Mohamed Zran : «Donner une chance aux talents en herbe»





«Les Journées Cinématographiques de Carthage ont constitué depuis leur création et jusqu’aux années quatre vingt dix une fenêtre ouverte sur les talents et les cinémas arabe et africain. On a vu une vraie effervescence et des véritables débats entre les producteurs, les cinéastes, les distributeurs et tous les concernés de ce secteur artistique. On a vu défiler des grands noms qui ont marqué le mouvement cinématographique dans leurs pays. Malheureusement au lieu de se développer davantage ce festival connaît depuis quelques années un déclin progressif. Malgré la chute du mur de Berlin et la disparition des frontières en raison de la mondialisation, notre cinéma au lieu de s’ouvrir sur ce nouveau monde et sur ces nouvelles cinématographies s’est renfermé sur lui-même. Cela est dû à mon avis à un problème de gestion qui fait que cette manifestation n’a pas pu évoluer et tirer profit de cette ouverture internationale du marché pour mieux se positionner sur l’échiquier cinématographique international. Le déclin que connaissent les Journées Cinématographiques de Carthage s’est accompagné par l’évolution en parallèle d’autres petits festivals qui ont su créer l’évènement attirant les têtes d’affiche et projetant des films qui rejettent les clichés et qui présentent une autre vision du monde. La crise du cinéma tunisien a pour origine un manque de créativité. Malheureusement, bon nombre de cinéastes ne regardent pas la vie, ne s’inspirent pas des préoccupations et des soucis des gens…à mon avis, la clé de la réussite d’un film est la proximité ; les gens aiment voir des films qui racontent leur quotidien et qui reflètent leur image sans fards, sans mensonges. Si « Essaîda »ou « Le prince » ont plu au public et aux critiques, c’est parce que les gens se sont retrouvés dans ces histoires et dans le vécu de leurs personnages. Et si les grandes productions internationales réussissent c’est parce qu’elles ont misé sur cet aspect…On ne raconte pas des histoires qui ne sont pas les nôtres, qui sont étranges et qui n’ont pas une référence dans notre quotidien. Si on veut présenter un cinéma à succès, on doit nécessairement s’ouvrir sur les autres expériences et voir ce qui est en train de se produire autour de nous pour nourrir nos idées. Il faut tirer les conclusions pour pouvoir avancer. Du côté du ministère de la culture et de la sauvegarde du patrimoine, je pense que tout a été presque fait et ce sont les cinéastes qui doivent passer à l’action. Pour les Journées Cinématographiques de Carthage, je propose de former un bureau permanent et indépendant qui s’occupe de l’organisation de cet évènement et qui réunit les professionnels du secteur. Ces journées doivent avoir une structure administrative claire qui travaille en permanence et qui repère les films et les projets pour éviter les retards mais aussi pour assurer une bonne organisation et un bon encadrement des invités. Il faut que l’information passe entre les organisateurs, les invités et les médias et ce côté a été toujours été le maillon faible de cette manifestation. Pour cette nouvelle édition, j’espère que le comité d’organisation arrive à surpasser les lacunes des précédentes éditions et donner un nouveau souffle à ces journées et ce en aidant notamment les jeunes cinéastes tunisiens qui font leurs premiers pas à établir des contacts et à présenter leurs films. En un mot, il faut donner aux talents en herbe l’occasion d’exprimer leur idée et de concrétiser leurs projets».

Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com