Rosa Torres Pardo : De la pure «musica española»





Rosa Torres Pardo incarne en elle tout le bien ancestral de son pays musical…
Et elle a gratifié le public du 12 octobre musical, venu avant-hier soir en assez grand nombre à l’Acropolium de Carthage, d’une Iberia éternelle…
Madame a tout d’une grande. D’ailleurs, il faut vraiment la voir jouer (pas à la marelle ou à la corde bien sûr). Quand tout naturellement elle se met à tripoter le clavier de son piano, elle a une de ces façons… de s’asseoir toute droite sur son siège… qui en dit long sur sa personnalité, sur son talent, sa fierté et sur son professionnalisme… Sa mission, elle l’honore et l’accomplit inflexiblement. Devant elle un programme bien tracé avec des Evocation, El Puerto, Corpus Christi en Sevilla, Rondeña, Almería et autre Triana et toute l’essence artistique de Isaâc Albeniz qui, après l’étouffement par l’école italienne en vogue, a redoré le blason musical de son pays, son Espagne natale de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème. Avec lui, c’était l’envolée. Ou plutôt le renouveau. Il y a eu l’art lyrique et le bel canto, les petites comédies musicales -les zarzuelas- et autres chants et folklores du terroir tout en s’ouvrant sur ce qui se passe d’académique dans la France voisine avec Debussy et Ravel… C’est ça donc le renouveau en Espagne, né avec cet Albeniz. C’est exactement ce qu’on a entendu avant-hier soir avec Rosa Torres Pardo, une héritière de ce pianiste virtuose et compositeur de son pays. Elle était fidèle à lui jusqu’à la moelle et elle n’a ébréché même pas d’un iota de sa fameuse Iberia, ce recueil pour piano en quatre cahiers qu’il a créé vers le crépuscule de sa vie entre 1906 et 1909. L’œuvre a été grandement saluée par Debussy. Et il y a de quoi. Beaucoup de raffinement sans toutefois tourner le dos aux arts populaires. Résultat: de la noblesse, de la puissance, de la richesse… bref du grand art et Rosa Torres Pardo l’a repris un peu beaucoup dignement. Car c’était à la lettre et à un ut près. Donc un peu trop. Même s’il s’agissait d’un hommage à ce monstre sacré de la musique d’Espagne de la régence de Marie-Christine et un peu avant le règne d’Alphonse XIII, très troublé.
Il a donc fallu attendre jusqu’à la fin du concert carthaginois pour mieux voir notre artiste démontrer son propre génie quand elle a offert à son public tunisien qu’elle rencontre pour la première fois, un peu de son âme, un peu de son être. Le vrai. C’était avec un tango (hors programme). Puis, un autre morceau léger et jubilatoire qui nous a donné une autre idée sur cette artiste qui joue juste. Et sans trop franchir les règles de ses aînés et maîtres. Avec une pensée à Isabelle de l’Instituto Cervantes à Tunis à l’occasion de son anniversaire. Et là, Rosa s’est éclatée et a donné libre cours à son propre talent qu’elle tire de l’expérience des autres et le teinte à sa manière. C’est elle qui a remarqué: “Le grand effort technique que signifie faire face aux pentagrammes de “Iberia” et la particulière émotion de se produire dans des lieux si significatifs dans la vie du compositeur, comme Camprodôn (Gerona) son lieu de naissance…” lit-on dans l’invitation. Mais lit-on aussi dans les déclarations de Rosa: “J’ai voulu découvrir le cœur d’Iberia pour pouvoir y placer le mien”. Madame avait donc raison d’aller jusqu’à la source, boire et savourer directement de la sève… Puis de se faire (et nous faire) plaisir avec son propre talent, à la fois noble et épanouissant… et pas étranger de ses racines.

Zohra ABID

Suite Iberia, cent ans après
En collaboration avec l’Ambassade d’Espagne à Tunis et l’Institut Supérieur de Musique (ISM) et dans le cadre de l’Octobre musical, l’Institut Cervantes a organisé une conférence avant-hier à l’ISM. Devant un parterre d’étudiants, le musicologue Jacinto Torres Mulas a passé en revue les circonstances de la naissance du recueil Iberia qu’a écrit Albeniz il y a cent ans et qui fait encore la référence musicale dans le pays de Cervantes. Le musicologue et académicien, spécialiste de l’œuvre de Albeniz, a répondu à plusieurs interventions critiquant la métamorphose intelligente de l’état musical de la péninsule et de ses aspects les plus significatifs.

Z.A.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com