Sefika Kutluer : La flûte enchantée





Là où les Turcs mettent leurs pieds, ils laissent, par leur talent, leurs marques. Encore une fois, un concert de grand succès et de grande marque que les Tunisiens ne vont pas de sitôt oublier.

Et oui et là-dessus nous n’avons aucun doute. D’ailleurs nous avons pas mal de bons témoignages sur ces Turcs. Comme il y a trois ans quand la troupe étatique des Janissaires s’est produite au festival de la Médina. Comme aussi le concert de l’enfant de Urfa, Halil Karaduman au qanûn et son trio, qui ont donné libre cours à leur talent lors du premier festival de musique traditionnelle Mûsîqât qui s’est déroulé au Palais Ennejma Ezzahra - Sidi Bou Saïd du 5 au 15 octobre 2006. Et les exemples ne manquent pas. Les Tunisiens en parlent encore et avec enthousiasme.
Sefika Kutluer n’a pas fait avant-hier soir entorse à cette noble réputation. Elle aussi nous a laissés subjugués. C’était à l’Acropolium de Carthage lors du 12ème Octobre musical et devant bon nombre de mélomanes des plus exigeants.
L’enfant de Ankara était au sommet de son art et, avec sa flûte, la reine de mercredi dernier. La cinquantaine élégante, Sefika (ou Chafika de chez nous) était debout, avec sa taille élancée, ses cheveux longs lâchés sur ses épaules et toute de noir lamé vêtue. Madame n’était pas bien sûr toute seule pour son premier récital tunisien. Avec sa compagne de sentier artistique, la guitariste bulgare Stela Dinkova, notre belle brune turque nous a rehaussés d’un programme à sa hauteur et de la trempe des grands de la musique classique. Un peu par-ci, un peu par-là et on a eu droit à une petite suite médiévale de F. Paul Demillac et une autre du Turc Ekrem Zeki (Au tombeau de Younès) et quelques autres airs de lamentation et de plaintes chantant l’amour et la séparation, la flamme et l’ardeur qui déchirent les cœurs et les voiles. Mais aussi d’autres accents plus jubilatoires. Comme la Fantaisie pastorale hongroise de Doppler, l’Histoire du Tango de Piazzola, B. moll suite de Bach ou encore le Carnaval de Venise de Pierre Agricola Genin et la Sonate en A.K. 331 de Mozart dans cette fameuse Marche turque qui ont fasciné le public de l’Octobre musical, vissé sur son siège près de deux heures, écoutant dans un silence religieux les envolées d’une flûte bien «apprivoisée» et accordée sur tous les modes.
C’était comme dans un rêve où il y a de la douceur, de la poésie, de la mélodie, du sobre, de l’élégant et du professionnalisme au-dessus de tout commentaire. Sans commentaire sur cette femme bourrée de talent. Bourrée aussi de prix. Classée en 1998 dans la catégorie «Artiste d’Etat», Sefika a reçu les plus hautes distinctions dans sa Turquie natale et ailleurs. Ailleurs, dans de nombreux festivals et concours internationaux. Ailleurs aussi où elle a donné des cours de maître, notamment en Italie, Autriche, Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Belgique, Etats-Unis, Singapour, Israël, Slovaquie, Russie, Ukraine, Lituanie, Macédoine, Croatie, Chypre et la liste est très longue.
Encore longue et rien n’est étonnant de cette dame qui n’affectionne que la flûte et seulement la flûte. Ayant aussi l’honneur de se produire au palais d’Espagne en présence du couple royal, à Tokyo sous les auspices du prince Mikasa...
Entre Sefika et sa flûte une longue histoire d’amour et de passion. Ce qui explique le grand succès de madame là où elle va. Nous avons eu à l’Acropolium un échantillon de son art qui en dit long... sur... son talent illimité. Nous remercions l’Octobre musical et l’ambassade turque pour ce précieux choix et bravo l’artiste.

Zohra ABID


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Un brin d’art à l’Allemande

Le duo Detlef Bensmann (saxophone) et Michael Rische (piano) vont élire domicile ce soir à la Cathédrale de Carthage. Près de deux heures et quelques barres de talent.
A chacun son instrument et à chacun sa formation. Mais tous deux se rencontrent et cumulent les succès et avec une rare complicité, notamment quand ils œuvrent en solo ou en duo sur les compositions de leur autre aîné, l’Allemand Erwin Schulhoff (1894 - 1942). Il leur arrive aussi de présenter leur propre travail. Un travail souvent bien accueilli par la critique de par leurs pérégrinations artistiques, soit dans la Havane de toutes les mélodies ou ailleurs pour notre saxophoniste (et contrebassiste), soit sur les grandes scènes du monde avec notamment l’Orchestre de Staatskapelle Berlin, l’Orchestre national de Belgique, le Deutsches Symphonic Orchester Berlin et le BBC Symphony Orchestra London, pour ne citer que ces noms de grande noblesse pour le pianiste Rische. Avec au programme, certainement quelques airs jazzy et d’autres tirés d’une discographie résonnante et rayonnante. Comme «Piano Music of the 20s» (2006), «Best of Classics Bolero de Ravel» (2004 et les «Klavierkonzerte der 1920er» «I» (2002) et «II» (2003). Le public de l’Octobre musical aura tout le bonheur de découvrir une Allemagne musicale et surtout la page des années 1920, richement rythmée et généreusement concoctée de tous les airs de la mélodie de l’Outre Rhin. Une version à ne pas rater... Pour les fins connaisseurs...

Z.A.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com