Exposition : L’art dans toute sa splendeur





Impossible d’aller du côté de Sidi Bou et de ne pas marquer un petit arrêt dans les galeries d’art qui garnissent à souhait les hauteurs de ce village chargé de mille et une merveilles. Celle de Ammar Farhat que dirige Aïcha Gorgi nous a... toujours (ou la plupart du temps) séduits...

Et pour plus d’une raison. Primo, ce qu’on expose là-dedans est généralement d’une facture plastique défendable. On y trouve souvent de la bonne toile de chez nous ou d’ailleurs, appartenant à des grands noms qui sertissent le paysage pictural dans toute sa diversité.
Puis, il y a ce fameux nom de Ammar Farhat (avec tous ses symboles) qu’on a gravé sur du marbre à l’entrée de la galerie. Un pan de notre mémoire qu’on doit préserver et garder jalousement les lettres de sa noblesse.
Enfin, et surtout à ne pas oublier ce petit bout de femme qui a fait les Beaux-Arts, Aïcha — fille d’un monstre sacré de l’art en Tunisie, Abdelaziz Gorgi ou Si Abdelaziz tout court, comme on aime tendrement le nommer dans les cercles de proches, amis et artistes de ses cadets —, qui essaie de faire de son mieux dans le boulot qu’elle a choisi. Son univers de passions.
Rien qu’en pensant à la notoriété de son père — on l’a déjà dit —, qui l’a nourrie de son art, et bercée dans le giron de la créativité, elle ne peut se permettre de nous fourrer du n’importe quoi. Ici, il n’y a pas de place ni au superficiel ni aux croûtes.
Madame se trouve donc tout naturellement emportée par cette obligation de veiller sur le legs paternel et de le garder indemne de toute écorchure des temps modernes frappés par la médiocrité. Et la carte de la réputation est en jeu et loin d’être un jeu dans son espace.

Une toile filante
Depuis Ramadan et encore jusqu’au mois de décembre, l’espace Ammar Farhat abrite les travaux de Christelle Labourgade, une étoile qui scintille au-delà des nuits.
L’exposition est une petite merveille et on ferme les yeux sur les prix qu’on colle sur ces tableaux de grandes dimensions. Car devant la valeur de ces toiles, tout s’estompe.
Chaque toile nous fait oublier, au fil de notre parade, l’autre. Celle d’avant. Et nous revenons avec bonheur vers l’une et l’autre pour revoir et encore revoir pour mieux lécher du regard «la beauté saisie au vol, retenue d’un geste, suspendue à l’énigme d’un regard ou à l’attente d’une rencontre», raconte l’artiste qui a habillé ses toiles de son talent et leur a donné des couleurs et des... profondeurs.
Des toiles offertes, ouvertes à elle pour qu’elle les peuple avec qui elle veut. Des êtres qui inspirent la douceur. Mais aussi l’effacement. Des êtres livrés à seulement eux-mêmes et qui se moquent éperdument du monde extérieur. Et c’est de leur choix.
Autour de ces êtres coffrés dans leur gouffre du jour, il y a un petit fil, une sorte de lueur de soleil qui frappe la toile avec du rêve, le temps d’un soupir, d’une sieste, d’une attente, d’une pause ou une pose... Peut-être à partir d’une de ces portes qui s’ouvrent, se ferment et qui renferment... va surgir un ange doublé de son fantôme ou un trésor...
Et dès le seuil de chaque passage, on peut s’y attendre à tout et toute sorte d’ombre peut se profiler à tout moment.
Une ombre qui nous drape au moment où on se croise, on se quitte et dès le point d’intersection. Un point, un regard, une lumière qui égaie le passé pour ne pas dire adieu à la mémoire.
En diptyque, en triptyque ou autre, la toile nous trempe dans la sueur et nous prend par la chaleur des couleurs.
L’orange revient souvent et fait frémir, transpirer sur d’autres tons gavés de violet et bavant sur un tendre ocre déroutant par l’intensité de l’ombre.
Ça tourmente et nous fait penser (ou pencher) sur la terre, la terre de nos ancêtres qui nous aspire vers l’infini..., qu’on ignore. Puis la complexité des couleurs de nous projeter vers l’ailleurs. Ces couleurs qui brûlent d’un côté sont les mêmes qui nous rassurent d’un autre côté à travers des lumières qui arrivent fragiles, timides pour esquisser des êtres assis, debout ou qui trottent avec le temps. Le temps d’un songe qui ne prend pas de fin. Cette Christelle Labourgade broie tout sur son chemin et n’a pas de temps à perdre et n’a pas pris la peine pour trouver des noms qui correspondent à ses huiles. Elle a laissé le champ ouvert à toute appellation, à toute identité, à tout commentaire. Des toiles «sans titre» avec des lumières qui cajolent les ombres et le tréfonds des êtres.
Ce n’est pas le cas des pastels, ici, Christelle Labourgade a préféré leur fixer une identité. Celle de la solitude qui rase les murs et ses dessous.
Avant qu’on démonte le tout, une visite à la Galerie Ammar Farhat s’impose pour les curieux et fins connaisseurs. C’est une occasion pour découvrir l’art dans sa splendeur. Le vrai!

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com