées de ce sociologue, on revisite des chapitres entiers de l’histoire. Celle du XIVème siècle, marquée par de la complexité. D’un côté, il y a les tares et les avatars et de l’autre, il y a cet épanouissement dans les relations, au-delà de tout conflit, concernant les échanges sur les plans culturel, commercial et humain entre les pays du Nord et ceux du Sud de la Méditerranée.
S’agissant de la célébration du VIème centenaire de la mort de ce savant tunisien d’ascendance andalouse, entamée déjà depuis l’orée de l’an 2006 dans plusieurs pays du pourtour méditerranéen, le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine Tunisien et le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères d’Espagne inaugureront aujourd’hui à midi trente l’exposition “Ibn Khaldoun, la Méditerranée au XIVème siècle”, qui aura lieu à la Bibliothèque nationale, sise au Boulevard 9 Avril et qui va se prolonger jusqu’au 23 janvier 2007. Cet événement artistique organisé par l’Institut Cervantes en collaboration avec l’ambassade d’Espagne, l’AECI et autres fondations s’inscrit -outre son apport considérable sur un Ibn Khaldoun qui épouse de par ses idées tous les temps-, dans le cadre de la politique d’échange culturel entre l’Espagne et la Tunisie, placée aujourd’hui comme un objectif prioritaire dans la région.
Cette exposition “aspire également à montrer aux visiteurs les apports d’Al Andalous dans différents domaines dans son évolution politique, commerciale, intellectuelle et sa dimension méditerranéenne. Au demeurant, le XIVème siècle marque un tournant historique décisif par la modification de l’équilibre des pouvoirs en Méditerranée”, lit-on dans la note de presse.
Cette même exposition a séjourné de mai à septembre de cette année en cours au Real Alcázar de Séville. L’affluence de visiteurs (plus de 500.000) nous en dit long sur son importance. C’est comme un carnet de voyage nous rendant compte des pérégrinations de l’auteur de Al Mouqaddima, qui renferme des questionnements sur la “logique des empires, leur essor et leur déclin”, encore d’actualité.

Au rythme de la mémoire
L’édifice de la Bibliothèque nationale sera notamment abrité par des panneaux graphiques de grand format autour d’une “chronologie comparée du XIVème siècle, de la trajectoire vitale”…. de celui qui est considéré comme le père des sociologues, du rôle des sciences et des lettres en Méditerranée, les personnages historiques contemporains, ayant marqué son époque tels que d’autres du Nord.
Nous pensons ici à Dante, Pétrarque et Boccace. Et du côté tunisien, nous viennent à l’esprit les Ibn Arafa et Al Tijani. Les visiteurs auront aussi à voir près d’une quinzaine de pièces originales et nos archéologues et historiens trouveront un intérêt conjugué à un réel plaisir avec un lot d’ustensiles de terre cuite, les atifles, servant de trépieds aux potiers de cette époque et autres carreaux de faïence d’origine sévillane, ainsi que des assises d’astronomie.
N’oublions pas aussi les manuscrits et fac-similés d’œuvres de ce siècle si riche.
Du côté tunisien, les deux manuscrits du XVIIIème siècle du Kitab Al Ibar d’Ibn Khaldoun, Al Mokhtassar al Shâmil de Ibn Arafa (copie de manuscrit) et Touhfat al Naddhar fi ghara-ibou al Amsar d’Ibn Battouta, enrichiront cette exposition qui sera rehaussée par plusieurs rencontres littéraires et artistiques.
A Tahar Haddad, les mélomanes ont été invités hier à un concert du pianiste Antonio Lopez qui a été accompagné de la soprano Carmen Serrano. Le 22 et dans le même espace, un récital de poésie enveloppera les airs d’amitié entre la Tunisie et l’Espagne. Andrés Trapiello, Eloy Sánchez Rosillo croiseront les rimes avec Jaâfar Majed et Noureddine Sammoud.
Des tables rondes réunissant le 21 novembre à 18 heures à l’Institut Cervantes de l’Avenue de la Liberté des gens de la littérature et de l’écriture pour discuter sur les “Langues qui unissent, langues qui éloignent”. Dans le même espace de lettres et des arts, la faculté des lettres de la Manouba invite le 22 novembre des écrivains pour parler du Roman actuel en Espagne et en Tunisie. Le jour qui suivra sera consacré à l’invitation de l’Institut Supérieur des Langues de Tunis pour soulever le voile sur les “Nouvelles tendances de la poésie espagnole et tunisienne”.
Un programme qui fait le bon tour pour encourager, établir tout d’abord une approche de réflexion, entre les écrivains, puis au-delà de la fécondité, toucher le public lecteur et l’intéresser par des sujets qui le concernent de près ou de loin, mais surtout dans sa façon de penser.

Z. ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com