Sur les traces de Ben Oun, «Khannag Larouah» (Preneur des âmes…) : Les années de braises…





Malgré la disparition de leur chef, les «Mejer» ont retrouvé une place digne d’une grande tribu à la hauteur des sacrifices de Ali Ben Ghedhahem considéré désormais comme un martyr. Néanmoins, le Bey, par vengeance, ordonna à ses soldats de les exterminer. Du coup, enfants, femmes et hommes sont devenus la cible privilégiée d’une machine d’oppression sans pitié...

Tunis - Le Quotidien
Encore une fois haine, rancune et vengeance se sont installées dans les esprits. Ben Oun, le petit fils du chef historique des «Mejer» incarna cette révolte. Il prit le maquis, comme l’avait fait jadis Ben Ghedhahem, et déclara la rébellion. C’est le début des années de braises...
On dit que Ben Oun avait hérité de son grand-père son cheval, son fusil et surtout de sa corde qui avait servi dans la pendaison de l’un des généraux du Bey.
Sitôt la nouvelle de la mort de Ali Ben Ghedhahem fut-elle annoncée, que quelques braves hommes de «Mejer» avaient décidé de contacter les autres tribus afin d’exercer plus de pression sur le Bey pour rapatrier la dépouille de Ben Ghedhahem.
Craignant les représailles personne n’avait jugé utile d’appuyer les «Mejer». On déclina ainsi cette demande. Pis encore, plusieurs tribus ont préféré se rallier à l’armée du Bey qui pour les récompenser leur avait octroyé des terres appartenant normalement aux «Mejer».
Retour à la case départ. Pauvreté et misère avaient marqué ces longues années qui ont précédé la mort de Ben Ghedhahem. Alors que tous ses aînés avaient choisi de subir l’injustice et l’humiliation, Ben Oun, qui n’avait à cette époque que vingt ans, préféra la résistance et l’affrontement.
Manquant du reste de clairvoyance et de sagesse, il bascula dans le banditisme. Ne comptant que sur son courage et sa détermination, il prit le maquis et se retrancha à «Jbel Oueslat» d'où il allait mener la vie dure à toutes les tribus.
Ben Oun n’épargna personne. Nourri d’une terrible haine et surtout un grand désir de vengeance, il allait multiplier les attaques au point de devenir en un laps de temps très court l’ennemi public numéro un.
A l’époque, il existait une seule route qui reliait les trois grandes villes: Kairouan, Sbeïtla et Makthar. Ce passage est emprunté par les caravanes. Les tribus s’en servaient également pour se rendre dans les différents souks de la région.
Conscient de l’importance de cette route, Ben Oun s’y installa et en fit une de ses cibles privilégiées. Il attaquait la nuit ou à l’aube.
L’une de ses plus célèbres conquêtes fut l’enlèvement d’El Aïd Zouaoui, l’un des généraux du Bey nommé à la tête du Nord-Ouest.
Ce général aimait beaucoup la chasse.Il lui arrivait d’abandonner ses soldats et de s’aventurer seul dans la campagne. Alors que ses troupes étaient positionnées à quelques encablures de la ville de Makthar, El Aïd Zouaoui décida de prendre congé de ses hommes pour aller chasser. Il faisait beau... Le général était plus que jamais motivé.... Il n’hésite pas à s’aventurer davantage au beau milieu des arbres lorsque soudain les deux bras d’un homme entourèrent son cou. Il était maintenant, immobilisé... Il ne pouvait plus bouger. Il n’arrivait plus à respirer... les membres de son corps cédèrent. Il est mort... étouffé.
Ses hommes passèrent plusieurs jours à le rechercher et lorsqu’ils retrouvèrent son corps, on avait rapidement compris que Ben Oun était là...On sentait son odeur. Lui seul pouvait commettre un tel forfait. Depuis, on l’a surnommé: «Khannag Larouah» (Preneur des âmes).
Toujours est-il que ce meurtre allait rappeler de bien mauvais souvenirs. Un autre Ali Ben Ghedhahem est né... Ainsi, on avait décidé d’éliminer Ben Oun avant que le phénomène ne prenne de l’ampleur et que l’homme ne devienne un caïd, symbole de révolte et de rébellion.
Les soldats du Bey avaient déjà reçu l’ordre d’arrêter Ben Oun lorsqu’un deuxième meurtre eut lieu. Il s’agit du représentant du Bey en personne. Cette foi-ci. Ben Oun a osé venir jusqu’à la ville réussissant à pénétrer à l’intérieur de la résidence du dignitaire et même à entrer dans sa chambre à coucher.
Ben Oun avait passé ses bras autour du cou de sa proie. Il sera très fort jusqu’à ce qu’il constata sa mort...
(A suivre)

Habib MISSAOUI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com