Brahim Letaïef : «Notre cinéma manque de réalisateurs professionnels»





Quelles sont les raisons à l’origine de la crise actuelle par laquelle passe le cinéma tunisien?
La principale raison qui fait que notre cinéma est paralysé aujourd’hui est dûe au fait que ce secteur n’arrive pas à relever le défi de la qualité. Notre cinéma manque de structures comme un Centre National du Cinéma. Il n’existe pas non plus en Tunisie un réseau de salles. Sur un autre plan, l’hémorragie de la fermeture des salles de cinéma se poursuit sans arrêt. Il est plus que jamais urgent de combattre ce fléau afin que le secteur du cinéma joue le rôle qui lui revient de droit dans le secteur culturel en général.

Est-ce que la situation actuelle de la production cinématographique en Tunisie incite à l’optimisme ?
Pour être franc avec vous, la production cinématographique est en deçà de nos espérances. Nous ne produisons même pas une dizaine de films par an. Le secteur manque cruellement de réalisateurs professionnels. On ne compte qu’une vingtaine de professionnels seulement qui travaillent régulièrement, alors qu’il y a beaucoup plus de jeunes passionnés pour ce métier et qui désirent l’exercer mais n’ont pas les moyens qu’il faut pour la réalisation de leur rêve. Je propose qu’on donne aux jeunes réalisateurs davantage de moyens pour pouvoir s’investir pleinement dans la réalisation des films. Nous disposons aujourd’hui d’écoles de cinéma qui forment des jeunes réalisateurs talentueux qu’il faut soutenir financièrement et matériellement afin qu’ils puissent mettre leur talent au service de notre production cinématographique.

On dit le plus souvent que la bonne santé du secteur du cinéma se mesure par rapport au taux de fréquentation des salles de cinéma et partant de l’engouement même dont fait l’objet la production cinématographique. Pourquoi les salles de cinéma et partant les films tunisiens ont-ils du mal à drainer la foule à longueur de l’année ?
Je ne crois pas à cette hypothèse. En Tunisie, les salles de cinéma ont drainé des cinéphiles notamment lors des manifestations comme les Journées cinématographiques de Carthage (JC.C.) et les festivals d’été surtout quand il s’agit de nouveaux films en vogue en ce moment qui sont projetés. Il en est de même pour certains de nos films surtout quand ils traitent de sujets d’une actualité brûlante. Mais pour que le secteur du cinéma ait la place qui lui revient de droit et les salles de cinéma un public de cinéphile respectable, il faut organiser régulièrement de grandes manifestations comme les J.C.C, car une grande partie du public cinéphile est habitué à fréquenter les salles de cinéma pendant ces grandes manifestations. Donc plus il y a de manifestations, plus les cinéphiles fréquentent les salles de cinéma.

Eu égard à toutes les difficultés qui secouent le cinéma tunisien, quelles sont les solutions que vous proposez pour faire sortir ce secteur de sa léthargie actuelle ?
Pour faire face aux difficultés auxquelles fait face le secteur du cinéma, les différentes instances culturelles doivent œuvrer pour la création d’un Centre National du Cinéma, mettre en place un réseau de salles de cinéma et encourager dans la même perspective les privés à s’investir dans le secteur. Je propose aussi qu’on accélère l’ouverture des laboratoires et, surtout, qu’on accorde une attention particulière aux jeunes réalisateurs de talent en leur offrant des cartes professionnelles afin qu’ils puissent exercer le métier de réalisateur.

Propos recueillis par Ousmane WAGUÉ


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com