M’Hemed M’Timet : Esprit du Sud, manifeste-toi !





C’est à l’espace Caliga d’El Menzah VI que M’Hemed M’Timet, artiste-peintre et dieu du fil et de la trame a débarqué depuis le 18 novembre et jusqu’au 7 décembre, avec ses aquarelles, ses huiles sur toile, ses encres de Chine et bien évidemment ses tapisseries et ses fantastiques trouvailles... pour nous dérouler toute une mémoire.

Comme d’habitude, il nous est quasiment impossible de nous retenir et de ne pas aller voir ce que nous présente M’Hemed M’Timet. Et là où il va, on le suit. On suit l’ombre du maître. Tous ses élèves, et notamment ceux de la Rue de Nabeul, s’enorgueillissent à chaque fois que «monsieur» met sa touche et son nœud, et cire ses diverses toiles qui peuvent être en huile, en aquarelle ou en laine, tatouées de motifs berbères et autres formes et couleurs de contraste heureux, qui se côtoient, qui se tutoient et qui sont tirées du tréfonds de la mémoire, du ventre du Sud tunisien avec toute sa broussaille d’art et de culture, ses palmiers de nature hautaine et ses oasis qui irriguent le talent de nos poètes. Sans parler de désert et ses plis de dunes et de résistance. La résistance d’un cactus, toujours vert.
C’est ainsi que M’Timet a construit sa pyramide artistique, pierre par pierre et brique par brique.
Dans son exposition d’El Menzah — venue trois ans après celle qui a eu lieu à la galerie d’Art Essaâdi —, M’Timet n’a pas touché à une étincelle de son aura. Toujours égal à lui-même, habité par une fibre rare et fidèle à ses amours d’antan tout en étant tourné vers les vents de la créativité continue. Ici, une caravane d’idées qui surgit et jaillit de sa bonne mémoire esquissant au vol une ambiance festive et tous les accessoires avec, et se reposant sur une nature morte tout en guettant sous la tente les murmures du passé-présent. Les uns nous parviennent de par ses dunes dorées et les autres, nous sont projetés à travers le bruissement des palmes verdâtres qui flirtent avec le bleu d’un ciel. D’autres aussi, saccadent l’étendue du silence. Ceux d’un trot furtif, d’un galop qui marque son élan et qui se disperse au rythme du souffle. Tout est émotion, tout est danse, tout est fête.
Avec des couleurs d’une région qui bave au-delà de son cadre de beauté, impossible de la contenir..., de la confisquer...
Quarante-sept œuvres qui racontent la joie et la colère, les discussions et les chuchotements du temps et de l’espace avec ses inspirations et ses lumières, et bien-sûr, ses hommes et ses femmes. Qui peuplent les tableaux aux couleurs tièdes, chaudes, acides ou vives. Des couleurs qui auréolent les maisons et qui volent au-dessus des marchés. Des espaces bourrés d’intimité... pudique. D’autres fourrés de délices, d’épices et de caprices. Du rouge piment, du jaune potiron, du vert marabout... Puis notre artiste de soulever un coin du voile et de nous donner à voir, à apprécier les habits traditionnels qui se colorent et se décolorent, qui se froissent et défroissent, qui se froncent et défroncent pour dérouler la mémoire et défricher ses chapitres d’orgueil.
La morale de cette facture chez M’Timet, c’est de rendre hommage à des femmes et des hommes. Surtout les femmes qui ont dans son cœur une place royale.
Sans oublier le cheval qui revient en solo ou en groupe dans plusieurs de ses travaux.
Outre la maîtrise technique dans le tissage, dans la peinture et dans l’habillage que le peintre au fil des ans ne cesse de raviver, il y a cette force qui écrase et qui attendrit à la fois. Chaque point, chaque signe, chaque trait aigu ou cambré pris par le coup d’un crayon, d’un pinceau ou caressé par la vague d’une coulée de peinture nous dit grandement du travail de cet orfèvre. Puis il y a les thèmes — qui a priori n’ont rien d’étonnant tellement pris et repris... et consommés jusqu’au gavage —, ils ont quelque chose de différent qui nous saisit de par l’intensité de lumière ou son crépuscule. M’Timet en a le secret de ses fils et trames et il ne nous lâche pas avec ses petits et grands bonheurs. Ceux qui possèdent chez eux un M’Timet peuvent en témoigner... de la saisie.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com