Elyes Baccar : «Le cinéma tunisien a cruellement besoin d’être soutenu financièrement»





Quels sont principaux les problèmes auxquels fait face le secteur du cinéma en Tunisie ?
Le cinéma tunisien a perdu, à mon avis, son aura d’il y a dix ans. Il souffre du manque de laboratoires et surtout de vraies structures administratives. Le nombre des cinéastes a augmenté mais les subventions sont restées figées. Notre cinéma a cruellement besoin aujourd’hui d’être soutenu financièrement, matériellement et techniquement. Les cinéastes tunisiens ont plus que jamais besoin de caméras et surtout d’un matériel technique très performant, de laboratoires ainsi que de vrais hommes de culture qui écrivent des scénarios de qualité et des producteurs qui réalisent des films d’un langage cinématographique des plus succincts et des plus explicites. Ce sont à mon avis quelques unes des conditions pour donner à notre cinéma une image de marque respectable et faire en sorte que nos films et nos salles de cinéma drainent la foule.

D’aucuns parlent d’un fléau très inquiétant qui guette le cinéma tunisien, à savoir la fermeture inquiétante des salles de cinéma en raison du peu d’intérêt des cinéphiles. Comment éradiquer, selon vous, ce fléau ?
A mon avis, il faut que les lois qui protègent les salles de cinéma soient appliquées avec une certaine rigueur. Il n’y a pas de raisons que des salles de cinéma qui drainaient foule il y a seulement quelque temps soient transformées brusquement en magasins de vente de la fripe ou en boutiques de prêt-à-porter. Pour éradiquer ce fléau -qui est jusque là marginal- et éviter qu’il ne devienne une règle générale, les instances culturelles doivent agir pour protéger les salles de cinéma, en offrant à leur tenancier les moyens financiers, humains et matériels nécessaires leur permettant de maintenir leurs salles de cinéma au diapason des espaces de cinéma européens, américains et même ceux du monde arabe.

Certaines voix ne cessent de se lever en Tunisie contre le manque de production cinématographique. Comment surmonter selon vous cette insuffisance ?
Chaque année, il y a environ 70 projets de films de la catégorie de longs métrages qui sont présentés au ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine pour bénéficier des subventions accordées, mais on ne choisit pas plus d’une dizaine de films. De ces dix films, il n’y en a que huit qui sont généralement achevés par leurs réalisateurs et les deux autres prennent du retard. A mon avis, si les dix films subventionnés arrivent à être des réalisations de qualité, c’est déjà positif. Cela aurait pu combler la soif des cinéphiles en matière de production cinématographique. Mais reconnaissons-le, ce nombre n’est pas suffisant. Il faut accorder davantage de subventions et à tous les films tunisiens afin que tous les réalisateurs, toutes catégories confondues, puissent exprimer leur talent et proposer les meilleures réalisations. Cette approche peut aboutir à l’émergence de bons films qui combleront le vide en matière de production cinématographique de qualité.

Partant de tous les problèmes et de la situation actuelle du cinéma tunisien, quelles sont les solutions immédiates et concrètes que vous proposeriez ?
Je pense que pour éradiquer ces difficultés, il faut d’abord imposer aux salles de cinéma une bonne programmation qui prend en charge la projection d’une bonne palette de films tunisiens de façon régulière. D’autre part, les responsables culturels doivent créer un comité qui aura pour tâche d’assurer le suivi du secteur du cinéma et des problèmes auxquels fait face le film tunisien. Sur le plan matériel, il est d’une nécessité impérieuse d’équiper les salles de cinéma d’un bon matériel audiovisuel bien sonorisé bref de les doter d’une bonne condition de projection. Je propose aussi qu’on fasse fonctionner les laboratoires comme celui du Centre Cinématographique de Gammarth. Au plan commercial et afin que les films tunisiens fassent l’objet d’une bonne campagne publicitaire et fassent aussi bonne figure à côté des films venus de l’étranger, il faut alléger les taxes sur les sponsors publicitaires et sur les revenus de l’exploitation du film.

Propos recueillis par O.W.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com