Les films tunisiens aux yeux des critiques étrangers : Pile et face





Un film tunisien a obtenu cette année le Tanit d’or, la distinction suprême des dernières JCC. L’œuvre en question est «Making off» de Nouri Bouzid, qui a été plébiscité par certains mais a déçu bien d’autres. Les films tunisiens de la session 2006 des JCC, partagent les critiques, en effet, entre amateurs et détracteurs.

Ce qui mérite d’être relevé en premier, c’est le fait que les films tunisiens ont présenté cette année un nouveau regard. Plus réalistes dans le choix des sujets traités, Jilani Saâdi dans «La tendresse du loup», Nacer Khemir dans «Bab’Aziz» et Nouri Bouzid dans «Making off», ont, a priori, fait river les regards des cinéphiles avertis sur leurs œuvres. Tapsoba Clément, un critique de cinéma burkinabé partage ce constat : «Ce qui plaît dans le cinéma tunisien, c’est la liberté d’expression qui le caractérise. Les Tunisiens, du moins, ont beaucoup plus d’audace que le reste des cinéastes africains», nous confie-t-il.
A commencer par le film de Nouri Bouzid, «Making off» qui parle d’une jeunesse en mal de repères.
Pour notre interlocuteur qui est aussi le directeur du festival de cinéma FESPACO au Burkina Faso : «Nouri Bouzid a réalisé un film important à un double niveau. D’une part, il donne des leçons de cinéma quant à la manière avec laquelle il a traité l’histoire du film. D’autre part il a fait preuve de sincérité dans son langage en posant les problèmes actuels».
D’autres spécialistes n’ont pas manqué en revanche de critiquer la prise de position de Bouzid, vis-à-vis de l’intégrisme religieux.
Darouiche Berjaoui, un critique de cinéma libanais qui écrit dans un journal koweïtien «Al Kabas» nous dit à ce propos : «Je suis un fervent amateur du cinéma tunisien. J’adore le travail de Nouri Bouzid, Mahmoud Ben Mahmoud et Nacer Khemir. Mais cette fois je n’adhère pas au choix de Bouzid dans «Making off». Durant la première demi heure, j’ai aimé le film mais tout de suite après j’ai eu l’impression que le film a démérité». Notre interlocuteur n’a pas manqué à cet effet d’évoquer des films ayant participé aux JCC qui ont traité du même sujet tels que «Il Irhab wal Kabab» ou encore «Al Irhabi». Mais c’est le film de Bouzid qui lui a plu le plus. Fin connaisseur des films de Bouzid, Darouiche Berjaoui a par ailleurs fait le tour de quasiment toutes les œuvres du réalisateur tunisien pour en ressortir avec l’ultime conviction que Nouri Bouzid est un réalisateur hors-pair.
Pour lui, Nacer Khemir s’est forgé par contre l’image d’un cinéaste sincère ayant trouvé son langage cinématographique loin des sentiers battus. Pour Tapsoba Clément : «Il est classé marginal par rapport aux cinéastes tunisiens. Son travail est très recherché au regard de sa valeur plastique». Darouiche Berjaoui, lui, a beaucoup aimé la plateforme soufie qui a régné dans Bab’Aziz. «Khemir est unique dans la manière par laquelle il traite de l’intégrisme. Tout en douceur il traite d’un sujet violent... J’ai aimé aussi ce formidable dialogue des civilisations entre tunisiens, perses, indou, etc...».
«La tendresse du loup», tout comme les deux autres films, a renoué avec un cinéma réel nous rendant compte de faits réels, au risque de nous choquer.
Trois films ayant présenté, sans fard, un dialogue au vitriol des malaises de la société. Que demander de plus?

Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com