Enquête sur la montée du divorce en Tunisie : L’union sacrée vole en éclats…





• 16000 affaires examinées par les les tribunaux en 2005

Entre libéralisation des mœurs, violence conjugale et problèmes matériels , le divorce prend une courbe ascendante au fil des années.

Tunis — Le Quotidien
Ahlem a 33 ans.Depuis le jour où elle a demandé le divorce, cette mère de deux enfants passe chaque semaine de longues heures aux portes du tribunal de première instance, à l’avenue Bab B’net, à attendre sur des charbons ardents le verdict qui lui rendra sa liberté confisquée. Ce cauchemar qui s’éternise l’oblige à vivre chez sa mère avec son frère aîné, divorcé lui aussi. Seul revenu de la famille : une pension de retraite héritée d’un père fonctionnaire. Mère courage, elle lutte pour obtenir la garde de ses enfants âgés de 3 et 5 ans à la place de leur père riche mais violent et alcoolique .Cette diplômée du supérieur a tiré le mauvais numéro dans la loterie du “mektoub” sous la pression de sa famille qui tenait à la marier à un homme riche. A la place du prince charmant auquel elle rêvait, elle s’est trouvée, de fait, face à un homme “inculte” et au physique ingrat qui n’hésitait pas à la maltraiter et à la battre pour compenser son complexe d’infériorité. “La chance n’a pas été avec moi mais je continuerais quand même à me battre pour sauver ce que j’ai de plus cher maintenant, mes enfants”, précise -t-elle avec beaucoup d’amertume. Faïza, femme divorcée, âgée de 24 ans seulement, ne trouve pas les mots appropriés pour décrire le calvaire qu’elle a vécu: “En deux ans de mariage j’ai vu des vertes et des pas mûres. En plus de ses aventures extra-conjugales et ses virées nocturnes qui ne finissent jamais mon ex-époux avait des perversions sexuelles étranges. Heureusement, que je n’ai pas eu d’enfants”, confie cette jeune enseignante.

Recrudescence
En Tunisie, convoler en justes noces est désormais une chose et préserver la stabilité des unions sacrées en est une autre qui relève souvent de la loterie. Depuis quelques années, on assiste en effet à une recrudescence du divorce qui touche de plus en plus les jeunes couples.Une maxime satirique très répandue illustre parfaitement la hausse des séparations : “en été à l’hôtel, en hiver dans le tribunal”. Les statistiques montrent que 16000 affaires de divorce ont été examinées par les tribunaux l’année dernière. 12000 cas de divorce ont été enregistrés durant la même année contre 10000 séparations en 2004 et 7000 en 1995. Une enquête réalisée récemment par des organismes publics montre que les problèmes sociaux ( violence physique, et sexuelle, différence du niveau d’instruction et du niveau social ...) sont responsables de 48,3 % des cas de divorce. La stérilité ou l’handicap de l’un des conjoints sont à l’origine de 27,7% des séparations. L’infidélité conjugale et la jalousie y contribuent de 15,8%. Les facteurs économiques (chômage, précarité de l’emploi...) sont responsables de 13,2% des cas. Beaucoup d’hommes pensent, cependant, que la libéralisation des moeurs est responsable de nombreux cas de divorce. ‘‘Je n’ai pas pu durant six ans de vie conjugale digérer le fait que ma femme qui travaille en tant que secrétaire dépense tout son salaire pour acheter des vêtements et des produits cosmétiques alors que notre situation matérielle est loin d’être reluisante. Issu d’une famille conservatrice de Djerba, j’ai fini par divorcer pour refaire ma vie avec une fille originaire de mon village natal”, témoigne Noureddine S. petit fonctionnaire dans une entreprise privée. Les études sociales expliquent la montée des ruptures de la vie commune entre conjoints par le fait que l’émancipation de la femme a engendré des changements profonds dans le système des valeurs. “L’indépendance de la femme ne s’est pas accompagnée d’une évolution au niveau de la mentalité de l’homme qui demeurée plutôt orientale”, souligne Habib Nahdi, sociologue. Quoiqu’il en soit, la montée du divorce pourrait expliquer, en partie, la désaffection qu’éprouvent les jeunes vis-à-vis de l’institution du mariage. “Quand je vois la galère de mon ami d’enfance divorcé, je rejette l’idée de convoler en justes noces malgré le harcèlement que je subis de la part de ma famille”, indique Nader D., haut fonctionnaire dans un établissement public.

Walid KHEFIFI


Me Leïla Ben Mahmoud, Avocate : Les femmes demandent désormais le divorce plus que les hommes

Se référant uniquement à ses observations lors de l’exercice quotidien de sa profession en l’absence des statistiques, Me Leïla Ben Mahmoud constate que les femmes ont désormais tendance à demander le divorce plus que les hommes. C’est que contrairement à beaucoup de pays arabes la loi tunisienne (l’article 30 du Code de Statut Personnel) permet à la femme de demander le divorce. L’avocate déplore, cependant, le fait que les Tunisiens n’arrivent pas toujours à se débarrasser de certaines idées reçues à ce sujet. «Nos concitoyens ont tendance à s’informer des feuilletons égyptiens en ce qui concerne les procédures de divorce ou encore la garde des enfants», précise-t-elle. D’autre part, Me Ben Mahmoud estime que nos juges sont généralement «féministes» en ce qui concerne la garde de l’enfant et la pension alimentaire même si l’esprit de la loi prend par nature position en faveur de la partie jugée faible qui est souvent la femme. La preuve : Même si la femme quitte le domicile conjugal, on lui accorde la garde de l’enfant et la pension alimentaire alors que la loi la prive de ces droits.
En ce qui concerne la garde de l’enfant, la loi ne prend en considération que l’intérêt des petits et ce selon l’appréciation («Ijtihad») du juge.
D’après l’avocate, nos tribunaux examinent des cas de divorce qui pourraient être répartis sur quatre genres : le divorce à l’amiable, le divorce pour abandon, le divorce pour préjudice subi et le divorce caprice.

W.K




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com