Touaregs au XXIème siècle : Chronique d’une communauté en mutation





Qui sont les Touaregs? Quelles sont les mutations et les nouvelles configurations identitaires auxquelles fait face cette communication? A ces questions, Hélène Claudot Haward, directrice de recherche au CNRS a tenté de répondre lors d’une conférence donnée jeudi à la Médiathèque Charles De Gaulle de Tunis.
“Touaregs au XXIème siècle”, tel était le thème de cette conférence qui entre dans le cadre des festivités marquant la célébration de l’année Internationale du Désert et de la Désertification. Cette célébration a été marquée par un cycle de rencontres scientifiques et culturelles dont les dernières sont celles qui viennent d’avoir lieu à Tunis et à Sfax du 19 au 28 octobre. C’est d’ailleurs dans le cadre de ces festivités que Hélène Claudot Haward, partant de la vision et du Regard d’Edmond Bernus, un spécialiste des Touaregs, a voulu expliciter les mutations et les défis auxquels fait face cette communauté du désert, à l’orée du XXIème siècle.
La directrice de recherche au CNRS de l’Université de Provence Aix-Marseille I a braqué pleins feux sur les transformation qu’a subies cette communauté, lesquelles ont été marquées par des ruptures, des continuités et les nouvelles configurations identitaires. La chercheuse française a tenté d’expliciter l’évolution socio-anthropologique en s’attardant sur les us et coutumes de ce peuple du désert. Parmi les sujets-phares abordés par Hélène Claudot Haward figure l’intimité des rapports entre l’homme et la nature.Le Touaregs, selon la chercheuse, ont toujours eu un rapport étroit avec le cheptel et la nature. Le troupeau était conçu comme une richesse qui unit l’homme à la nature, un moyen de conquérir le désert grâce à une forme de transhumance à travers cette grande étendue. D’ailleurs, cette pratique existant depuis la nuit des temps a fait des Touaregs, une communauté où le mode d’action de l’individu serait de construire un ensemble de réseaux. Ainsi, l’organisation politique dans cette société est axée sur le tissage de vastes réseaux articulés entre eux de façon multiple.
Ces réseaux ont permis et permettent encore aux Touaregs leur être collectif par rapport aux autres et de se concevoir, par la même, comme un corps qui a plusieurs membres.
Il y a lieu de noter que ce mode de vie et cette tendance à instaurer une culture de mobilité ont été frappés de plein fouet par les mutations socio-économiques contemporaines et surtout par la colonisation. Les années de l’indépendance ont aussi donné lieu à de nouveaux tracés des frontières.
La population touarègue qui est estimée à 3 millions d’âmes, s’est trouvée aux confins de cinq Etats, à savoir l’Algérie, le Mali, le Niger, le Burkina-Faso et la Libye.
La mobilité et la transhumance qui se sont trouvées réduites par les nouvelles frontières entre ces Etats, se sont aussi détériorées avec les années de sécheresse. Les Touaregs, qui n’avaient pas accès aux services élémentaires de base, se sont trouvés, d’autre part, marginalisés au sein des Etats nouvellement indépendants. D’ailleurs, pour parer à cette situation, un projet de lutte armée est né à partir de 1975. Pour permettre aux Touaregs de faire face à la nouvelle situation socio-économique, des projets de développement ont été engagés dans les zones Touaregs.
Mais les Touaregs continuent à faire face à une nouvelle configuration identitaire. Faisant encore l’objet de préjugés qui font d’elle une société, hors du temps, la communauté touaregue traverse un malaise sans précédent.
Elle fait face à un exil massif de ses membres dont certains ne cessent de se dissoudre dans d’autres communautés “Haoussa”, “Peulhs” ou “Bambara”. Comme les autres sociétés, le rêve occidental, l’immigration guettent aussi les Touaregs qui ont difficilement accès à la modernité.

Ousmane WAGUE


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com