Les jeunes et l’occultisme : Ils y croient un peu, beaucoup, pas du tout





La magie, la sorcellerie et la superstition relèvent du domaine de l’occultisme. Croire en l’existence de forces invisibles, que la malchance poursuivra la personne devant laquelle passe un chat noir ou qu'un malheur atteindra celui qui passe sous une échelle, sont des exemples de superstitions très courantes. A priori ce sont les personnes limitées d’esprit qui croient le plus à ce genre de choses. Mais à voir le nombre de ceux qui hantent les cabinets des voyants et autres astrologues, et qui croient dur comme fer aux présages et qui portent les amulettes, il y a de quoi se poser des questions. Les jeunes sont-ils superstitieux ? Croient-ils à la magie et aux mauvais esprits ? Témoignages.

Tunis - Le Quotidien
En général, les pratiques et les croyances superstitieuses sont plus fréquentes dans les situations de risque élevé, de hasard et d'incertitude. C’est en période de stress ou de crise ou lorsque les événements échappent au contrôle de l’être humain que l’on devient enclin à croire aux choses occultes. L’être humain sent un besoin urgent d’expliquer certains phénomène bizarres ou encore de trouver réponse à ses défaites et ses échecs. Il a besoin d’exorciser ses craintes, quitte en cela à jeter son dévolu sur le domaine surnaturel et l’occulte. Croire qu’on lui a jeté un mauvais sort ou qu’il a été victime d’une œuvre maléfique est une manière de fuir ses problèmes. Cependant, définir ce qui relève ou non de la superstition est un problème relatif. Les personnes dites superstitieuses sont celles qui sont censées croire en un ensemble de pratiques reposant sur l'idée qu'il existe des puissances cachées pouvant susciter un malheur ou attirer le bien d’une personne. Il peut également s’adonner à ce genre de pratiques et de croyances, juste pour trouver une issue à un problème qui ne cesse de se compliquer. C’est ainsi d’ailleurs que la divination, l’invocation des esprits, l'astrologie, les envoûtements, ou l'utilisation des amulettes, etc. ont survécu jusqu'à présent. Dans certaines mentalités peu évoluées, presque tous les domaines sont concernés par les croyances et les pratiques magiques et occultes, notamment le traitement des malades. Les porte-bonheur, sont souvent utilisés pour éviter les mauvais esprits, pour porter chance et pour faire face aux mauvais esprits et aux démons.
Assia, 21 ans étudiante en biologie, dit ne pas être du tout superstitieuse. En revanche, la jeune fille croit en l’existence de la sorcellerie. «On ne peut pas inscrire la superstition et la sorcellerie dans le même registre. Je suis croyante, la religion islamique considère la superstition comme un pêché et le coran nous incite à ne pas y croire. Les porte-bonheur et les porte-malheur relèvent du domaine de l’utopie. Par contre, à noter que le Prophète lui-même a été victime d’œuvres maléfiques de la part de charlatans juifs. C’est de l’Histoire et cela est inscrit noir sur blanc dans le Livre Saint, donc j’y crois les yeux fermés. Croire que la sorcellerie existe n’a donc rien à voir avec la superstition, cela relève de notre religion. Toutefois, étant croyante, j’estime aussi que rien ne peut avoir lieu si ce n’est la volonté de Dieu. Notre religion nous prescrit “l’antidote“ de la magie. Si quelqu’un a été victime d’un mauvais sort, c’est qu’il a dû manquer à ses devoirs religieux. Il suffit de lire trois sourates du coran quotidiennement et plus rien ne peut nous arriver. Et même si on a oublié de le faire, on peut toujours se guérir avec le coran», dit-elle.
Sondès, 26 ans technicienne supérieure en informatique, raisonne de la même manière. La jeune fille pense que la superstition est un cercle vicieux et dangereux qui peut nous empoisonner la vie. «Celui qui croit à ces charabias, se compliquera vraiment l’existence. Tout ce qui peut arriver comme bien ou comme mal est l’œuvre de Dieu et personne ne peut rien y changer. Ce n’est pas parce qu’on a croisé un chat noir ou qu’on a rencontré quelqu’un réputé être de mauvaise augure que cela va changer le cours des événements. C’est complètement insensé ! Je ne vais pas corrompre ma vie avec ces croyances aberrantes. En procédant de la sorte, je risque d’être hantée par l’idée qu’un malheur va se produire au point de le provoquer. Par contre je crois en l’existence de personnes vraiment mauvaises qui peuvent invoquer les esprits malsains et qui sont capables de me faire du mal. Pour y faire face, il suffit d’avoir la foi et de se protéger avec les versets coraniques : le remède que Dieu a prescrit au Prophète lorsqu’il a été victime de sorcellerie», explique-t-elle.
Ridha, 23 ans étudiant, ne croit ni à la puissance de la sorcellerie, ni à la légitimité des croyances superstitieuses. «Je pense que l’être humain est le seul maître de son sort. Bien qu’elles s’inscrivent dans un cadre religieux, les croyances occultes témoignent d’une grande faiblesse aussi bien de la personnalité que de la foi de l’homme. Je sais que le Prophète a été victime de sorcellerie mais Dieu nous donne la clé pour combattre ces pratiques démoniaques juste en invoquant quelques versets coraniques. Or ce que je juge carrément inadmissible, c’est de croire un seul instant que l'on peut par exemple blesser des ennemis en plantant des épingles dans leur effigie, en prononçant leur nom dans une formule magique ou en brûlant des cheveux ou rognures d'ongles leur appartenant… Ce sont les personnes crédules et limitées qui gobent ce genre de trucs. Un voyant ne peut pas posséder plus de dons que n’importe quel fin psychologue qui sait lire entre les lignes. Et les soi-disant guérisseurs n’ont pas à mon sens plus de pouvoir que quelqu’un qui a vraiment la foi et qui lit le Coran avec conviction et piété. Il suffit de croire en notre foi et en nos capacités. Tous ce que les esprits ont de différent de nous, c’est qu’ils sont invisibles et les personnes malsaines arrivent à nous nuire juste parce qu’elles travaillent en cachette et à notre insu. Il suffit donc de prévenir et de se protéger», dit-il.
Walid, 23 ans étudiant, ne veut même pas penser à ce genre de choses. Il estime que le meilleur moyen de vivre normalement est de lire le Coran et d’être pertinemment convaincu que le livre Saint peut nous procurer une certaine immunité. «Si le Coran dit que la magie existe, c’est que c’est vrai et ça ne se discute pas. Et si la chance et le sort sont aussi des notions évoquées dans le livre Saint, c’est que c’est aussi vrai. Mais si on va se corrompre la vie en pensant à cela, on ne va jamais pouvoir s’en sortir ! Je préfère ne pas trop me pencher sur la question, je ne crois pas aux personnes de bons ou de mauvais augures parce que c’est considéré comme un péché et je me protège contre tout imprévu avec le Coran et c’est tout. Pour moi, c’est une affaire close puisque je n’ai pas les connaissances qu’il faut pour expliquer ces phénomènes au-delà du réel», confie-t-il.

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com