Dialogue des civilisations : A Tunis, le monde intellectuel prône la réconciliation entre l’Orient et l’Occident





«La dimension civilisationnelle dans les relations internationales du XXIe siècle» est le thème d’un important symposium ouvert hier à l’hôtel «Le Palace» à Gammarth et qui a vu une participation massive de responsables politiques tunisiens et étrangers mais aussi d’intellectuels dont des hommes de théâtre, des cinéastes, des économistes et autres.

Dossier réalisé par Lotfi TOUATI

La séance d’ouverture a été marquée par un discours du Chef de l’Etat qui a constitué un document de référence pour l’assistance et dont la lecture a été donnée par M. Hamed Karoui premier vice-président du RCD.
Le Chef de l’Etat a lancé, à cet effet, un appel fort en faveur de l’instauration d’un partenariat effectif et actif entre les partis politiques et les composantes de la société civile, rappelant dans ce contexte que la civilisation est bien trop grande pour se limiter à une seule culture ou une seule religion.
L’intervention de M. Frederico Mayor, ancien directeur général de l’UNESCO et membre du Haut Comité d’alliance des civilisations auprès des Nations Unies, a été notable par la qualité de l’analyse et par la vision prospective des problèmes connexes au dialogue et à l’échange entre les peuples et les civilisations.
M. Mayor a parlé sans ambages des problèmes actuels qui se dressent en obstacle contre la compréhension mutuelle et l’échange entre les cultures et les peuples.
Le conférencier a beaucoup parlé de la nécessité d’instaurer la paix dans le monde pour bâtir un monde stable pour les générations futures. «Il faudrait pour cela a-t-il souligné en substance entreprendre une réforme en profondeur des Nations-Unies». Et d’ajouter: «Il faut chercher le chemin de la paix. Même si nous ne le trouvons pas, nous devons l’inventer. Quand la lune est obscure, il faut voir les étoiles qui symbolisent les valeurs de justice et d’égalité. Le symposium de Tunis a constitué une occasion de plus pour les politiciens et les intellectuels en provenance de plusieurs pays arabes, africains et occidentaux d’échanger leurs idées mais aussi afin de gérer en commun l’héritage commun à tous les peuples, basé sur l’esprit de solidarité, de justice et d’égalité».

* Mehdi Mbarech (Ancien ministre libyen de l’Enseignement supérieur, ancien ministre de la Culture et actuel S.G de l’Association Addawa Al Islamia) : «Eviter le dialogue des sourds»

«Tout dialogue exige des repères bien définis, autrement nous tombons dans le cercle vicieux du dialogue des sourds. Malheureusement, la seule référence mise en application aujourd’hui est celle de la loi du plus fort. Le dialogue doit prendre en considération toutes les composantes de la société civile. Sur le plan théorique, le dialogue est souvent évoqué mais sur le plan pratique, il est toujours le grand absent. Je crois qu’il est important de concrétiser davantage ce dialogue par l’organisation de rencontres entre toutes les composantes des sociétés dont les scientifiques, les hommes de lettres, les enseignants, les responsables politiques et autres. Il faut effectuer des pas concrets pour rassurer les gens et éviter de sombrer ainsi dans la théorie.
Les peuples sont aujourd’hui lassés et démoralisés de voir ce qui se passe en Irak et en Palestine. Les institutions politiques internationales favorisent l’intérêt des grandes puissances. Je voudrais noter cependant qu’une telle rencontre est importante et permet l’échange de points de vue et de positions sur tout ce qui intéresse notre monde. Je pense qu’un jour ou l’autre les divergences vont s’aplanir car en fin de compte le monde est basé sur les différences et les divergences».

* Pascal Affi N’guessan (Président du Front Populaire Ivoirien et ancien Premier ministre de la Côte d’Ivoire) : «Adopter une culture de respect mutuel»

«Il faut donner un nouvel élan au dialogue entre les civilisations pour changer la vision du monde. Il faut, pour ce faire, que les pays du Nord évitent d’afficher l’arrogance et le mépris vis-à-vis des autres civilisations. Il est important d’adopter une culture de respect mutuel basée sur la différence, l’esprit de tolérance et la solidarité. Les pays occidentaux ne peuvent et ne doivent pas vivre seuls dans le bien-être. Le séminaire constitue une excellente initiative qui permet l’échange d’idées entre plusieurs intellectuels de tous les continents. Je suis heureux d’enrichir le dialogue par une intervention personnelle».

