Les jeunes, la timidité et l’introversion : Lorsque l’entourage se met dans la peau du bourreau





En classe, ils sentent l’adrénaline leur monter aux joues dès qu’ils sont interrogés par leurs professeurs. Ils se mettent à bégayer involontairement lorsqu’ils sentent les regards fixés sur eux. Ils aiment agir sous silence et sont souvent marginalisés par les autres. Il s’agit des jeunes timides et introvertis. Ces derniers peuvent basculer facilement dans la déprime et seront gagnés par le complexe d’infériorité s’ils ne reçoivent pas l’aide qu’il faut. Ils peuvent aussi devenir des cancres et sombrer dans la médiocrité. Comment est-ce que ces jeunes là cohabitent-ils, justement, avec les autres ? Leur timidité les handicape-t-elle ? Témoignages.

Tunis - Le Quotidien
Nombre d’adolescents s’affranchissent de la tutelle parentale. Ils ont besoin de forger leur propre identité. D’autres, ont du mal à rompre le « cordon ombilical». Ils ont peur de l’âge adulte. Et entre les uns et les autres, certains adolescents vivent des coups de blues qui peuvent avoir des répercussions néfastes sur leur vie en société, sur leurs études et leurs relations… Toutefois, il est fréquent qu’un adolescent éprouve ce genre de malaise. Les moments de cafard sont monnaie courante à cette étape de la vie. Il faut en revanche s’inquiéter si ces comportements anormaux persistent. Cela peut être synonyme de dépression ou de trouble psychologique. Un jeune qui est souvent timide et qui a du mal à s’exprimer en société, se replie sur lui même et a du mal à adapter son comportement à celui des autres. Si cette introversion est particulièrement marquée, l’adolescent doit recevoir une aide psychologique afin que cela ne devienne pas un réel handicap dans sa vie sociétale et estudiantine. L’adolescent peut avoir des inquiétudes passagères ou un coup de "blues" qui le rend susceptible dans certaines situations mais sans qu’il ne s’agisse d’une timidité «chronique». C’est à l’entourage de détecter ce mal et d’essayer de l’aider à s’en sortir. Or, un enfant timide ou qui a des difficultés psychologiques, fait malheureusement souvent l’objet de dérision de la part de ses camarades. Résultat : il se replie davantage sur lui-même et devient sujet à un complexe d’infériorité. Il peut même aller jusqu’à la persuasion qu’il est au dessous des autres et sombre dès lors dans un profond océan de négativisme, voire de déprime. Nombre de professeurs sont fin- psychologues. Ils encouragent les élèves timides et introvertis à s’extérioriser et arrivent à les réhabiliter. L’élève reprend donc confiance en lui et dépasse tant bien que mal son handicap. D’autres enseignants en revanche agissent autrement. Ils bloquent davantage ces élèves fragiles…

Âlaaeddine Karray, 17 ans, n’a pas un tempérament timide. Certes, certaines situations peuvent l’intimider, mais cela reste relatif à des conditions précises. En revanche, il a eu affaire à des camarades qui souffrent à cause de leur timidité. «Je n’ai jamais été bloqué chez moi. Ma famille m’a toujours encouragé à prendre des initiatives. Lorsque je commets des erreurs ou que j’ai des résultats scolaires en deçà des attentes, ils n’agissent pas de manière très sévère. A mon avis, les jeunes trop timides doivent souffrir d’une éducation trop rigide et ont eu droit à des corrections sévères. Le fait qu’ils ne vivent pas épanouis, les rend tout le temps angoissés et leur timidité ne peut être dépassée que s’ils reprennent confiance en eux. Or, ils ont tellement peur de commettre des erreurs, qu’ils finissent justement par le faire et ils savent qu’ils auront par conséquent droit à des corrections presque inhumaines. C’est là ou réside à mon sens l’origine même du problème. Par ailleurs, ce qui peut compliquer davantage les choses, c’est que ce genre de personnes timides peuvent faire l’objet de raillerie, de moquerie et de dérision de la part des autres élèves et même de la part des professeurs. Il suffit qu’ils ne répondent pas juste, qu’ils rougissent ou qu’ils se bloquent pour que toute la classe parfois, se moque d’eux. Il est normal que cela les affecte et les dépite. Ils perdront encore plus confiance en eux et le problème ne peut donc qu’empirer», dit-il.
Mohamed Oussama, 16 ans, dit qu’il n’a pas aussi de problème de timidité. «Nombreux sont ceux qui pensent que la timidité est spécifique aux filles. C’est faux. Ce sont les garçons qui sont généralement enclins à avoir ce genre de tempérament. Mais cette timidité n’est pas toujours alarmante. Certains sont juste timides lorsqu’ils abordent une fille ou lorsqu’ils doivent parler en public. D’autres en revanche, paniquent au moindre pépin et même sans avoir aucune raison de paniquer. Un timide peut être dans tous ses états pour une raison vraiment banale et c’est ce qui pousse d’ailleurs les autres à se moquer de lui. Ils ne comprennent pas son malaise et le prennent pour un trouillard. Or, en général, il s’agit de quelqu’un qui souffre vraiment parce qu’il n’arrive pas à surpasser cet handicap et à maîtriser ses pulsions. Les professeurs peuvent aussi aider ce genre de personnes à dépasser leur handicap. Il suffit qu’ils se sentent encouragés, en sécurité et non menacés pour qu’ils avancent et reprennent confiance en eux. J’ai vu des cancres se transformer en élèves brillants grâce à l’encouragement des enseignants. Parce que souvent, ils ont de vrais talents cachés et il suffit qu’ils trouvent l’idée qu’il faut pour que ces talents «explosent». N’empêche que d’autres professeurs bloquent davantage ces élèves là qui peuvent se transformer carrément en des êtres agressifs ou marginaux», dit-il.
Mohamed Amine, 19 ans, est un jeune homme timide et réservé. Il a un nombre très restreint d’amis et a du mal à vaincre sa timidité qui le rend parfois enclin à des dérisions sans merci… «Je suis timide et j’essaie de me soigner. Le problème, c’est que mes efforts n’aboutissent pas parce que je suis souvent sujet à des critiques outrées. Parfois, je réponds faux à une question et le professeur ainsi que mes camarades se mettent à rire. Par moment je sens l’envie de dire au professeur que tout le monde peut se tromper et que s’il ne m’avais pas regardé d’un air aussi dédaigneux, j’aurais su répondre juste, mais aucun mot ne sort de ma bouche, je n’arrive pas à prononcer la moindre lettre, pire encore je me mets à trembler, mon cœur se met à battre mon visage rougit et je sens l’adrénaline me monter aux joues. J’ai aussi envie de dire à ces camarades qu’ils ne doivent pas se croire mieux que moi et qu’ils ne sont qu’une bande d’idiots et de nulles qui rient des malheurs des autres, mais je n’y arrive pas non plus. Les idées se brouillent dans ma tête et parfois, je suis à deux doigts de la bonne réponse, mais quand il faut que je réponde, je me mets à bégayer et je réponds faux par panique ou par angoisse, je n’en sais rien ! En tout cas, cela m’handicape, me bloque et je ne veux plus parler à qui que ce soit pour que je ne tourne pas au ridicule. Et puis franchement ni les études, ni les amis ne me disent plus grande chose. Les professeurs qui m’encouragent et qui me mettent en confiance se font vraiment très rares et puis ça ne sert à rien puisque de toutes façons, je suis considéré en tant que vaurien», confie-t-il avec un arrière goût d’amertume.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com