Emna Guesmi Haj Kacem : L’hirondelle qui fait le printemps





Elle a choisi d’orchestrer sa chorégraphie florale au club culturel Tahar Haddad dans la Médina et d’encenser le lieu depuis le 20 novembre et jusqu’au 5 décembre.

Dès l’entrée du club, on est frappé par ce petit souffle de magie qui a chassé un brin de la grisaille automnale qui moutonne sous les arcades en pierres où sont accrochés 24 tableaux qu’on ne classe ni dans la peinture, ni dans la sculpture. Ni dans le verre soufflé ni dans la gravure ou autres compositions florales dans des pots et des vases et une belle mise en scène avec, non plus.
Mais on le range avec bonheur dans un jardin d’une nature semi-morte à base de quelques pétales, feuilles, épis et épines associés à des tiges et graines avec en considération l’arrière fond et le vide.
Le tout agencé et collé selon le délire artistique de madame et son imaginaire fou. Une dame qui, de nature, aime prendre soin de cette matière si fragile, si belle mais aussi si éphémère.
C’est au fil de son errance dans le plein air que Emna la douce, butine, ici et là tout ce qui lui tombe de plus saisissant sous la pupille. Et c’est tout d’abord sa première matière grise.
Dans cette brousse de nature généreuse, Emna Guesmi Haj Kacem ramasse et amasse, puis trie et caresse avant qu’elle ne protège et écume tous ses petits plaisirs qu’elle préserve entre les plis de journaux.
Avec le temps, il y a ceux qui s'évanouissent et d’autres qui périssent. Mais une toute petite minorité prend des couleurs. Puis c’est le début du commencement d’une autre vie qui profile pour le plaisir des yeux. Et qui bourgeonne en finesse. En délicatesse ... Puis le résultat est là. On est de temps à autre projeté dans la pulpe de l’art asiatique ciselé avec amour et poésie sur un noir de velours où madame a broché en fil doré des fines fleurs. Qui refusent d’être fânées.
Dans le silence de l’inspiration, de la méditation, de l’acte de la création, Emna Guesmi Haj Kacem saisit au vol, avec ses doigts effilés quelques plumes, quelques duvets de ces composantes en cour de disparition et crée ou re-crée son monde. Puis, fièrement, elle s’y plaît. Elle passe sa touche et met de la dentelle et de l’ordre dans le mariage, l’alliage des formes et des couleurs. Au final, elle passe et repasse pour croiser les uns et les autres et insuffler dans le vide et les creux sa poésie, sa mélodie d’amour. Bref sa symphonie qui danse, qui danse royalement sur une scène vide, faite pour elle, par elle.
Rien ne nous étonne de cette dame qui a le bon souffle et qui a accompli sagement sa mission de maman après avoir mis sur le droit chemin ses enfants.
Cette “mère poule” a fini - et c’est légitime - de tendre ses ailes sur sa petite personne et de se consacrer totalement à son art, à sa passion ou plutôt à ses passions. Car madame est une touche-à-tout et se multiplie au gré du mouvement.

Au ciel de ma vie
Outre son travail de librairie du côté d’El Menzah, elle jardine et cultive dans le champ d’art et du savoir et ne perd pas son temps à ne rien faire. Une boulimique dans la matière, dit-on d’elle. Elle bouge, elle bouge beaucoup.
Et c’est dans les cercles de la créativité qu’elle passe le plus clair de son temps et elle s’épanouit à volonté au rythme d’un concert, d’une récital, d’une rencontre littéraire, d’un clin d’œil de photographies, d’un pas sur les tréteaux ou d’un flash de projection. Sans jamais, bien-sûr, tourner le dos aux galeries d’art qu’elle affectionne tant - Là où elle va, elle connaît tout le monde et tout le monde la connaît. Loin de la frivolité, elle salue et remercie tous ceux qui sont sur son passage. Et si elle n’est pas reconnaissante, elle est du moins courtoise.
Pas loin de son Eden de livres et cahiers, de ses fleurs et bloc-notes elle écrit et décrit. Son ouvrage, Point de vue, une série de nouvelles, est paru dans les imprimeries réunies de Cérès, en mars 2004.
Auparavant, dans les années 1990, elle a participé dans pas mal de concours de francophonie à l’étranger, ayant trait avec le roman et la poésie.
En 1996, elle était à Marseille, représentant le Crédif et sous l’égide de l’Unesco dans le Forum francophone, et elle n’est pas rentrée les mains vides. Puisque, dans sa trousse de voyage il y a un prix et dans la tête, résonnent encore les félicitations.
Entre le tumulte de cette foule de passions, madame trouve toujours du temps. Et elle comble tous les vides.
Un saut ou deux par semaine à la Médiathèque de l’avenue de Paris.
Pourquoi faire ? Réponse de cette rare hirondelle : “Mais ça fait une année que je fréquente les ateliers d’écriture qu’animent le romancier Aly Bécheur et les deux Marianne, Catzarras et Auricoste”. Aujourd’hui, Emna est une femme comblée. Et elle l’affiche si bien. Elle le vaut ... aussi bien...

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com