«Brises méditerranéennes» : Anniversaire sur de bonnes notes





Avec l’Ensemble Orchestral de la Ville de Tunis qui a célébré avant-hier soir à l’Hôtel de Ville La Kasbah le dix-neuvième anniversaire du Changement, nous avons passé près d’une heure trente de bonheur…

Notre première remarque: il n’arrive pas tous les jours qu’on ouvre les portes de la mairie de Tunis pour des concerts ou autres manifestations culturelles. Mais on les ouvre pour les bonnes occasions. Et de temps à autre. Avant-hier soir, l’événement-phare était bien sûr et on l’a bien deviné: le dix-neuvième anniversaire du Changement.
Et… suivez notre regard avec cette seconde remarque pour voir combien et à quel point le service culturel de la municipalité s’est mobilisé. Les Mohamed Kouka, Najet Fakhfakh et d’autres ont donné libre cours à leur talent et à leur imaginaire pour donner de l’aura à cet événement bourré de symboles et faisant la fierté de tous les Tunisiens et Tunisiennes.
Des effets spéciaux et des lumières tamisées, des sièges d’un design ni moderne ni classique, d’un rouge velouté et des dossiers d’un timide doré, et le public invité était de marque.
Cerise sur ce gâteau d'anniversaire, l’Ensemble Orchestral de la Ville de Tunis a fasciné l’assistance de ses “Brises méditerranéennes” . Un programme à la hauteur de l’événement. Ne parlons pas de la qualité du jeu, des compositions et de l’orchestration chapeautée par le directeur actuel de l’Ensemble, Naoufel Ben Aïssa qui en tient les rênes depuis janvier 2002. Un Naoufel Ben Aïssa au sommet de son talent, comptant notamment sur des membres confirmés. Et les présents ne vont point nous démentir. Il faut voir à la fin du concert, des félicitations ont fusé à droite et à gauche et le maire, Abbès Mohsen, d’afficher son large sourire et de s’enorgueillir du niveau de cet Ensemble municipal qui a vu le jour à l’époque coloniale avec Salah El Mahdi et portait le nom de la Troupe municipale de Musique. C’était en 1954.
Avec du “Samâ’ï Hijaz Kâr Kurdi”, de la “Lunga”, de “Haninul qafila” (nostalgie de la caravane), des Mouachahat (de Fethi Zghonda), des extraits du malouf et des suites de danses ottomanes, ou de Tchétchénie…, sans oublier “Sur les rives de la Méditerranée” (Prix du public au festival de la Musique tunisienne 2006) de Naoufel Ben Aïssa au violoncelle et “Nassim” de l’autre Naoufel Manaâ, autre primé au Festival de la Musique Tunisienne de la même session avec le Prix du Jury, et d’autres morceaux tirés de notre patrimoine musical remis au goût du jour avec quelques retouches timides et traits poétiques d’une Méditerranée en symphonie, ce beau public a eu une palette d’un grand art, sobre à souhait et émouvant à plaisir. Pour ne pas être trop pessimiste et dire en fin de compte, que chez nous, il existe des artistes compétents et que notre champ musical n’est vraiment pas aride, quand on a des espoirs de la trempe de Ben Aïssa et compagnie. Exigeants et perfectionnistes. “C’est un espace ouvert aux jeunes interprètes, compositeurs. A voir les Sahbi Mostapha au oud, Mohamed Abdelkader Belhaj, percussionniste, et Mohamed Lassoued au violon (qui nous fait penser à Kalaï, à Selmi)… et d’autres avec leur master, il y a de quoi embellir notre image et celle du monde arabe…”, nous a confié le directeur de l’Ensemble, professeur de musique à l’ISM et fils du violoncelliste feu Abdessattar Ben Aïssa.

Des marches, des hauts et des bas
Ben Aïssa junior nous a cerné un brin le tour d’horizon de cet Ensemble qui a rythmé avec des hauts moments et roulé quelques autres barres de notes sur une basse échelle. Créé par Salah Mehdi, l’Ensemble de la Ville de Tunis avait comme chef d’orchestre, Ridha Kalaï. Ce dernier a été vite succédé par Mohamed Saâda. A l’époque, une star a éclos: c’était Oulaya. Et d’autres noms de la première génération aussi, composée essentiellement de musiciens et élèves éclairés ayant été au Conservatoire ou à la Rachidia. Plus tard, l’Ensemble s’est introduit au sein de la Radio et Télévision. C’était en 1957. Le tournant était nuancé en 1964. Dans les années 1970, Mohamed Garfi a recréé un autre ensemble, complètement différent de l’ancien avec d’autres aspirations afin d’accentuer les traits sur le théâtre musical à l’image des Rahabani au Pays du Cèdre. De 1977 jusqu’à 1985, l’ensemble de Garfi avait sa connotation avec notamment les Aghani Alhayat, Âskar Ellil et Ghoussoun El Homr… et autres agréables mines. Mais comme tout courant innovant, il est accueilli négativement. Et c’était l’incompréhension teintée de difficultés…
Quant au budget, pendant ces années-là, il tournait autour des 36 millions. Vingt ans plus tard, il est réduit à 30. En 1983, Mohamed Abid, un bon technicien, a succédé à Garfi pour seulement une année. Anouar Brahem s’était lancé à partir de cet Ensemble de musique de la Ville de Tunis un an après. Deux ans ont suffi pour qu’il fasse un excellent travail sur lui et enfile la cape du succès. Et tant mieux pour lui. La géométrie de cet Ensemble avec Ben Aïssa est variable. On l’a ponctué lors de l’hommage à Saâda avec la chorale, lors de la pièce Le Maréchal dans sa version moderne, dans la fosse du théâtre municipal ou encore avec Slim Jaziri. Même si cet Ensemble est en train de souffrir financièrement, il fait du bon travail. Le concert d’hier en est un témoin de grande fraîcheur. Encore pétillant, quand en décembre 2005, nos musiciens ont dû se payer leur billet d’avion de leurs poches pour présenter dans l’Eglise Saint-Bernard (celle qui a abrité les sans-papiers) du 19ème arrondissement parisien. Le plus éloquent, dans le travail de Naoufel Ben Aïssa et ses musiciens, c’était par le biais de l’Association d’amitié tuniso-autrichienne que préside Habib Ammar. C’était à l’occasion du 250ème anniversaire de Mozart à El Jem. Puis le 5 novembre dernier à Vienne pour clôturer en beauté en compagnie de Yasmine Azaïez au violon, Hassine Fantar pour la conférence et d’autres pour les arts plastiques.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com