* Abdallah Laâbidi (Consultant international tunisien) : «Définir les priorités»

«Il faut d’abord clarifier le concept du dialogue à l'intérieur des différentes communautés et définir les priorités qui doivent être mises en avant et défendues dans l’intérêt de l’humanité entière. Une fois la base conceptuelle trouvée et que les démarches commencent à produire leurs effets, il ne serait plus difficile de traiter les questions connexes. Je concluerais en reprenant une formule chère à Willy Brand, l’ancien Chancelier allemand prononcée pour rapprocher les deux Allemagne: «Il faut opérer le rapprochement pour le changement». J’entends par changement un mouvement des uns envers les autres dans le respect des valeurs chères à tous».

* Moncef Souissi (Homme de théâtre tunisien) : «Pour une révolution spirituelle»

«Nous devons travailler pour changer les mentalités aussi bien dans nos pays que chez les autres. L’homme doit se débarrasser de son refus de l’autre. Cela exige une révolution spirituelle quels que soient notre religion et notre pays. C’est ainsi que nous pouvons espérer voir la réduction des obstacles du dialogue loin des idées toutes faites. Je crois qu’il faut que chacun se mette de temps à autre à la place de l’autre pour essayer de le comprendre et saisir ses besoins et préoccupations. Ceci n’est en outre possible que si nous nous débarrassons des instincts de domination, d’hégémonie et de colonisation. Les hommes ont intérêt à se doter des valeurs universelles d’amour envers autrui quelles que soient son origine, sa couleur et sa religion».

* Thorsten Geissler (Ministre allemand de l’Intérieur et de l’Environnement de Lubeck) : «Il n’y a pas de conflit entre l’Islam et le monde chrétien»

«Pour consolider le dialogue entre les civilisations il faut qu’un pays s’engage à assurer la courroie de transmission entre les peuples et les civilisations. Je pense à la Tunisie qui dispose de capacités énormes pour rapprocher les peuples et résoudre les problèmes. La position stratégique de la Tunisie lui permet de jouer pleinement ce rôle. Par la solidarité nous sommes en mesure d’aplanir les difficultés et de résoudre beaucoup de problèmes. Je suis convaincu qu’il n’y a pas de conflit entre l’Islam et le monde chrétien. Le problème demeure évident à l’encontre de ceux qui refusent la liberté et la modernité».

* Yasuo Ogata (Membre de la Chambre des conseillers japonaise) : «Répandre les valeurs de compréhension mutuelle»

«Le dialogue est important entre les peuples de différentes civilisations. La compréhension mutuelle entre les peuples est primordiale. La Tunisie occupe dans ce contexte une place importante. Votre pays dispose d’une position qui lui permet de prendre des initiatives dans cette direction. Ce symposium constitue une louable initiative. Je pense qu’il est important dans ce contexte de faire de la solidarité une composante essentielle de ce dialogue. Ceci relève de la responsabilité des gouvernants mais aussi des gouvernés. Nous sommes tous responsables pour répandre ces valeurs de solidarité et de compréhension mutuelle».

* Karim Bakradouni (Président du parti des Phalanges et ancien ministre libanais) : «L’incontournable solidarité entre les peuples»

«La meilleure manière de relancer le dialogue des civilisations c’est de tracer un même objectif. Le dialogue seul sans objectif préalablement établi ne peut aboutir. Dans son discours d’aujourd’hui, le Président Ben Ali a mis l’accent sur le concept de solidarité. Je pense qu’il s’agit d’un point très important car les valeurs de solidarité doivent être universelles. La solidarité doit être perçue comme un objectif majeur à atteindre pour promouvoir les relations entre les peuples et éviter ainsi les chocs des civilisations».




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com