Les jeunes et l’écriture par sms : «Kan» l’orthographe «per» son nord !





La majorité des familles tunisiennes possède un ordinateur et bon nombre de jeunes disposent d’un téléphone portable. Les jeunes suivent de près l’évolution technologique et s’initient à l’usage des nouveaux outils de la communication. Toutefois, certains semblent tellement enclins à faire usage des sms et du chat qu’ils perdent, par moment, les abc de l’écriture correcte. Cet usage semble aussi se faire au détriment des relations interpersonnelles. Ce constat est-il vrai ? Ce nouveau langage en «short system» est- il en passe de gagner du terrain aux dépens de l’écriture classique reconnue ? Les jeunes préfèrent-ils cette forme de communication indirecte au dialogue entre les personnes ?

Tunis - Le Quotidien
Le fait d’être assis derrière un poste d’ordinateur pour tenir une conversation avec d’autres personnes généralement inconnues, est devenu le dada de nombreux jeunes tunisiens. Ces derniers trouvent ce mode de communication beaucoup plus facile. Les personnes, ayant un tempérament timide et qui ont eu du mal à s’extérioriser, arrivent à tenir en haleine leurs interlocuteurs. Ceux qui utilisent les «short message system» se sont aussi habitués à ce genre de contact indirect beaucoup plus rapide que le recours à la dissertation classique et qui facilite la transmission des informations et des pensées de manière plutôt discrète. Nous évoluons dans un contexte de modernité et sommes tenus à être au diapason du progrès technologique qui a rendu aux Tunisiens à l’instar des autres peuples la vie résolument plus facile. Cependant, la médaille a un revers. Il semble que de nombreux jeunes ont perdu la main en matière d’écriture. D’autres semblent aussi avoir du mal à tenir une conversation interpersonnelle. Ils se sont habitués au langage des sms et du chat et cela a influé sur leurs écrits et sur leurs relations interpersonnelles. Vrai ou faux ?
Hanène, 20 ans, étudiante, dit qu’il y a beaucoup de vrai dans ce constat. La jeune fille reconnaît être presque accro au chat et aux sms et cela s’est répercuté sur la qualité de ses écrits. «Je veux expliquer pourquoi j’utilise beaucoup plus les messages électroniques que la communication téléphonique. Ce n’est pas une question d’argent parce qu’une minute de communication par téléphone coûte moins cher qu’un long message. En revanche, lorsque j’écris je trouve tout le temps qu’il faut pour réfléchir et pour choisir mes mots. De plus et avant d’envoyer le message j’ai le temps de relire ce que j’ai écrit et de changer quelques mots pour donner le sens exact à ce que je veux dire au juste. Par contre, je n’ai pas toutes ces chances lorsque je maintiens une conversation ordinaire. Il se peut que je dise quelque chose que je regretterai plus tard alors que l’interlocuteur l’a déjà entendu et on ne peut rien y changer. C’est la même chose pour le chat. C’est un moyen de communication inégalable dans la mesure où il nous apprend à nous ouvrir sur de nouveaux horizons, et encourage les personnes timides et introverties à nouer des relations, à mieux s’exprimer, à s’extérioriser et donc à sortir de leur cocon. Je suis toutefois contre l’idée que cela influe négativement sur les relations interpersonnelles. Le chat est toujours un moyen de faire connaissance avec autrui et de mieux les connaître. S’ils sentent qu’ils sont sur la même longueur d’ondes, ils éprouveront sûrement le besoin de se rencontrer et de parler de manière directe parce que le face-à-face peut révéler plusieurs choses que le chat est incapable de faire. Mais il est vrai par ailleurs que cela “détériore“ en quelque sorte la qualité de l’écriture. Je me retrouve parfois en train d’écrire“ki“ au lieu de qui ou d’écrire “7“ au lieu de cette. Ce n’est pas grave parce qu’il suffit de relire pour que je corrige. Mais si je ne relis pas mes écrits, c’est la cata», dit-elle.
Inès, 20 ans, étudiante, trouve normal qu’elle soit influencée par le langage sms. «A force de forger, on devient forgeron, dit l’adage. Il est naturel que nos écrits s’imprègnent de l’écriture abrégée qu’on utilise pour chater et pour écrire des sms. Mais cette abréviation affecte beaucoup plus les élèves que les étudiants. Je m’explique : les étudiants ont déjà des acquis en matière d’écriture et d’orthographe. Même s’ils utilisent l’abréviation, ils sont capables de se corriger sans que les professeurs n’interviennent. Et puis le système de conférence implique que l’on prenne des notes et les professeurs ne dictent pas, ils parlent tout simplement. Il est impossible qu’on arrive à tout écrire. L’écriture abrégée nous permet de rédiger le maximum de mots. Or un élève n’a pas encore maîtrisé les techniques de rédaction et encore moins l’orthographe. Le fait qu’il s’habitue au langage sms et au langage du chat, peut influer négativement sur son rendement scolaire surtout s’il s’adonne à ce style d’écriture lors des examens. Je pense par ailleurs que cette forme de communication indirecte peut nuire aux relations interpersonnelles. Les personnes timides trouveront refuge dans cette manière de communiquer. En agissant ainsi, ils ne pourront jamais vaincre leur timidité et faire face à leurs complexes. Ils peuvent apprécier le fait d’être cachés et n’oseront pas à aller plus loin. En outre la communication indirecte où notre interlocuteur ne connaît rien de nous, peut pousser certains à bluffer et à apprécier ce jeu de cache-cache qui favorise le mensonge et la frime», dit-il.
Hamza, élève, 18 ans, reconnaît aussi que plus il s’adonne à ce genre de communication, plus il a du mal à maintenir des relations avec les filles et plus il a des problèmes d’orthographe. «Lorsque je ne suis pas totalement concentré, je me retrouve en train d’écrire en langage sms. En suite, je parviens à détecter mes fautes mais il m’arrive de faire une confusion et de ne pas savoir comment est-ce que le mot exact s’écrit au juste. L’envoi des sms et le chat me facilitent certes la communication avec les autres et m’apprend à mieux m’exprimer, mais il suffit que j’aie un entretien direct avec une fille pour que je sois à nouveau pris de panique parce que j’ai une nature timide. Je n’ai pas ce genre de problème si je communique à travers des écrits et puis même si je commets des fautes d’orthographe, cela est inscrit dans le cadre du langage abrégé … Dès lors, je préfère continuer à communiquer de manière cachée dans la mesure où cela me permet de faire preuve de plus de courage et d’audace», dit-il.
Maher, 18 ans, élève, dit aussi qu’il se trouve inconsciemment en train d’écrire en langage abrégé et cela rend les professeurs hors d’eux. «Je me suis habitué à écrire en abrégé pour gagner du temps et de l’espace. Malheureusement, cela influe négativement sur mes écrits et je me retrouve en train de commettre des fautes d’orthographe. Les professeurs trouvent cela révoltant et inadmissible. Ils doivent avoir raison parce que nous sommes redevables d’être davantage concentrés sur ce que nous écrivons d’autant plus que nous ne maîtrisons pas encore comme il le faut la langue française», dit-il.

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com