Exposition scientifique : Les Touaregs du Niger vus par Edmond Bernus





A l’instar des autres communautés du Sahara et du désert, le mode de vie des Touaregs intrigue. Une exposition photo qui vient de se tenir du 19 au 28 octobre à l’Espace d’exposition Carnot sis à la Médiathèque Charles-de-Gaulle a tenté de lever le voile sur les mystères du mode de vie de cette communauté en proie aux aléas de notre temps.
En réalité, cette exposition a tenté de revivifier le regard d’Edmond Bernus, ancien directeur de recherche émérite de l’Institut de Recherche sur le Développement (ex ORSTOM) qui nous a quittés en 2004 et qui reste l’un des meilleurs spécialistes de ce peuple. D’ailleurs, cette exposition qui a pour thème: «Les Touaregs du Niger, le regard d’Edmond Bernus», s’est évertuée à étaler avec une certaine clarté la vision particulièrement succincte de ce spécialiste des Touaregs. De la manière d’effectuer la transhumance, en passant par la mobilité des campements, au rapport qu’entretiennent les éleveurs avec les animaux ainsi qu’aux cérémonies de mariage, de circoncision, entre autres, tous ces rituels liés à la vie quotidienne des Touaregs ont été mis en exergue à travers trente quatre tableaux concoctés sur la base des photographies d’Edmond Bernus axées sur une partie de la communauté Touaregs à savoir celle vivant au Niger. De différents formats, ces photographies, tantôt en noir et blanc, tantôt en couleur, restituent le paysage des Touaregs à travers une vision fidèle à la mémoire et au mode de vie d’antan de ce peuple et les mutations qu’il a subies. On peut contempler dans ces œuvres la vie d’un peuple touareg attaché à son milieu, à ses coutumes, ses traditions et ses us, tout en tentant de s’adapter aux aléas de la nature et à ses péripéties. Cette vision photographique pure donne, au-delà des clichés artistiques, un aperçu exhaustif sur ce peuple. D’ailleurs, on peut affirmer sans aucun risque de se tromper que les œuvres d’Edmond Bernus apparaissent comme un témoignage percutant et poignant sur une palette de la vie d’antan des Touaregs ainsi que sur les mutations et les défis d’intégration à la modernité auxquels ils font face. Car même avec les mutations qu’ont subies certains campements dans les provinces du «Laire» et de «Lazwad» du nord du Niger, qui ont légèrement changé, les Touaregs continuent à mener la même vie qu’il y a un siècle, si l’on en croit les légendes de certaines des photos. Il est vrai qu’à l’instar des communautés considérées comme «décalées par rapport à notre temps», certains éléments de modernité guettent ce peuple, mais en réalité les Touaregs ont difficilement accès aux grandes réalisations de développement dans leurs provinces respectives. C’est, en réalité, l’idée à laquelle Edmond Bernus a tenté de donner corps et âme à travers un fonds unique composé de 6000 documents - articles et photos compris - auquel ce spécialiste des Touaregs a participé humblement à sa collecte.

* Une histoire d’amour
La rencontre d’Edmond Bernus avec le peuple touareg remonte à 1950 au cours d’une enquête sur les jeunes immigrés d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Mais il aura fallu attendre 1962 pour que le géographe commence ses recherches sur cette communauté en participant à un inventaire sur les peuples du Niger. Plus tard, et à la suite d’une autre recherche sur la vocation pastorale de ce groupe et sur son intégration, il est arrivé à lever le voile sur l’univers des Touaregs dans ses infimes détails et au-delà même du champ de la géographie humaine. Son souci constant de transmettre son savoir aux autres fait qu’il a édité des livres destinés au grand public mais également des courts métrages et a collaboré avec les plus grands photographes. Lui-même photographe amateur, mais passionné, il concevait la photographie comme un outil de travail aussi utile que le carnet de terrain ou le magnétophone. Selon lui, cet outil s’affirme comme un véritable moyen d’expression d’où émane une certaine affection pour un peuple bien déterminé. Et les œuvres de cette exposition qui lui a été dédiée sont une façon de dépoussiérer sa vision et une partie de ses œuvres. Les trente-quatre photographies exposées à l’espace Carnot ont tenté donc de ressusciter le sens et la signification de cette vision à travers un commentaire scientifique accompagnant ces tableaux, lequel est tiré des écrits d’Edmond Bernus. A noter que cette exposition entre dans le cadre des festivités marquant la célébration de l’Année Internationale du Désert et de la Désertification par l’Institut Français de coopération (IFC) et la Médiathèque Charles de Gaulle, lesquelles rendent à leur manière un hommage aux figures de proue du monde de la recherche sur les communautés de cette vaste étendue et dont Edmond Bernus est un pionnier incontournable.

Ousmane WAGUÉ




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com