Ségolène Royal, une nouvelle Jeanne d’Arc ?





On a tout dit sur Ségolène Royal, la triomphatrice des primaires du Parti socialiste français en vue de l’élection présidentielle du printemps prochain. Il n’y a pas grand-chose à ajouter sauf, peut-être, à parler de la dimension «miraculeuse» de son irrésistible et rapide montée vers le firmament du pouvoir ainsi que de la fervente adhésion du peuple de France à sa personne.
Un peuple qui nourrit en son cœur, la nostalgique attente d’une nouvelle Jeanne d’Arc.

Ségolène Royal surfe actuellement sur un nuage. Un nuage qui prend au fil des jours de la hauteur. Au point que personne ne serait bientôt surpris de voir le visage de la Madonna des sondages nimbé de l’auréole de la sainteté. Rejoindrait-elle, dans le cœur des Francais, une certaine Jeanne d’Arc ? L’hypothèse serait plausible. Car, à part la pucelle d’Orléans, aucune femme, depuis le royaume des Francs jusqu’à nos jours, n’a incarné avec autant de profondeur l’âme de tout un peuple. Et si la martyre de la lutte contre l’occupant anglais, pendant la guerre de cent ans, a pesé avec force sur le destin de la nation française, Ségolène Royal est, elle, à deux doigts de le faire dans le cas où sa courbe ascensionnelle se poursuivrait avec autant de bonheur.
Il y a bien eu au long du parcours séculaire de l’hexagone des femmes qui ont eu un bénéfique impact sur le cours des événements. Par exemple, Sainte Geneviève, héroïque figure de la résistance de Paris face à Attila. Mais son action s’est cantonnée dans les frontières de l’antique Lutèce. Il y a aussi les reines qui ont gouverné la France en régentes du royaume Catherine de Médicis, Anne d’Autriche. Mais la part du pouvoir qui leur échut, elles la durent soit au privilège de la naissance, soit à des manœuvres de sérail, soit même par des crimes commandités. On peut citer aussi le cas des favorites des rois, telles que Mme de Maintenon à l’ombre du roi-soleil ou la Pompadour sous le règne de Louis XV.
Plus proche de nous on peut citer une Edith Cresson, la première femme à avoir occupé le poste périlleux de Premier ministre et redoutable battante. Mais sa fulgurante ascension, elle n’aurait pu l’accomplir sans le soutien d’un François Mitterrand.

Jeanne la martyre
Dans tout ces cas on ne peut nier l’atout que représente le mérite personnel. Intelligence, noblesse d’âme, maîtrise de soi et quelquefois charme et beauté ont leur part dans la réussite. Mais on ne peut nier non plus l’intervention de facteurs exogènes, agissant sur leur remarquable itinéraire comme autant de coups de pouce les impulsant vers les podiums de l’Histoire.
Jeanne d’Arc s’est, elle, construite un chemin de croix qui devait la mener jusqu’au supplice avec le seul ressort de sa foi et aussi de son génie politique. Au point qu’elle s’est installée à jamais dans le cœur des Français.
Il est peut-être tôt, et même fort risqué, d’esquisser une comparaison entre Ségolène Royal et son illustre devancière. Mais à voir l’enthousiasme d’une bonne partie du peuple français à son endroit, on se demande si elle ne finirait pas, elle aussi, par incarner l’âme de la France.
Car voilà une femme qui, il y a à peine une quinzaine de mois, n’était qu’une obscure figurante dans le cénacle politique. Devant une Martine Aubry ou une Elisabeth Guigou, quel poids avait-elle? On ne retenait d’elle que son statut de compagne de François Hollande, grand ordonnateur de la messe socialiste. On retenait d’elle également l’image d’une mère courage à la progéniture nombreuse. Sa responsabilité de présidente du Conseil de la région Poitou-Charentes n’est pas, il faut le reconnaître, de celles qui font rêver les foules.

Un météore dans la grisaille
En un peu plus d’un an cette militante socialiste, promise à l’oubli, émerge telle un météore. Un météore d’autant plus brillant que l’atmosphère alentour respirait la sinistrose. Un Chirac qui perdait peu à peu de son insolente superbe, un Sarkozy auquel tout le monde s’accorde à reconnaître la triste tare d’un inquiétant déficit de sympathie; un Bayrou qui n’arrive pas à se dégager de la sévère tunique de l’enseignant qu’il était; des éléphants du PS fiers comme Artaban, bercés par l’illusion d’être si près de la prise du pouvoir. Et même Arlette Laguiller, qui naguère enflammait les exclus et les marginalisés de la société française, a mis cette année un bémol à ses apparitions dérangeantes dans les médias. Quant à Marie-Georges Buffet, elle n’en imposait plus à la tête du parti communiste moribond. Il ne restait plus, pour faire le spectacle que le peu recommandable (enfin pour ses rivaux), Jean-Marie Lepen, le représentant d’une extrême droite qui n’a jamais pu aller au-delà d’un strapontin dans le théâtre du pouvoir.

Force et légitimité
Cette femme donc, vient de réaliser un score électoral qui étonne réellement dans une grande démocratie, tant les pourcentages de voix s’y chevauchent généralement. Certes, cette réussite a eu lieu dans la seule arène des primaires, d’un parti qui est lui-même minoritaire au sein de l’ensemble de l’électorat français. Mais il ne faut pas être sorcier pour entrevoir d’ores et déjà les prolongements futurs d’un tel raz-de-marée sur l’ensemble des citoyens.
Contentons-nous d’observer la grossière contradiction verbale dans laquelle s’était enferré son principal rival, Nicolas Sarkozy. Il avait en effet parlé du «vide sidéral» de Ségolène Royal. C’était quelques jours avant le triomphe des primaires. Aujourd’hui, il estime que le triomphe de Royal exprimait «une aspiration forte au renouvellement de la classe politique». Bref, le désarroi à son comble !
On a beau l’asperger de flèches envenimées, on a beau lui attribuer des points négatifs (populisme, manque de vision philosophique, ignorance des arcanes des affaires du monde, etc), Ségolène tranche sur son entourage politique. Et force est de reconnaître qu’il se dégage de sa personne une «légitimité», un charme indéfinissable, un charme à la française, une féminité discrète. Mais aussi une grande pertinence dans les idées et une originalité dans le discours. Au diable les grandes envolées théoriques les références à d’étroits paramètres économiques. Et place à l’utilisation à bon escient de cet instrument de la modernité qu’est l’Internet. Place aussi aux stratégies de la proximité, à l’option participative des citoyens à une attention soutenue à leur quotidien. Toutes choses qui expliquent cet ardent «désir d’avenir» qui l’habite au nom du bien de son pays, au nom du «Salut» de la France.

Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com